Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

SCAF : trois milliards engloutis pour un avion qui n’a jamais volé

© Rama / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0 fr
Lancé en 2017 pour incarner la défense européenne, le futur avion de combat franco-allemand (et espagnol) a fait une sortie de piste définitive le 8 juin 2026. Des tombereaux d’argent public ont financé des études, des réunions et des promesses.

Aucun avion sur la piste. Le Système de combat aérien du futur devait remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand à l’horizon 2040. Il restera finalement dans l’histoire comme un avion de papier, payé au prix fort par les contribuables.

Trois chiffres résument le fiasco : près de 100 milliards d’euros de coût total attendu sur la durée du programme, 3,2 milliards engagés pour la phase 1B du démonstrateur, et aucun prototype volant après neuf ans de discussions. Difficile de faire pire.

Lancé par Emmanuel Macron et Angela Merkel, rejoint deux ans plus tard par l’Espagne, le SCAF devait associer un avion de combat de nouvelle génération, des drones, des capteurs connectés, de l’intelligence artificielle et un « cloud de combat ».

Sur le papier, une révolution industrielle. Dans les faits, une interminable querelle de répartition industrielle entre Dassault, Airbus et Indra, l’industriel espagnol associé au projet. Les années de négociations, de médiations et d’arbitrages politiques se sont achevées par un crash en bonne et due forme.

SCAF : une facture déjà engagée, aucun prototype en vol

Le 8 juin, Paris et Berlin ont fini par actionner le siège éjectable.

Mais l’atterrissage d’urgence n’efface ni les années perdues, ni la facture déjà engagée. En décembre 2022, la Direction générale de l’armement notifiait le contrat de la phase 1B, d’un montant de 3,2 milliards d’euros, destiné à préparer les démonstrateurs, c’est-à-dire les prototypes expérimentaux chargés de faire passer le futur avion du concept aux premiers essais réels, sur une durée d’environ trois ans et demi.

Cela représentait, en théorie, plus d’un milliard d’euros par État partenaire. À cette somme s’ajoutent les études antérieures, les équipes mobilisées, les frais administratifs et les financements accordés aux industriels.

En 2023, La Tribune indiquait que la France devait investir 1,6 milliard d’euros dans le SCAF, en tenant compte du contrat commun et d’investissements nationaux supplémentaires. Beaucoup d’argent public englouti sur l’autel de la défense européenne, pour aucun appareil livré.

La Cour des comptes avait pourtant allumé plusieurs voyants rouges. Dans un rapport de 2018 sur la coopération européenne en matière d’armement, elle rappelait qu’une coopération mal conduite constitue en elle-même une source de surcoûts et que, parmi les grands programmes européens, aucun n’avait alors respecté l’intégralité de ses objectifs militaires ni son calendrier.

Le Parlement avait relayé ces mises en garde : dès 2020, une mission sénatoriale chiffrait le développement du programme entre 50 et 80 milliards d’euroscinq à huit fois le coût de développement du Rafale – et pointait ses risques industriels ; en 2021, les sénateurs qualifiaient le SCAF de projet « ambitieux » mais « concentrant de nombreux risques » à « pleinement maîtriser ».

Ces alertes n’ont pas empêché l’État de poursuivre. Les contribuables ont donc financé un programme dont les risques étaient connus, pendant que d’autres avançaient.

SCAF : pendant ce temps, l’Allemagne achète américain et prépare un nouvel avion de chasse

Le double jeu allemand a de quoi faire grincer les dents : alors que le SCAF s’enlisait, Berlin sécurisait son avenir aérien chez Lockheed Martin.

Dès 2022, l’Allemagne annonçait l’achat de trente-cinq F-35 américains pour près de 10 milliards d’euros, avec la possibilité d’en commander davantage.

L’Europe voulait bâtir son avion de combat du futur. Elle aura surtout prouvé qu’elle savait transformer une ambition stratégique en facture publique sans appareil au bout de la piste.

Le désaccord couvait depuis des années : maître d’œuvre de l’avion, Dassault refusait une gouvernance où Airbus – représentant l’Allemagne et l’Espagne – pesait les deux tiers du programme, un partage qu’il jugeait incompatible avec un pilotage efficace.

Le crash n’a pourtant refroidi personne outre-Rhin. Dès le lendemain, le 9 juin, un consortium emmené par Airbus, avec MBDA et six groupes allemands (Hensoldt, Diehl, MTU Aero Engines, Liebherr, Autoflug, Rohde & Schwarz) mais sans Dassault, déposait à Berlin un projet d’avion de combat de sixième génération, « Team Gen 6 ».

Berlin ne s’en cache plus : son ministre de la Défense, Boris Pistorius, déclarait le 9 juin, selon BFMTV, que « l’Allemagne recherche de nouveaux partenaires pour construire un avion de combat de nouvelle génération ».

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