L’État vient de faire une découverte qui pourrait révolutionner ses finances : ses fonctionnaires sont parfois capables de faire le travail des consultants qu’il rémunère à prix d’or.
Selon les chiffres de l’annexe au projet de budget 2027 consacrée au recours aux conseils extérieurs, relayés par Acteurs publics, les engagements des ministères auprès des cabinets de conseil sont tombés à près de 60 millions d’euros en 2025, contre 96,1 millions en 2024.
Soit quelque 36 millions d’euros de commandes en moins, une diminution proche de 38 % en un an.
Un bémol : ces 36 millions d’euros représentent une diminution des autorisations d’engagement entre 2024 et 2025, et non 36 millions d’économies effectivement constatées.
Cabinets de conseil : une facture divisée par plus de quatre depuis l’affaire McKinsey
À l’aune de l’affaire McKinsey, le recul est encore plus net.

En 2021, l’État avait engagé 271,5 millions d’euros pour des prestations de conseil. Quatre ans plus tard, la facture annuelle a fondu de 78 %.
Un changement de cap après la charge du Sénat, dont la commission d’enquête avait mis en lumière les coûteuses habitudes de sous-traitance de l’administration en mars 2022.
Certains ministères ont sérieusement serré la vis. À l’Intérieur, les dépenses sont passées d’environ 14 millions à 5 millions d’euros, soit 9 millions de moins.
Aux Armées, elles ont été divisées par deux, reculant de plus de 24 millions à un peu plus de 12 millions.
Bercy a également ramené sa facture de 4,4 à 1,6 million, tandis que le ministère de la Transition écologique l’a réduite de 27,3 à 21,3 millions d’euros.
Les ministères sociaux ont aussi économisé 1,3 million sur leurs commandes (de 6,5 à 5,2 millions).
Au total, ces cinq périmètres ministériels représentent à eux seuls plus de 31 millions d’euros de réduction des engagements.
Cabinets de conseil : l’État réinternalise, mais tous les ministères ne jouent pas le jeu
Le secret de cette soudaine sobriété ? Réaliser en interne des prestations jusqu’ici confiées au privé.
L’Agence de conseil interne de l’État comptait 65 agents fin 2025, dont 60 consultants (les cinq autres relevant du pôle interministériel d’achat de prestations de conseil), et a conduit près de 100 missions.
Dans une réponse au sénateur Hervé Maurey publiée le 1ᵉʳ octobre 2026, le gouvernement estimait que chaque consultant interne permet une économie nette annuelle de 100 000 euros par rapport à son équivalent privé.
Appliqué à 60 consultants travaillant une année entière, ce différentiel représenterait théoriquement 6 millions d’euros d’économies.
Quelques administrations persistent néanmoins à augmenter leurs commandes.
À l’Agriculture, la dépense grimpe de 1,2 à 1,8 million d’euros. À la Justice, elle progresse de 1,1 à 1,4 million. Les Affaires étrangères suivent également cette tendance (de 292 000 à 352 000 euros).
Reste à transformer cette baisse des contrats externalisés en économies durables.
Car les montants cités correspondent à un périmètre précis du conseil extérieur et non à toutes les prestations intellectuelles achetées par l’État.
Sans compter qu’une diminution des engagements n’équivaut pas à une économie budgétaire équivalente, puisqu’il faut également financer des équipes internes.
Ce recul, Contribuables Associés le réclame depuis le début de l’affaire McKinsey, en 2022
Notre association a notamment relayé le chiffrage de l’Inspection générale des finances : 2,5 milliards d’euros de prestations intellectuelles facturés à l’État en 2021, informatique comprise, un périmètre bien plus large que les seuls 271,5 millions de conseil extérieur recensés par le jaune budgétaire.
Elle a aussi lancé sa campagne « Non à la consultocratie ! » : une pétition adressée au ministre de la Fonction publique pour que les hauts fonctionnaires assument eux-mêmes les réformes et en répondent chaque année devant le Parlement.
La baisse des factures est un premier pas ; la responsabilisation de l’administration reste à conquérir.
Engagements de conseil par ministère, 2024 et 2025 (autorisations d’engagement)
| Ministère / périmètre | 2024 | 2025 | Évolution |
| Transition écologique | 27,3 M€ | 21,3 M€ | – 6,0 M€ |
| Armées | > 24 M€ | > 12 M€ | divisé par deux |
| Intérieur | > 14 M€ | 5 M€ | – 9 M€ |
| Ministères sociaux | 6,5 M€ | 5,2 M€ | – 1,3 M€ |
| Économie et Finances | 4,4 M€ | 1,6 M€ | – 2,8 M€ |
| Culture | 4,4 M€ | 3,6 M€ | – 0,8 M€ |
| Services du Premier ministre | 3,2 M€ | 2,9 M€ | – 0,3 M€ |
| Éducation / Enseignement sup. | > 2 M€ | 0,72 M€ | – 1,3 M€ |
| Agriculture | 1,2 M€ | 1,8 M€ | + 0,6 M€ |
| Justice | 1,1 M€ | 1,4 M€ | + 0,3 M€ |
| Affaires étrangères | 0,29 M€ | 0,35 M€ | + 0,06 M€ |
Source : annexe « Recours aux conseils extérieurs » au PLF 2027, chiffres relayés par Acteurs publics (14 octobre 2026). Montants arrondis.
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