Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Audiovisuel public : le rapport Alloncle étrille la machine à abus

Contribuables / Shutterstock
France info TV hors de prix, Salto à 57,7 millions d’euros de pertes, Slash coûteux, producteurs aux marges opaques, contrats verrouillés, primes et congés hors normes à Radio France, le rapport Alloncle révèle comment l’audiovisuel d’Etat dilapide l’argent public.

Publié le 5 mai, le rapport Alloncle met les pieds dans le plat. Il dresse l’inventaire d’un système qui dépense beaucoup, contrôle mal, protège ses habitudes et regimbe à rendre des comptes à ceux qui le financent : les contribuables.

Le rapport étrille des gaspillages en série

Bon exemple du genre, France info TV. 

Lancée en 2016 sur le canal 27 de la TNT, la chaîne devait incarner une offre publique d’information en continu. Dix ans plus tard, le rapporteur lève le voile sur un échec coûteux. Son audience plafonne autour de 0,9 %, très loin de CNews à 3,4 %, BFMTV à 2,8 % et LCI à 2 %.

Mais le budget, lui, a doublé en sept ans : 14 millions d’euros au départ, 28 millions selon la Cour des comptes, et même environ 40 millions d’euros en coût réel selon Delphine Ernotte-Cunci.

Le rapport va plus loin : en coût par point d’audience, France info TV serait la chaîne d’info la plus chère de France. Là où CNews, BFMTV et LCI dépensent respectivement 25, 28 et 33 millions d’euros par point d’audience, France info TV atteint 47 millions d’euros. Soit 65 % de plus que la moyenne de ses concurrentes.

Pour une chaîne dont l’identité éditoriale reste jugée floue, le constat est sévère.

Autre fiasco : Salto.

La plateforme, lancée en octobre 2020 avec TF1 et M6 pour répondre à Netflix, a fermé dès le 27 mars 2023. Résultat pour France Télévisions : 57,7 millions d’euros de perte nette. Le plan initial visait pourtant 3,4 millions d’abonnés, un résultat d’exploitation positif dès la quatrième année et jusqu’à 135 millions d’euros de financement total entre octobre 2019 et décembre 2023.

Le rapporteur s’interroge sur l’imprévoyance contractuelle de France Télévisions, contrainte d’assumer les conséquences du retrait de ses partenaires.

France TV Slash n’échappe pas non plus au procès.

La plateforme jeunesse coûte 17 millions d’euros en 2025 pour environ 5 000 publications annuelles et 500 millions de vues. Le rapport reconnaît une progression d’audience, mais souligne que des acteurs comparables obtiendraient des résultats similaires, voire supérieurs, avec des budgets quatre à cinq fois inférieurs.

Surtout, l’objectif stratégique paraît manqué : malgré Slash, l’âge moyen du public de France Télévisions dépasse toujours 60 ans.

Le rapport met également sur la sellette les producteurs privés travaillant pour France Télévisions. Il pointe une transparence insuffisante sur les marges. Les audits disponibles montrent des niveaux jugés hors de proportion : 24 % de marge pour « Ça commence aujourd’hui », 25 % pour « N’oubliez pas les paroles », 42 % pour « Chacun son tour ».

Plus grave : plusieurs devis auraient minoré les marges réelles. « C à vous » aurait affiché 8 % de marge au devis, contre 18 % constatés. « C dans l’air » : 5 % annoncés, 12 % constatés. « Ça commence aujourd’hui » : 11 % annoncés, 24 % constatés.

Le rapport parle dénonce des surfacturations récurrentes

Le cas de « Chacun son tour » est particulièrement parlant : Jean-Louis Blot et Nagui Fam devaient percevoir 170 000 euros selon le devis. Les audits relèvent finalement 300 000 euros versés : 100 000 euros pour Jean-Louis Blot, 200 000 euros pour Nagui Fam. Soit 130 000 euros de plus, une hausse de 75 % par rapport au montant présenté à France Télévisions.

Le rapport dénonce aussi des contrats pluriannuels très favorables aux producteurs. « N’oubliez pas les paroles » fait l’objet d’un engagement de 75 millions d’euros sur trois ans, reconductible, sans clause d’audience réellement contraignante. Renouvelé en 2025, le contrat prévoit une hausse de 20 % du coût unitaire par minute entre 2024-2025 et 2026-2027, alors que l’audience recule de 5 % sur deux ans et de 10 % sur cinq ans.

Sur dix ans, France Télévisions aura versé environ 250 millions d’euros pour cette seule émission.

Même une opération caritative est épinglée : le Gala des Pièces jaunes. France Télévisions finance l’événement à hauteur de 950 000 euros. Mais seuls 531 000 euros de recettes de billetterie sont reversés aux hôpitaux de Paris, tandis qu’Électron Libre, filiale de Mediawan, dégage 300 000 euros de bénéfice net, soit 12 % de marge. Le rapporteur juge le déséquilibre préoccupant.

À Radio France, le rapport bascule dans l’inventaire social. 

L’entreprise comptait 4 672 collaborateurs fin 2024, hors CDD d’usage, soit 4 502 ETP au total. Le rapport reconnaît la qualité des personnels, mais décrit un cadre dérogatoire devenu difficilement défendable.

La Cour des comptes relève une organisation RH d’une rare complexité : 523 journalistes pigistes en 2023, 15 784 CDDU délivrés la même année, et une accumulation d’accords internes. Les journalistes de Radio France travaillent entre 191 et 197 jours par an, contre un forfait légal de 218 à 236 jours. Les cadres techniques et administratifs sont plafonnés à 208 jours.

Certains personnels antenne en radios locales disposent de 59,5 à 66,5 jours de congés et RTT par an ; les assistants d’édition, de 57 à 64 jours, quand la moyenne française est d’environ… 33 jours !

Les coûts liés à la rénovation de la Maison de la Radio, que Contribuables Associés avait dénoncé ont été repris par Charles Alloncle pour confronter Monsieur Nacer Meddah lors de son audition du 4 décembre 2025.

Une victoire majeure pour la première association de France de défense des contribuables ! 

Le rapport pointe aussi des dispositifs jugés archaïques 

Des techniciens d’antenne à 32 ou 34 heures, 11 jours de RTT pour des assistants d’édition déjà à 35 heures, 2 jours de congé par enfant de moins de 15 ans, survivance de 5 jours de repos hérités d’un ancien régime de temps de travail.

Les absences explosent : les congés pour événements familiaux ont augmenté de 63 % entre 2017 et 2022 ; les congés pour maladie ordinaire de 24 %. Les indemnités de départ — retraites, pigistes, licenciements — atteignent 14 millions d’euros par an en moyenne entre 2017 et 2022, soit, selon le rapport, l’équivalent de la masse salariale de France Culture et France Musique réunies.

Le système de primes achève le tableau : 65 primes recensées à Radio France, de la prime de coiffure à l’indemnité de sortie moto, jusqu’au treizième mois des journalistes. Chaque mois, plus de 600 rubriques principales de paie génèrent jusqu’à 600 000 lignes de paie. Les primes de performance ne représentent que 1,1 % de la masse salariale brute, contre 15 à 20 % dans des entreprises privées comparables.

Conclusion du rapport

Il faut renégocier l’accord d’entreprise de Radio France. Objectif : rationaliser les primes, réaligner le temps de travail sur les normes légales et développer la rémunération liée à la performance. Gain estimé : 50 millions d’euros par an.

Le rapport Alloncle ne décrit donc pas seulement un audiovisuel public coûteux. Il accuse un système entier d’avoir empilé les protections, les marges opaques, les contrats confortables et les dépenses mal pilotées. Une machine à avantages, largement financée par l’argent public.

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