Il y a trois ans, élus, industriels et ministres célébraient, à grand renfort de discours, la naissance d’un champion européen de l’hydrogène. Aujourd’hui, les salariés de Symbio comptent les licenciements et les contribuables, les centaines de millions d’euros engloutis.
La société spécialisée dans les piles à combustible hydrogène, détenue par Michelin, Forvia et Stellantis, a bénéficié de plus de 350 millions d’euros d’aides publiques en deux ans, dont plus de 312 millions validés dans le cadre du programme européen PIIEC consacré aux projets industriels stratégiques.
Encore un fiasco à porter au passif de la transition verte
Ces fonds devaient permettre à la France de bâtir une filière hydrogène capable de rivaliser avec les géants asiatiques et américains.
Mais la réalité industrielle s’est révélée moins glorieuse que les annonces dithyrambiques. Symbio prévoyait de produire 16 000 piles à hydrogène en 2024. L’entreprise n’en aurait finalement fabriqué qu’environ 680, selon Le Monde.
L’objectif avancé à moyen terme tablait sur la livraison de 50 000 unités annuelles…
Entre-temps, la spectaculaire « gigafactory » inaugurée à Saint-Fons, près de Lyon, est devenue le théâtre d’un plan social massif. Sur environ 510 salariés, 358 postes doivent être supprimés, soit près de 70 % des effectifs.
Le fiasco illustre surtout une mécanique désormais rodée.
Une technologie présentée comme incontournable bénéficie d’un puissant soutien politique au nom de la transition écologique et de la souveraineté industrielle.
Les pouvoirs publics ouvrent alors largement les vannes des subventions afin d’accélérer le développement. Les grands groupes privés réduisent ainsi une partie du risque financier encouru grâce à l’argent public. Puis, lorsque la rentabilité n’est plus au rendez-vous, ils tirent leur révérence.
C’est exactement ce qu’a fait Stellantis.
Entré au capital de Symbio à hauteur de 33,3 % en 2023, le constructeur automobile a finalement abandonné le projet à l’été 2025, jugeant les perspectives économiques du marché de l’hydrogène insuffisantes. Or l’usine lyonnaise devait consacrer près de 80 % de sa production au groupe automobile.
Pour les défenseurs des aides d’État, l’échec fait partie du risque inhérent à toute innovation industrielle. Mais les critiques soulignent une contradiction croissante : les pertes sont socialisées tandis que les éventuels profits restent privés.
D’autant que ces centaines de millions proviennent de contribuables déjà confrontés à une pression fiscale record et à des finances publiques sous tension.
Symbio : un fiasco européen
Le cas Symbio relance aussi le débat sur l’efficacité des grands plans industriels européens.
Après les milliards injectés dans certaines filières vertes aux résultats incertains, plusieurs économistes dénoncent une allocation de capital biaisée par des effets de mode politiques.
Les projets jugés « stratégiques » captent l’essentiel des financements publics, pendant que des PME innovantes, moins visibles médiatiquement, peinent à accéder aux mêmes ressources.
Dans le cas de Symbio, les contribuables sont en droit de savoir comment une entreprise soutenue par des centaines de millions d’euros publics a pu dériver aussi vite sans que les signaux d’alerte conduisent à un réexamen du soutien financier accordé par l’État.
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