Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Quand France Travail finance la chasse aux elfes

Des demandeurs d'emploi envoyés à la rencontre de dragons, de gnomes et d'un "roi elfique" nommé Dagda. Le tout financé par France Travail, c'est-à-dire par l'argent du contribuable.

Vous aimez les elfes, les gnomes et les dragons ? Vous allez adorer France Travail…

Ce n’est pas un scénario de film : c’est ce que l’émission « Complément d’enquête » a révélé en avril dernier caméra cachée à l’appui.

Pour 300 euros bienvenue au royaume des elfes 

Il suffit de taper quelques mots-clés sur le site de France Travail pour tomber dessus. Une formation intitulée « Rencontre avec les êtres de la nature« , dont la description promet : « Elfes, licornes, gnomes, nains… et si ce n’était pas seulement des contes ?« 

Deux jours en Normandie, 300 euros, finançables par l’État.

Une journaliste de Complément d’enquête s’y est rendue, caméra cachée. Au programme : palpation de champs énergétiques invisibles, activation de codes magiques, dialogue avec des créatures légendaires et rencontre avec un « grand roi elfique » répondant au nom de Dagda.

L’une des participantes a confié, désabusée, qu’elle ne s’attendait pas à trouver ça sur le site de l’organisme public censé l’aider à retrouver un emploi.

Ce type de formation s’inscrit dans un écosystème bien rodé autour de stages de « géobiologie » et de thérapies New Age, incarné par des figures comme le « géobiologue » Yann Lipnick, dont le chiffre d’affaires aurait atteint 800 000 euros jusqu’en 2021.

La formatrice du stage reconnaissait elle-même, au micro des journalistes, que 50 à 60 % de son chiffre d’affaires provenait de France Travail.

Qualiopi : le label qui certifie les elfes

Confronté aux images, son directeur général, Thibaut Guilluy, a admis que la formation lui paraissait « un peu loin des objectifs » de l’établissement. « C’est franchement bizarre », a-t-il concédé. Franchement bizarre – mais surtout franchement révélateur d’un système à bout de souffle.

Car France Travail finance et accompagne chaque année entre 300 000 et 400 000 formations sur l’ensemble du territoire, selon les chiffres avancés par sa propre direction.

Un volume colossal, avec pour seul garde-fou la certification Qualiopi, un label censé garantir la qualité des organismes de formation. Résultat : n’importe quel centre disposant de ce tampon peut facturer à l’État des stages dont le rapport avec l’emploi tient du conte de fées. Littéralement.

Si l’organisme public a depuis retiré la formation de son catalogue, l’épisode reste révélateur d’une défaillance systémique.

Des milliards distribués au nom de l’employabilité, sans vérification sérieuse que les formations financées préparent effectivement à une réelle profession.

Si les demandeurs d’emploi ont besoin de formations qui débouchent sur des emplois réels, les contribuables ont le droit d’exiger que leur argent ne serve pas à financer la chasse à un grand roi elfique, aussi célèbre soit-il.

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