Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Xavier Raufer : « La criminalité dans les quartiers de la politique de la ville va nous exploser à la figure ! » [Vidéo]

Xavier Raufer : Le crime organisé dans les banlieues
Le criminologue Xavier Raufer est intervenu à l'Assemblée nationale dans le cadre des 48e Rendez-vous Parlementaires du Contribuable consacrés à la politique de la ville : « Politique de la ville : toujours plus d’argent pour moins de résultats »,

Les Rendez-Vous Parlementaires du Contribuable, qui ont lieu à l’Assemblée nationale, sont des réunions de travail avec les députés. Nous y invitons des experts et des représentants de la société civile qui viennent apporter aux députés une autre vision de la gestion de l’argent public.

Verbatim de l’intervention de Xavier Raufer

« Politique de la ville, un constat d’échec ».

« Au cours des trente dernières années à l’Institut de criminologie de l’université Paris-II, puis actuellement au Conservatoire national des Arts et Métiers, nous avons créé le master national de Criminologie. J’ai eu comme étudiants, français et étrangers, une grande partie des hommes et des jeunes femmes qui sont engagés dans la lutte anti-terroriste, dans la lutte contre le crime.

Il y a trois endroits en France où s’organise la lutte contre le terrorisme : le premier au ministère de l’Intérieur, le deuxième au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et le troisième qui concerne le renseignement extérieur. Les trois hommes en charge de ces trois bureaux sont tous les trois mes anciens étudiants, comme pour un nombre important d’officiers de gendarmerie et de magistrats.

Ce que je vais vous exposer n’est pas mon sentiment ou une lubie personnels. Je me fais le porte-parole de tous ces professionnels de la lutte contre le crime et contre le terrorisme. Je vous livre leur diagnostic sur la situation actuelle.

Prenons les cités hors contrôle, complètement dirigées et dominées par des criminels dont il a été question ces derniers temps dans la presse. Il s’agit, par exemple, du quartier de la Grande Borne, entre Grigny et Viry-Châtillon où, le 8 octobre dernier, deux policiers ont été cernés par une bande de voyous qui a mis le feu à leur voiture, les empêchant d’en sortir.

L’un des deux policiers a été atrocement brûlé et il est aujourd’hui encore entre la vie et la mort ; l’autre, une femme, a été gravement brûlée. Amedy Coulibaly, auteur du massacre de l’Hyper Cacher en janvier 2015 provenait de cette cité.

De ces quartiers partent des activités criminelles graves, comme celle d’attenter à la vie de gardiens de la paix, détenteurs de l’autorité, ainsi que des bouffées et des actes de terrorisme.

Tous les individus qui ont fait couler le sang en France, depuis le début de l’année 2012 – Mohamed Merah à Toulouse, les frères Kouachi, Coulibaly, les frères Abdeslam, en partie en France, en partie en Belgique – provenaient tous de ces quartiers et de ces cités hors contrôle qui sont aujourd’hui, en matière de crime organisé et en matière de terrorisme, l’unique problème de sécurité de la France.

Nous laissons naturellement en dehors de cette analyse sur la criminalité des rues, une autre criminalité, la « criminalité en col blanc »,  celle d’individus qui sont dans des grandes banques et détournent des milliards. Ceux-ci vivent naturellement ailleurs que dans ces fameux quartiers.

Si l’on prend les 700 quartiers plus ou moins bien contrôlés et la centaine de quartiers ou cités carrément hors contrôle – à propos desquels le président [de 1998 à 2015, NDLR] du conseil régional [de Provence-Alpes-Côte d’Azur, NDLR] Michel Vauzelle, socialiste, en parlant précisément des quartiers nord de Marseille, a utilisé le terme affolant de quartier en « sécession » –, l’ordre au quotidien y dépend de voyous, de gangsters qui font régner la loi du silence.

Je n’en veux pour preuve que les 55 jours qui se sont écoulés depuis le 8 octobre : à l’heure actuelle, personne n’a été arrêté, en dehors d’un vague comparse, un garçon qui avait pris des photos, et un autre qui avait donné un jerricane d’essence. Mais ceux qui, cagoule sur la tête, se sont livrés au crime, en cherchant à donner la mort à des policiers français, sont toujours libres et pas près d’être arrêtés, me disent des amis au ministère de l’Intérieur.

On dénombre environ 700 quartiers en France qui regroupent à la fois des activités criminelles et terroristes. Il y a une tentative d’y instaurer une loi du silence pour ceux où l’on trouve de la drogue, où l’on organise dans les caves des marchés au voleur, après avoir dérobé des biens et des produits dans des supermarchés ou des hypermarchés, ou pillé des hangars. Pour ceux aussi dans lesquels sévit également une prostitution forcée terrible, où logent des migrants clandestins…

Il n’est pas possible actuellement à un individu, d’origine européenne, d’y mettre les pieds : il est immédiatement entouré, chassé, parfois rossé, avec des chiens lâchés sur lui. Ces endroits extrêmement dangereux sont totalement en dehors de la République.

Des montagnes de documents, des témoignages, des films tournés en caméra cachée l’attestent. Cet état de fait est incontestable, connu de tout le monde, du haut en bas du gouvernement.

Cette situation perdure et empire depuis avant même le début des années 1980. Pour la première fois, sous la présidence Pompidou, au début des années 1970, on a tenté de remettre un peu d’ordre dans ces quartiers. Le premier à se pencher sur le sort de ces quartiers fut Pierre Messmer, Premier ministre. Depuis un demi-siècle le désordre règne dans ces quartiers, l’ordre criminel s’y implante et rien n’a encore jamais été fait ! Un enfant de quatre ans moyennement doué comprend qu’à partir du moment où quelqu’un tire des coups de pistolet dans le plafond d’une banque, cet endroit n’est pas recommandé pour apporter et placer son argent. Ces lieux sont hors contrôle.

Dans des villes, les bureaux de poste possèdent une liste des quartiers où l’on ne s’aventure plus. Certaines lignes d’autobus affichent fictivement des arrêts mais, depuis des années, le bus fait quotidiennement demi-tour deux stations avant la fin pour ne pas se faire caillasser ou recevoir des cocktails Molotov.

Il existe également des quartiers où les organismes de pompes funèbres ne se rendent plus, lorsqu’il y a un catafalque sur lequel se trouve une croix, de peur de prendre des cailloux, etc.

Ce n’est pas un cas isolé. Notamment, dans le 9-3, les pompiers, les médecins des urgences n’y pénètrent plus, non plus. Ce noyau dur représente environ une centaine de quartiers. Sont-ils inconnus ? Non, ils sont célèbres et tout le monde connaît leur nom : la Grande Borne, à Grigny ; les Pyramides à Évry ; le terrible Clos Saint-Lazare à Stains, dans lequel des individus montent la garde avec des kalachnikovs pratiquement jour et nuit pour vendre de la drogue.

Les populations sont entièrement sous contrôle, soumises à la loi du silence. Les ascenseurs étant monopolisés par les dealers, des femmes enceintes avec enfant dans les bras sont obligées de monter à pied avec leur poussette au huitième étage… La population est martyrisée et personne ne le dit ! C’est un non-problème.

Récemment, il y a eu les primaires de la droite, il n’y a pas eu un mot sur ce sujet dans la bouche des sept candidats.

Non seulement il y a le problème de ces cités-là, mais rayonnent à partir de ces endroits, sur les 20 ou 30 kilomètres qui les entourent – ce que l’on appellerait la « zone de chalandise » s’il s’agissait d’un supermarché –, les trois quarts des actes illicites ou criminels qui pourrissent la vie des gens au quotidien.

Vous avez vu tous les actes de violence qui sont commis contre les enseignants depuis un ou deux mois, ceux qui se sont produits en Seine-Saint-Denis : le lycée était de l’autre côté d’une cité chaude de Saint-Denis, les Francs Moisins. Ces actes illicites ou criminels, ces tirs avec des armes de guerre sur les policiers sont toujours à proximité de ces quartiers ou de ces cités mais cela ne fait pas l’objet d’un mot, d’un commentaire, parce que encore une fois c’est politiquement un non-sujet.

Le gouvernement, parce qu’il est animé par une idéologie qui le conduit à considérer les auteurs de ces actes criminels comme de malheureuses victimes de l’exclusion et du racisme, et l’opposition, parce que au cours des trente ou quarante dernières années, elle n’a rien fait en la matière qui aurait été de nature à y mettre fin.

Le problème français est unique en Europe. En 2005, à partir de ces quartiers 5 000 à 6 000 voitures ont été brûlées dans toute la France et ces actes sont totalement incompréhensibles pour les autres pays d’Europe, où ça ne se produit jamais, nulle part.

Il y a eu en tout et pour tout une émeute en Grande-Bretagne, il y a quatre ans de cela, la première en 18 ans. Voilà donc la situation très particulière, sans exemple, dans laquelle nous sommes !

Pourquoi ? Monsieur le député a fait allusion à ce qui s’est passé dans les années 1980 à l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir  avec  les premières émeutes aux Minguettes.

À cette époque une loi a été confectionnée, un texte que l’on a mis en place, un protocole d’action pour les quartiers en question : le député s’appelait M.[Gilles] Bonnemaison – l’actuel ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux l’aidait dans toutes ses entreprises.

Le plan Bonnemaison a été depuis repris, reproduit, reconduit d’une année sur l’autre, d’un gouvernement à l’autre, par la droite et la gauche aussi bien, dans un cas sans exemple de gâtisme administratif !

Il existe une définition de la maladie mentale terminale pour les psychiatres, qui est la suivante : « Recommencer à chaque fois le même geste en attendant à chaque fois un résultat différent. » Eh bien voilà, le schéma est reproduit chaque année  avec la reconduction du plan Bonnemaison, on repeint les immeubles en rose.

La France pourrait sans doute être dans le Livre des records avec les malfaiteurs les mieux logés à l’ouest des Galapagos ! Mais pour le reste, rien n’a changé.

Tant que l’activité criminelle ne connaîtra pas un terme, qu’il n’y sera pas mis fin, tout ce que l’on pourra envisager : le social, l’économie, les tentatives pour implanter des entreprises, sera voué à l’échec.

À l’heure actuelle, tout ce qui est fait tombe entre les mains de criminels, fait l’objet de racket. La situation empire. Maintenant, les représentants de l’ordre sont menacés de mort.

L’origine des faits de la Grande Borne est terrifiante: il y avait des coupeurs de route, comme au fin fond de l’Afrique, des voyous de la cité qui se mettaient sur la route, attendaient les voitures pour piquer les sacs à main, voler les gens, les dépouiller de leur carte de crédit, etc.

Une caméra de surveillance a été installée à cet endroit-là, mais comme celle-ci dérangeait les malfaiteurs, ils ont projeté dessus des voitures en flammes. Après cela, des voitures de policiers ont gardé le pylône, c’est là qu’ils ont tenté de les tuer. Cela fait 56 jours aujourd’hui, personne n’a encore été arrêté.

Monsieur le ministre de l’Intérieur, qui vient de devenir Premier ministre, a depuis des policiers dans les rues toutes les nuits. La presse essaye d’arranger les choses : elle n’est ni neutre ni objective en la matière, prétendant que les policiers sont là pour leur retraite.  La nuit, dans les rues, les policiers crient : « Arrêtez les racailles ». À la Grande Borne, ils ne sont effectivement toujours pas arrêtés.

Certains dirigeants politiques sont conscients que le seuil du tolérable et du supportable est atteint. Faire du social et de l’économique sans résoudre le problème des criminels qui tiennent ces quartiers en main, ce sera exactement comme de mettre un cataplasme sur une jambe de bois. L’urgence est de  prendre des décisions.

Il y a une plate-forme en France pour dénoncer les gens qui se radicalisent, des policiers du renseignement écoutent ce qu’on leur dit. Mais un incident s’est produit  l’été dernier, qui a complètement changé la donne : l’assassinat par deux fanatiques d’un prêtre, égorgé à Saint-Étienne-du-Rouvray. Il y a des valeurs auxquelles on ne s’attaque pas.

Depuis cet acte-là, la population a changé d’attitude, exaspérée, tendue, les appels se multiplient. Les policiers de grande expérience, blanchis sous le harnais, essayent de relativiser, précisant que le fait de porter une barbe ne signifie pas forcément radicalisation.

Mais  depuis, les gens explosent et laissent entendre que si les policiers ne veulent rien faire, ils s’en occuperont eux-mêmes.

On commence à sentir cette prise en compte de ces problèmes directement par la population et notamment à proximité des quartiers en question.

70 % de cette criminalité des rues se produit dans un rayon de 20 ou 30 kilomètres de ces cités hors contrôle, dans les lycées, dans les réseaux de transport. Voilà la raison pour laquelle c’est un sujet à ne pas laisser traîner.

Ce sujet va nous exploser à la figure. C’est unique en Europe, ça ne se produit nulle part ailleurs. Cela a duré trop longtemps et des gens se sont enhardis.

La prochaine fois, Dieu sait ce qu’ils vont faire, d’autant qu’un certain nombre d’entre eux ne se contentent plus d’être des bandits, ils sont devenus dans le même temps, et par basculement dans le fanatisme, des terroristes capables d’accomplir des actes criminels comme ceux du Bataclan.

À Molenbeek, à Bruxelles, le quartier était exactement dans le même cadre de la politique de la ville que l’on nous impose depuis trente ans et qui ne fonctionne pas.

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Intervention d’Alain Chrétien, député de Haute-Saône (1re circonscription)

Le marasme économique dans lequel nous vivons depuis une trentaine d’années, avec un chômage de masse, une croissance qui ne permet pas à tout le monde de trouver du travail, accentue le phénomène.

Pensez-vous que le retour d’une expansion économique relative, qui permettrait d’améliorer la situation de l’emploi pour tout le monde, et y compris pour ces territoires-là, serait de nature à apporter des solutions ?

Ou au contraire pensez-vous que les deux aujourd’hui sont déconnectés et que cette croissance, aviverait encore plus le besoin de mettre la main sur des richesses nouvelles augmentant davantage le sentiment de toute puissance de ces bandes organisées qui actuellement dépouillent la pauvreté, mais qui demain pourraient dépouiller ceux qui se réinsèrent petit à petit dans la société ?

Croissance économique et criminalité sont-elles liées, aujourd’hui ?

Xavier Raufer

Dans les secteurs en question, non, cela n’a rien à voir. Vous avez des individus qui patiemment, petit à petit, parfois vite parfois lentement, ont réussi à mettre la main sur un certain nombre de quartiers, et ces quartiers sont sortis de l’économie normale.

Il n’est pas possible, à l’heure actuelle, d’y gagner sa vie autrement que par l’économie souterraine.

Les commerces ont fermé depuis belle lurette, il n’y a pas de transports, les personnes qui ont des voitures risquent de les voir flamber si elles déplaisent aux caïds de la tour, etc. Agir dans le cadre de l’économie légale y est extrêmement difficile. De plus, les jeunes qui vivent dans ces quartiers sont très mal considérés et dès que l’un d’entre eux montre un CV indiquant qu’il arrive de la Pierre-Collinet à Meaux, ou des Pyramides, à Évry, de la Grande Borne ou encore des Minguettes, le délit de sale adresse compte.

Je consacre du temps à la fac à aider des étudiants arrivant de ces quartiers-là à trouver des premiers emplois. Ils subissent une double peine.

Quant à la misère sociale, c’est un bouteillon socialiste qui est totalement dénué du moindre fondement. Je n’en veux pour preuve qu’un seul exemple.

Je vous ai parlé du prêtre qui a été égorgé à Saint-Étienne-du-Rouvray. Il a été égorgé par un jeune homme qui ne tombait pas de la Lune mais qui avait une famille, véritable modèle d’intégration républicaine ; même dans nos rêves les plus fous, on ne pourrait imaginer une famille venant de l’extérieur, de l’une de nos anciennes colonies, s’intégrant aussi bien : la mère est institutrice de l’école laïque, le père est maintenant à la retraite, le grand frère est ingénieur en informatique, la sœur est avocate.

Le reste de la famille est donc dans l’idéal de ce que l’on peut espérer en termes d’intégration, mais il y a un mouton noir dans la famille, celui qui tourne mal, celui qui est psychotique. Quand il était petit, il avait des crises. Il s’est réfugié dans une espèce de fanatisme  qui l’a conduit  à égorger le curé.

Essayer de faire en sorte que tout le reste de la famille ne soit pas juste un modèle d’intégration, mais des golden boys ou des traders chez Goldman Sachs ne changera absolument rien au fait en question. Il s’agit de minorités, et ces minorités-là sont inatteignables par toute forme de travail normal ou légitime.

Des études ont été menées qui montrent bien cela. Les personnes qui sont actuellement dans cette situation, qui ont fait le choix d’une vie de délinquant, ou pire encore de criminel, se retrouveront, si l’on imagine un seul guichet pour les recherches d’emploi, tout au bout de la file d’attente pour trouver un emploi. Il faudrait même les pousser avec des coups de pied pour qu’ils y aillent.

Avant de créer un emploi susceptible de les sortir de la délinquance, il faudrait en avoir créé 10 000 pour assécher toute la population et arriver là où ils se trouvent, tout au bout de la queue.

Il n’y a pas d’études nationales sur ce sujet, mais la ville de Boston, une ville de gauche aux États-Unis, dirigée par des gens qui ne sont pas loin d’avoir en tête la même idéologie que les socialistes, avait fait une étude pour savoir combien de personnes il faudrait tirer du chômage avant de trouver un emploi pour ces voyous en question. Pour sortir un individu de la délinquance, il faut créer 10 000 emplois.

Et à un moment donné, on n’y coupera pas, il faudra bien les mettre hors d’état de nuire car on aura beau assécher les marigots, ce que l’on veut, ce sont les derniers crocodiles au fond du trou. Si les solutions du social et celles de l’économie fonctionnaient, on le saurait car, naturellement, cela a déjà été tenté mille et une fois avec le plan Bonnemaison et des rénovations urbaines.

Lorsque le plan Bonnemaison a été adopté – je vous le dis car on n’a pas l’occasion de rire tous les jours –, l’un des promoteurs et défenseurs de cette loi est venu donner une interview à un journal et a déclaré que la loi Bonnemaison allait marcher et aboutir à deux résultats : interdire la formation de ghettos et faire disparaître le Front national… C’était il y a vingt-cinq ans !

***

Intervention d’Alain Mathieu, président d’honneur de Contribuables Associés

Quelle est la solution, alors?

Xavier Raufer

Ces quartiers-là ne sont forts que de nos faiblesses. Au moment où il y a eu les événements de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, dans ces quartiers-là, les individus qui commettent ce genre d’exactions n’ont naturellement plus peur de la police depuis belle lurette.

Comme il m’arrive de passer à la télévision, je suis souvent reconnu dans la rue et un jour, un petit loulou me dit : « Tu sais, mon frère, c’est un vrai bandit, il attaque les banques, tu veux le voir ? » Et comment donc, je me suis alors retrouvé avec lui au fin fond du 9-4, du côté de Vitry, des cités où je ne serais certainement pas allé sans y avoir été invité, les Montagnards, et là, j’ai vu les caïds, leur ai demandé si ça allait. Ils m’ont répondu : « Tu sais, ici, les keufs, on les voit pas trop. »

Ils étaient chez eux, ils vivaient tranquilles, ils ne voyaient jamais un policier dans le coin, traitant ces derniers de « bouffons ». Les caïds craignent uniquement les gendarmes qui ont des règles d’engagement claires, ce sont des militaires et ils tirent.

Vous vous souvenez, en 1995, de la tentative d’un jeune homme qui s’appelait Khaled Kelkal au moment du GIA en Algérie : il a tenté de faire un maquis en région lyonnaise. Il a croisé des gendarmes, sorti une arme et deux minutes après il avait deux balles dans la tête, il était mort : cela marque les esprits.  Là, ils ont compris qu’il ne fallait pas jouer.

À partir du moment où quelqu’un sort une arme et la pointe sur un gardien de la paix ou sur un gendarme, ils tirent. Depuis longtemps les policiers sont paralysés par l’IGPN [Inspection Générale de la Police Nationale, NDLR], dès qu’ils pensent à leur arme, avec des commissions d’enquête : « Pourquoi, comment ? Mais vous vous êtes servi d’un pistolet à bouchon, mais quelle horreur… »

Le 9 janvier 2015 au matin, il fallait réquisitionner cent immeubles dans les 100 cités les plus problématiques, y implanter des gendarmeries au milieu, aux hurlements de joie de la population qui n’en peut plus et lance des appels au secours.

La semaine dernière, il y a des habitants d’un office HLM qui ont porté plainte contre l’État se plaignant de l’état dans lequel ils vivaient. Tout est dégradé, certains campent avec leur pit-bull et vous ne faites rien !

Ces personnes qui dirigent les offices HLM ne sont pas d’anciens légionnaires, des beaufs, des militants identitaires mais des socialistes de base, des chrétiens démocrates de base qui n’en peuvent plus. Voilà la situation telle qu’elle est et qui, au final, ne concerne que peu de monde.

Dans les années 2000 dans le Val-de-Marne, une commission, une sorte d’initiative citoyenne, s’est réunie en demandant quel était le noyau dur,. Une cote mal taillée a été faite dans laquelle on considérait que le noyau dur était constitué d’individus ayant fait l’objet de 17 contacts avec la police, la justice : arrestations, déferrements, mises en examen, etc.

En 2005, cela représentait alors moins de 40 personnes pour environ 1,3 million d’habitants dans ce département. Là-dessus, je suis alors allé voir des préfets auxquels je demandais à combien ils chiffraient les personnes posant des problèmes. La réponse était : « Oh, une cinquantaine. »

Dans la Creuse ou dans les Ardennes, ce chiffre est de zéro. Le préfet du Nord m’a dit : « Chez nous, c’est un peu rock’n roll, nous en avons une bonne centaine. » Au final, moins de 3 000 individus à l’échelle de toute la France constitue le noyau dur, ceux qui pourrissent la vie des autres.

Bien entendu, pour telle ou telle mauvaise action, ils recrutent les cousins, les mecs de la tour… Mais on ne fait rien, on ne considère pas cette situation comme sérieuse, on ne s’y intéresse pas !
Intervention d’Alain Chrétien, député de Haute-Saône (1re circonscription)

      Avez-vous des éléments de réponse, sur le rôle de puissances étrangères dans l’animation de réseaux, le financement de motivations, d’implications à propos de la criminalité dans les quartiers…

Je dis « puissances étrangères » de manière indéfinie, je ne cible personne, mais y a-t-il des éléments tangibles que l’on peut évoquer sur cette thématique-là à propos de la criminalité dans les quartiers ?

 Xavier Raufer

 Heureusement que la France bénéficie d’une étroite coopération sur ce sujet avec la police et des services de renseignements algériens. Ils nous ont d’ailleurs prévenus un grand nombre de fois. Ils n’ont pas intérêt non plus à ce qu’il y ait un trop grand nombre d’islamistes car ils les récupèrent après chez eux.

Cet après-midi, j’étais à l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale) où un groupe de travail voulait m’auditionner dont un colonel de la gendarmerie nationale algérienne et un commissaire de la DGSN, c’est-à-dire un commissaire de police de la direction de la police judiciaire algérienne.

Chaque fois qu’un groupe de travail est organisé en France, les Algériens y participent. Une excellente initiative car ils connaissent le sujet, puisqu’ils ont eu une guerre civile chez eux, dont les dirigeants du Groupe islamique armé, comme les Kelkal, d’anciens voyous réislamisés. Comme on le dit : « Nourri dans le sérail, j’en connais les détours »… Voici l’aspect positif.

Pour l’aspect négatif, je vais vous faire part de mon expérience. Il y a quelques années, j’avais une étudiante bretonne, sans grandes ressources, qui faisait ses études à Paris, devait travailler pour les payer et passer son concours de commissaire de police. Elle avait trouvé un job bien rémunéré chez un huissier dans le Val-de-Marne qui consistait à aller porter les exploits d’huissier et signifier les expulsions.

La saisie d’huissier désigne le début de la spirale qui peut conduire certaines personnes à devenir sans domicile fixe. Mon étudiante avait peur, redoutant de se faire jeter dans les escaliers et, de fait, elle devait se rendre dans les pires cités du 9-4.

La première fois, elle se rend dans un HLM, repère le nom sur la boîte aux lettres, sonne à la porte et se présente, disant qu’elle vient de la part de l’huissier. Elle tombe sur une brave dame.

Qui vit dans les cités en question ? Les trois principales populations sont des petits Blancs, des gens issus de l’immigration et des Antillais. Ces derniers n’aiment pas du tout être mélangés avec les autres, ils se considèrent comme différents.

Là, donc, il s’agissait de petits Blancs qui ont remercié mon étudiante d’être venue et lui ont demandé de leur expliquer sa démarche parce qu’ils avaient reçu des papiers auxquels ils  n’avaient rien compris.

Personne n’était venu les voir, pas même le personnel de la mairie et d’ailleurs, lui ont-ils expliqué, plus personne ne venait là.

La dame a expliqué qu’ils avaient eu beaucoup de malheurs, que leur voiture avait brûlé, que son mari n’avait plus pu aller travailler, qu’il n’avait pas été bien… et ainsi de suite : à la fin de la conversation, tout le monde pleurait, le mari, la femme, mon étudiante qui avait bon cœur.

Ils n’avaient pas eu idée une seule seconde de la renvoyer à coups de « Casse-toi ! » ; cela leur faisait au contraire plaisir de voir quelqu’un ! Ils lui avaient même offert un café et demandé de revenir. Éberluée, mon étudiante est venue me le raconter. Je lui ai dit qu’elle dormait sur un trésor et je l’ai encouragée à continuer pour partager à chaque fois ses expériences.

Au bout de six mois, elle avait interrogé des personnes originaires des anciennes colonies, des Antillais, des petits Blancs. Le constat est que plus personne ne se rend dans ces cités, en dehors de trois catégories de gens : les témoins de Jéhovah ; pour les musulmans, le tabligh – sorte de mouvement qui prie avec la population, les accompagne à l’hôpital, un peu comme les Petites Sœurs des pauvres, mais côté musulman, ils ne sont pas très toxiques.

Dans le passé, il y a eu des gens qui se sont fait passer pour des militants du tabligh pour se camoufler, mais les vrais, même si ce n’est pas ma tasse de thé, ne sont pas dangereux. Et enfin, troisième catégorie, les militants du Front national qui, quand ils voient « Mohamed » sur les boîtes aux lettres, évitent tout de même de s’y rendre.

Dans le 9-4, même les responsables des municipalités ont perdu le contact avec eux. Ils aperçoivent encore les derniers ouvriers qui bossent et qui sont encartés à la CGT. Ce n’est pas un complot qui vient d’Arabie Saoudite, c’est rarissime qu’il y ait des prêcheurs vraiment durs qui aillent dans ces cités.

Le personnel de l’IPS [Institut de promotion de la santé.] a abandonné toute cette population qui ne peut plus compter sur eux. Ils sont présents dans le 16e arrondissement, à Saint-Germain-des-Prés, mais dans le 9-4, pas souvent.

Les habitants sont vraiment seuls et même s’ils pouvaient se montrer hostiles, ils sont tellement contents de voir quelqu’un, un être humain, qui s’intéresse à eux qu’ils parlent volontiers avec ceux qui viennent jusqu’à eux.

Voilà la réelle situation à la périphérie des grandes villes, la désertion totale.

Une réponse

  1. Il avait déjà prévenu en 2002 dans l’un de ses livres: L’explosion criminelle. Les réponses. Valmonde.
    Son confrère Eric Delbecque y a déjà consacré une trilogie:
    – L’insécurité, un scandale français. L’Oeuvre, 2012
    – Le bluff sécuritaire: essai sur l’impuissance française. Cerf, 2017
    – L’insécurité permanente. Les causes de l’impuissance française. Cerf, 2022
    Récemment, avec l’évolution chiffrée en hausse constante, l’ouvrage de Frédéric Lauze, Secrétaire Général du Syndicat National des Commissaires de Police (SNCP): Insécurité : stop à la descente aux enfers. Fayard, 2025.

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