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Étudiants étrangers : une stratégie de reconquête pour mieux les accueillir en dépensant moins

CarlosBarquero/shutterstuck
Lancée en 2018 avec l'ambition d'attirer 500 000 étudiants internationaux, l'opération « Bienvenue en France » affiche un bilan contrasté : si les objectifs quantitatifs sont en passe d'être atteints, l'aspect qualitatif fait défaut.

La nouvelle étude de Jean-Paul Gourévitch pour Contribuables Associés décortique la réalité derrière l’immigration étudiante. En voici un extrait.

Étudiants étrangers : l’opération « Bienvenue en France », ses avancées et ses échecs

« Cette opération a été mise en place par le Premier ministre Édouard Philippe en 2018, qui a précisé ses finalités lors des rencontres universitaires de la francophonie le 19 novembre 2018 : « [Nous devons] gagner la bataille de la concurrence internationale entre nos systèmes d’enseignement supérieur et de recherche [en] accueillant les étudiants les plus brillants et les plus méritants [et en] projetant partout dans le monde notre enseignement supérieur et notre recherche. »

Elle s’inscrit dans une volonté de refonte de la politique d’attractivité avec trois cibles principales. D’abord, les investisseurs étrangers, comme l’attestent les sommets « Choose France » dont le premier a eu lieu en 2018. Ensuite, les étudiants africains, comme en témoigne le discours du président de la République du 29 août 2017 affirmant que « la France reste la première destination des étudiants de pays africains ».

Enfin, la coordination des procédures d’accueil à travers Campus France (2010), la plate-forme « Études en France » (2015) et Parcoursup (2018), qui s’ajoutent à la plate-forme Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), au portail France Visas et aux guichets uniques d’accueil.

Les objectifs finaux sont d’atteindre 500 000 étudiants étrangers en 2027, avec un doublement du nombre d’étudiants de « pays émergents, majoritairement non francophones », tout en augmentant le nombre d’étudiants français qui souhaitent poursuivre des études à l’étranger pour accroître le rayonnement de notre enseignement supérieur.

Les objectifs opérationnels visent quant à eux l’amélioration et la labellisation de l’accueil des étudiants, ainsi que la mise en place des droits différenciés, sauf pour les doctorants, afin de faire contribuer les étudiants étrangers au financement des établissements qui les accueillent.

Sur le plan quantitatif, l’objectif est en voie d’être atteint.

On enregistre une hausse de 17 % d’étudiants étrangers entre 2018-2019 et 2023-2024, et même de 34 % pour les originaires de l’Afrique subsaharienne, contre 7,7 % pour l’ensemble des étudiants sur la même période. On compte 450 000 étudiants étrangers sur l’année 2025-2026 et les étudiants français sont de plus en plus nombreux à poursuivre leurs études à l’étranger, atteignant 114 000 aujourd’hui selon Campus France.

Sur le plan qualitatif, il en va tout autrement.

Cette stratégie interministérielle n’a pas été concertée avec les organismes nationaux de recherche, et les ministères du Travail et de l’Économie n’y ont pas participé. La crise du COVID et l’opposition des syndicats d’étudiants ainsi que de certaines universités à la pratique des droits différenciés ont perturbé sa mise en œuvre. Il n’y a eu de suivi ni pour le recrutement des doctorants, ni pour pourvoir les emplois qualifiés dans l’économie.

Selon la Cour des comptes, quatre objectifs seulement sur vingt-huit ont été atteints. D’autres sont en cours de réalisation comme les campus franco-étrangers, mais la majorité se trouvent en Chine et l’on connaît mal leurs effectifs et leur influence.

Surtout, les objectifs qualitatifs ont été subordonnés aux quantitatifs. Il n’y a eu aucune priorisation de l’origine des disciplines recherchées. Au contraire, ce sont les étudiants de niveau licence, où les taux d’échecs sont les plus importants, qui ont connu la plus forte augmentation. Selon la Cour, les étudiants étrangers sont les plus présents dans les cursus qui ont le moins de débouchés professionnels et sous-représentés dans les filières d’avenir. La France a recruté les étudiants qui voulaient poursuivre leurs cursus et non ceux dont elle avait besoin.

Ce constat corrobore les critiques contre le pari manqué de la démocratisation de l’enseignement supérieur en raison de la non-sélectivité du bac. En revanche, les boursiers du MAEE connaissent des réussites de 95 % en licence et 88 % en master : la sélection par le mérite contribue au rayonnement de notre enseignement supérieur. Mais ces dossiers, selon l’OID, ne représentent qu’1,8 % du total des étudiants étrangers en mobilité internationale.

Étudiants étrangers : le choix de l’excellence – principes, priorités, recommandations

Si l’impact financier de la mobilité diplômante peut être quantifié, la mesure de ses apports économiques et scientifiques est plus discutable, et celle de ses effets sur le rayonnement de la France dans le monde relève d’un exercice rhétorique. La vocation de la France est-elle d’accueillir un maximum d’étudiants étrangers ou de permettre à ceux qu’elle accueille de poursuivre leurs études avec un maximum de chances de réussite ?

Les résultats analysés plus haut montrent que son intérêt économique est de viser des niveaux élevés, de type master ou doctorat, et d’encourager des opérations de partenariat avec des universités étrangères. La revendication d’une admission à bas coût qui se présente comme « sociale » produit en réalité des effets contraires à son objectif : elle engage les étudiants à faibles ressources dans un parcours où leur énergie est davantage mobilisée contre la précarité que pour la réussite, et elle décourage les meilleurs.

Le rapport sénatorial de Pierre-Antoine Lévi sur « les relations entre l’État et les universités » d’octobre 2025 affirme que « les étudiants de bon niveau se détournent de nos universités parce qu’ils considèrent que des formations aussi peu chères sont nécessairement peu qualitatives ».

La recherche de l’excellence doit constituer le pivot de la politique française en matière de migration étudiante, et c’est l’affichage de cet objectif qui drainera vers nos établissements les étudiants étrangers les plus ambitieux, ce qui implique des changements profonds à tous les niveaux du système éducatif.

Pour concrétiser ces principes, plusieurs priorités doivent être établies.

  • La stratégie de reconquête doit être pilotée au niveau du Premier ministre en associant les ministères concernés (MEAE, MEN, MESRE, Intérieur, Travail et Solidarités, Économie, Finances et Souveraineté industrielle et numérique). Elle doit inclure un mode d’évaluation régulière interne et externe, auquel pourrait être associé le Haut Conseil de l’évaluation et de la recherche de l’enseignement supérieur, permettant d’en infléchir la trajectoire ou de modifier la hiérarchie des objectifs.
  • Cette politique doit assumer ses choix de passer d’une mobilité étudiante subie à une mobilité choisie. Dans ce cadre, elle doit viser le recrutement d’étudiants étrangers dans des domaines prioritaires pour l’économie de la France, comme les études de médecine ou les écoles d’ingénieurs, ou dans des secteurs susceptibles de développer des partenariats avec les pays d’origine, tels que le commerce international, la communication ou l’intelligence artificielle.
  • Pour éviter que la migration étudiante ne constitue une filière d’immigration irrégulière, la France doit instaurer des quotas pour l’accueil d’étudiants des pays d’origine de ces migrations, notamment aux niveaux d’études les moins élevés, et ajourner l’arrivée d’étudiants des pays qui ne respectent pas les accords conclus avec elle.
  • Le renouvellement des visas étudiants doit désormais prendre en compte leur présence effective aux cours, aux travaux pratiques, aux examens ainsi que leur réussite, car il n’est pas acceptable que plus de la moitié des étudiants internationaux en mobilité n’obtiennent pas leur licence en quatre ans. On doit également se montrer attentif aux procédures de sélection dans les établissements qui vivent majoritairement du recrutement d’étudiants internationaux. Toutefois, le cas de Sciences Po Paris soulevé par l’OID pose un problème spécifique : au-delà des péripéties politiques qui ont fait la une des médias durant l’année scolaire 2024-2025, cet établissement a acquis, dans les disciplines qui y sont enseignées, un renom international à préserver.
  • Par ailleurs, le contrôle des ressources nécessaires à l’admission des étudiants doit se faire sur des documents certifiés, et le plancher de ressources doit être relevé en fonction de ce que dépensent réellement les étrangers dans leur vie quotidienne. En ce sens, le montant minimum des bourses de toute nature doit être révisé afin d’en faire un réel levier d’attractivité. Les établissements dans lesquels s’inscrivent les étudiants doivent être incités, le cas échéant financièrement, à les aider dans la recherche d’un logement ou d’un travail complémentaire. Si le cumul travail-études peut aider à une insertion professionnelle ultérieure, il s’agit souvent de « petits boulots », obtenus par la débrouille ou l’aide des diasporas, qui servent à boucler les fins de mois et ne facilitent pas la réussite aux examens.
  • Il serait également fructueux de mettre en place une incitation fiscale aux opérateurs économiques et aux particuliers pour investir dans la formation de ces étudiants. À titre de comparaison, l’Université d’Harvard, qui compte deux fois moins d’étudiants que la Sorbonne, dispose d’un fonds de dotation de 50 milliards de dollars provenant de contributions du privé très défiscalisées, tandis que Yale pèse 41 milliards de dollars et Stanford 37 milliards. L’affichage de l’objectif d’excellence peut contribuer à orienter des flux de capitaux dans cette direction tout en réduisant la masse de ceux qui s’indignent que la France accueille des étudiants étrangers dont les familles n’ont pas contribué au financement de son système éducatif.

 

Enfin, il faut rappeler que la France est le seul pays de l’OCDE dont la part d’étudiants étrangers originaires du continent africain approche les 50 %.

Les deux principaux pays d’origine, l’Algérie et le Maroc, ont perçu de la France, dans le domaine de l’éducation et des aides au développement pour la période 2018-2023, 990 millions d’euros pour le Maroc et 688 millions d’euros pour l’Algérie, sans compter les transferts d’argent venant de la diaspora sur lesquels la France n’exerce aucun droit de regard.

On pourrait en dire autant de l’Afrique subsaharienne francophone, et accorder aux étudiants de ces pays des traitements privilégiés relève de l’incohérence. »

Jean-Paul Gourévitch, consultant international, spécialiste des migrations

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