La France adore les chiffres quand ils confortent ses certitudes et les déteste quand ils les bousculent.
La fraude sociale appartient à cette seconde catégorie. On la soupçonne, on la dénonce, mais on l’évalue au doigt mouillé malgré les précisions apportées par Charles Prats, magistrat, ancien membre de la Délégation nationale à la lutte contre la fraude, spécialisé dans la lutte contre la fraude sociale, qui a sonné l’alerte à plusieurs reprises.
La note publiée le 13 janvier 2026 par le Haut Conseil du financement de la protection sociale apporte un éclairage actualisé sur le montant estimé de cette hémorragie financière.
Le total avancé est d’environ 14 milliards d’euros.
C’est l’équivalent, à titre d’ordre de grandeur, de plusieurs points de cotisations sociales, de milliers de lits d’hôpital ou de dizaines de milliers de postes d’enseignants.
Autrement dit, une somme dont l’absence se répercute, directement ou indirectement, sur chaque foyer fiscal.
Dans le détail, plus de la moitié de cette fraude – environ 52 %, soit plus de 7 milliards d’euros – provient des employeurs, essentiellement via le travail dissimulé et la sous-déclaration de salaires et d’heures.
Les assurés sociaux représentent 36 % du total, près de 5 milliards d’euros, à travers des prestations indûment perçues. Les professionnels de santé complètent le tableau avec 12 %, environ 1,7 milliard d’euros de facturations irrégulières.
Face à ces montants, les sommes réellement récupérées paraissent dérisoires.
En 2024, dernier exercice consolidé, seuls 681 millions d’euros ont été recouvrés. Environ 300 millions proviennent des assurés, 200 millions des professionnels de santé et à peine 100 millions des employeurs, pourtant responsables de la plus grande part de la fraude estimée.
Tous comptes faits, plus de 95 % des montants théoriquement fraudés ne sont pas récupérés.
Les détournements les plus coûteux sont aussi les moins sanctionnés, tandis que les contribuables et les entreprises respectueuses des règles supportent, par leurs cotisations et leurs impôts, le poids de ces manques à gagner.
Une minorité triche, la facture touche tous les contribuables.
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