Une tribune de Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor et auteur du grand-père et le président (VA Éditions/Contribuables Associés)
Matthieu Pigasse était interrogé récemment sur la dette publique.
On lui pose la question suivante : 120 % du PIB, n’est-ce pas trop ? Il ne manifeste pas d’inquiétude particulière ; sa réponse est technique : il ne faut pas comparer la dette, qui est un stock, au PIB, qui est un flux.
Dette publique : un actif surévalué, des capitaux propres qui fondent
Bon point : la dette est un passif, il faut voir l’actif qu’il y a en face.
Le journaliste aurait dû poser la question : l’actif public, quel est-il ? Mais il ne connaissait probablement pas le chiffre. On est donc passé à côté du point central : l’actif public est de l’ordre de 4 000 milliards, dont une moitié seulement est liquide.
Si on retient 4 000 milliards, l’État a des capitaux propres de 4 000 − 3 500 = 500 milliards. La remarque à faire, c’est que la dette est égale à 7 fois les capitaux propres, et que ce chiffre grimpe jour après jour.
Les prêteurs ont raison d’être soucieux, et le FMI de tirer la sonnette !
L’interviewer aurait dû continuer : « le flux à retenir, si on reste dans une logique d’État, ce n’est pas le PIB, c’est le déficit public, disons 150 milliards » ; et donc la seconde remarque à faire, c’est que les capitaux propres fondent à toute vitesse et vont arriver à zéro.
Avec une rentabilité de −30 % et un endettement à 7 fois les capitaux propres, aucune société ne tient longtemps avec ces ratios.
Une restructuration musclée s’impose.
Matthieu Pigasse poursuit sur les stocks et les flux en expliquant que, si on tient compte des actifs du pays – et là, il rapporte comme si c’était naturel les actifs privés à l’actif public –, la dette ressort à 15 à 20 %. Il laisse entendre que ce taux est raisonnable et que, donc, il n’y a pas à s’inquiéter outre mesure.
Pour preuve, l’exemple du Covid : on a trouvé 250 milliards comme si de rien n’était (sauf que cela a été dû à une augmentation de la dette). Il explique rapidement, le ton est docte, que c’était en fait de la création monétaire.
Dette publique : la responsabilité des médias face aux fausses évidences
L’interviewer ne lui demande pas de préciser la chose.
Il reconnaît qu’il faut tout de même réfléchir à une politique qui vise à redresser la barre, et évoque – sans trop préciser les choses – un changement de modèle qui consiste (il ne le dit pas, comme si cela allait de soi) à taper dans les actifs privés… mais taper dans les actifs privés, c’est spolier massivement le privé.
Ça mérite une question et une réponse !
Les médias ont la responsabilité collective de mettre, en face de gens à qui l’on donne le micro, des interlocuteurs pointus, ou de simples citoyens qui demanderaient de préciser la pensée.
L’auteur de ces lignes proposerait Fabrice Luchini, qui entamerait : « La France est un pays qui te prend 50 % de ce que tu gagnes pendant toute ta vie et, le jour où tu meurs, il te reprend encore 50 % de ce que tu as réussi à conserver. Et malgré cela, il se retrouve avec 3 500 milliards de dettes. »
Le grand-père et le président
de Xavier Fontanet
Avec la participation de Contribuables Associés
Préface de Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés
VA Éditions, 242 pages – 25 euros (2,90 € de frais de port)

9 réponses
Bien sûr, bien sûr, on peut gager complètement nos actifs publics et privés encore derrière, pour finir complètement nus, à poils. C’est bizarre, tous les pays du Nord de l’Europe qui raisonnent à l’inverse de cette affaire de stocks et de flux, ne doivent vraiment avoir que des nuls aux affaires, eux qui réduisent maintenant depuis plusieurs années leurs déficits et dettes.
Sciences po+ ENA pour M. Pigasse : bravo les élites !
Que ne feraient elles pas pour rester aux affaires … ou en faire avec l’argent public.
Reste à connaître le média interviewant.
Legend, n’est pas un media, c’est une agence de com’ déguisée portée par un ancien journaliste pas très talentueux (sur la partie journaliste, sur la partie business en revanche, rien à dire) devenir star de l’influence. Dérive générale de l’époque où les citoyens peu éduqués ont l’impression de s’instruire là où ils consomment des éléments de langage et de la désinformation.
Pour tous ceux qui ont besoin de comparer l’ETAT a une entreprise :
La dette de la france serait remboursée en moins de deux ans si « l’entreprise France » y conscrait tout son chiffre d’affaire annuel (120% du Pib)
QUESTION : connaissez vous beaucoup d’entreprises qui peuvent se targuer d’en faire autant ?
Oui, il y en a plein : Total Energies par exemple rembourserait sa dette nette en 1 mois et demi, avec son chiffre d’affaires annuel de 200 milliards €. Et il y a aussi beaucoup d’entreprises en situation de dette nette négative, c’est à dire sans dette à devoir.
Mais au delà de ça, le scénario n’a pas de sens. Ca voudrait dire tous les français sous cloche, en apnée, obligés de bosser pour rembourser nos dettes publiques, sans rien pour subvenir à leurs besoins propres, à commencer par s’alimenter pour pouvoir travailler.
Regarder un ratio d’endettement sur capitaux propres est plus signifiant. Et si on mange tous ses capitaux propres, on n’existe plus dans le contexte international. Si encore nos capitaux propres augmentaient à mesure que nos dettes gonflent, peut-être. Mais ça n’est pas le cas.
Il y a un vrai problème avec de tels économistes c’est qu’ils ont la chance d’être interviewés par des journalistes qui n’ont pas suffisamment de culture économique et comme ils donnent des réponses simplistes à des sujets complexes ça passe très bien auprès du public et au final on se retrouve avec dés Piketty des Zucman et des Picasso dont la solution est toujours la même : prendre aux riches et ça résoudra tous les problèmes. L’autre problème est que ce sont eux qui enseignent l’économie, n’hésitent pas à travestir les chiffres en comptabilisant par exemple des dividendes non distribués comme des revenus et en omettant les transferts sociaux comme le fait Zucman. Il y a donc toute une école qui est davantage politique qu’économique
Ce qui se passe avec nos dettes, ça n’est même pas prendre aux riches pour rembourser nos emprunts. C’est pire que ça. A la limite éthiquement, prendre aux riches pour équilibrer nos comptes publics, bon, en soi, ça peut faire débat, et il existe aussi des riches qui sont prêts à contribuer davantage à l’effort public.
Non, ce qu’on fait, c’est pendre aujourd’hui d’autorité aux générations futures qui naitront dans 10, 20, 30 ans, riches ou pauvres ! Et sans connaître leur avis bien sûr !
Il peut se permettre de raconter n’importe quoi devant un journaliste ignare et trop content d’interviewer un milliardaire progressiste. Si on veut taxer les riches, ceux-ci auront vite fait de boucler leurs valises pour partir aux Îles Caïmans. Quant à taxer Total, il ne fait presque pas de profit en France.
Puisque c’est un milliardaire qui se vante d’être lui-même « progressiste », pourquoi ne propose-t-il pas de payer beaucoup plus que ce que lui réclament les Impôts ? J’attends une réponse de ces gens qui infligent des leçons gratuites de pseudo-économie aux autres et gardent leur portefeuille d’actions bien au chaud.