Les deux affaires n’ont rien en commun, sauf l’essentiel.
À Nice, le 10 mars 2026, une entreprise paysagère de Fréjus (Var) dépose une facture sur Chorus Pro, la plateforme publique de facturation électronique, à destination de la régie Parcs d’Azur.
Quelques jours plus tard, un inconnu se présentant comme l’assistant comptable de cette entreprise transmet un nouveau RIB, accompagné d’une fausse attestation du directeur général. Le changement est validé sans vérification auprès de l’entreprise réelle.
Le 19 mai, 153 565,90 euros sont virés vers le compte de l’escroc. L’alerte vient de Bercy le même jour… trop tard. La régie a porté plainte le lendemain et la Métropole a ouvert une enquête administrative.
À Narbonne, la mécanique est différente, la durée bien plus longue.
Entre 2021 et novembre 2024, la régisseuse principale du centre médico-social de Narbonne Ouest détourne 150 875 euros en manipulant les dossiers d’aides sociales : d’abord en réactivant des bénéficiaires existants ne sollicitant plus d’aide, puis en créant des bénéficiaires fictifs.
Les montants unitaires sont faibles – 100 à 150 euros – ce qui rend la fraude difficile à détecter ligne à ligne. C’est un contrôle des finances publiques de l’Aude, en novembre 2024, qui révèle un déficit de 6 990 euros dans les caisses. L’enquête remonte alors rapidement jusqu’à elle.
Condamnée le 1er octobre 2026 à trois ans de prison avec sursis, elle est également interdite d’exercer dans la fonction publique pendant cinq ans.
Argent public : des parades connues, des contrôles en défaut
Les deux cas illustrent deux vulnérabilités distinctes mais également évitables.
À Nice, la fraude au faux RIB est l’une des escroqueries les plus documentées visant les marchés publics – elle consiste à intercepter une transaction en cours et à substituer les coordonnées bancaires du vrai prestataire.
Sa parade existe : rappeler systématiquement le prestataire sur un numéro préalablement enregistré avant tout changement de RIB, indépendamment des documents fournis.
Ce protocole élémentaire n’a manifestement pas été appliqué.
À Narbonne, le détournement a prospéré près de quatre ans sans déclenchement d’alerte interne.
La régisseuse avait seule accès aux comptes et aux dossiers des bénéficiaires, sans contrôle croisé ni audit régulier.
Le Conseil départemental de l’Aude, dont relève la structure, exige le remboursement des fonds, d’autant que « ses ressources diminuent et qu’il y a de plus en plus de publics à aider », souligne son avocat au micro de L’Indépendant.
Ces deux affaires posent la même question de fond.
Le contrôle interne des services et des établissements financés par l’argent public est insuffisant, sous-outillé et ses défaillances sont rarement sanctionnées.
Une vigilance dont l’État ne manque pourtant pas lorsqu’il s’agit de ponctionner les contribuables et de leur faire acquitter l’impôt…
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