« Cet ouvrage est né d’une conviction : la France ne se redressera ni par des incantations ni par des rustines budgétaires, mais en revenant à ce qui fait la solidité d’une civilisation et d’un pays. À savoir la liberté, la responsabilité, la dignité de la personne humaine. 
Le cadre est singulier, presque évident après coup : Xavier Fontanet raconte l’économie et l’État, non pas à travers un énième essai théorique, mais en les donnant à voir dans une scène vivante : une conversation. D’un côté, Auguste, grand-père de 78 ans, entrepreneur de terrain, aguerri à l’international, façonné par la production, le risque, l’effort et le réel. De l’autre, Antoine, petit-fils brillant, formé à l’école de l’État, passé par les cabinets ministériels et devenu président de la République.
Ce dispositif littéraire n’a rien d’un artifice. Il permet une chose rare : confronter l’abstraction technocratique à la réalité de la vie économique ; opposer le logiciel administratif : normes, procédures, dispositifs, guichets, à l’exigence de compétitivité, de décision, de responsabilité. Et, surtout, il ouvre un espace de vérité, où l’on peut enfin poser les bonnes questions sans se réfugier derrière des acronymes.
Ce livre est nourri d’un dialogue plus large encore, celui que Xavier Fontanet entretient depuis des années avec les membres de Contribuables Associés. Des femmes et des hommes qui ne passent pas leurs journées à commenter des courbes, mais à vivre dans un pays où l’on paie beaucoup et où l’on constate trop souvent que l’effort exigé des Français ne produit ni efficacité accrue ni services publics à la hauteur des prélèvements consentis. Les remarques des membres de Contribuables Associés, leurs colères, leurs témoignages ont irrigué ces pages. Ils ont donné du grain à moudre à l’auteur, et parfois un aiguillon, celui de la lucidité.
Au fil de cette conversation, Xavier Fontanet va à l’essentiel. Il ne récite pas un catéchisme économique. Il interroge la place de l’État, le rôle des entreprises, le sens du travail, la responsabilité individuelle, la manière dont on traite ceux qui créent et ceux qui financent. Et il le fait avec une seule constante : l’impératif de la dignité humaine, qui devrait présider à toute politique.
C’est ici que le débat sur les prélèvements obligatoires cesse d’être une querelle de chiffres. L’impôt n’est pas neutre. Il n’est pas une ligne technique dans une loi de finances. Il touche directement à la souveraineté de la personne. À partir du moment où l’on prélève sans limites claires, sans exigence de résultat, sans contrôle intelligible, on ne retire pas seulement de l’argent. On soustrait des libertés. On réduit la capacité du citoyen à choisir, à investir, à transmettre, à se projeter. On grignote, parfois sans le dire, parfois en le justifiant au nom d’une « bonne cause », la part d’autonomie qui fait du citoyen une personne debout et non un administré dépendant.
Voilà pourquoi le combat de Xavier Fontanet n’est pas celui de l’argent pour l’argent. La lutte contre l’hyper-fiscalisme est un humanisme… Prôner des impôts raisonnables, ce n’est pas défendre un coffre-fort, c’est promouvoir la souveraineté personnelle. Car chaque euro prélevé, c’est du temps de vie, de l’effort, de la prise de risque, de la responsabilité. Et l’argent public (rappelons-le sans détour) n’existe pas. Il n’y a que les ressources prélevées sur les Français, fruits de leur activité et de leurs arbitrages. Gaspiller cet argent n’est pas qu’une erreur administrative, c’est une faute éthique.
Xavier Fontanet a une image qui résume bien la situation. Il parle d’un cheval lancé au galop (l’économie réelle), contraint de porter sur son dos un jockey obèse (l’État). Plus le jockey grossit, plus le cheval s’essouffle, ralentit, chancelle. On peut toujours promettre davantage d’avoine au cheval, ajouter des « plans », inventer des « dispositifs » : si le poids bureaucratique continue d’augmenter, l’issue est connue.
Car la France souffre moins d’un manque de recettes que d’un excès de dépenses mal contrôlées, d’un empilement d’organismes, de normes et de strates, et d’une dilution généralisée des responsabilités. L’État veut être partout, mais n’est plus vraiment au rendez-vous, là où on l’attend. Trop souvent, il se mêle du secondaire et échoue sur l’essentiel. Il promet, il compense, il subventionne, il réglemente, et, dans le même mouvement, il affaiblit l’initiative, décourage l’effort, infantilise les acteurs. L’État est à la fois impuissant et castrateur… Une société qui infantilise, qui confisque la décision, qui fiscalise l’effort jusqu’au dégoût, ne peut ni prospérer ni durer.
Il serait pourtant injuste et stérile d’opposer l’administration à la société. Beaucoup de fonctionnaires sont remarquables : compétents, dévoués, attachés au service public, et souvent les premiers à mesurer les absurdités qu’ils subissent. Le problème n’est pas l’agent public, mais son pilotage : une organisation hypertrophiée, des responsabilités diluées, des objectifs contradictoires, une culture de la dépense qui protège les structures plus qu’elle ne récompense les résultats. C’est ce système qui abîme l’efficacité de l’État et le sens même du métier.
Ce livre n’est donc pas le procès de la fonction publique. Il est une invitation à réformer l’État pour mieux servir : recentrer sur le régalien, clarifier, simplifier, responsabiliser. Et son pari (rendu possible par la forme du dialogue plutôt que du réquisitoire) est que nombre d’agents publics s’y reconnaîtront et choisiront d’accompagner des réformes structurantes, exigeantes, mais bénéfiques pour le pays.
Xavier Fontanet défend une société de confiance. Une société faite de femmes et d’hommes qui s’assument, qui entreprennent, qui créent, qui travaillent, qui transmettent. Pas parce qu’on les y oblige, mais parce qu’on leur en laisse la possibilité, et parce qu’ils savent que l’effort sera reconnu, pas confisqué ; que la réussite sera respectée, pas soupçonnée ; que l’échec sera compris comme une étape, pas comme une faute.
Cette vision n’est pas une lubie « libérale ». Elle est civilisationnelle. L’Occident s’est construit sur l’idée qu’il existe une sphère de liberté propre à la personne que le pouvoir doit respecter. Le consentement à l’impôt n’est pas un détail historique, c’est la preuve qu’un peuple libre ne consent à contribuer que s’il comprend, contrôle et juge. Sur ce point, les articles 14 et 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen sont explicites. Quand l’impôt devient illisible et spoliateur, quand la dépense devient incontrôlable, le contrat démocratique se fissure.
D’où l’urgence d’un sursaut, et qui ne soit pas uniquement budgétaire. Cela suppose un État recentré sur ses missions régaliennes : justice, sécurité, souveraineté, et une action publique qui cesse d’étouffer l’élan productif. Cela suppose aussi de réparer le lien de confiance entre le citoyen et l’État, en traitant enfin le contribuable comme ce qu’il est : le premier financeur, donc le premier créancier de la Nation. Et non un suspect ou un guichet automatique.
L’administration doit rendre des comptes. Dans une démocratie adulte, l’usage de la dépense publique doit être transparent, évalué, comparé, arbitré. La logique de moyens doit céder la place à une logique de résultats. Les doublons doivent être supprimés. Les responsabilités doivent être identifiables. La simplification ne doit plus être un slogan. Elle doit devenir une méthode, une discipline, une obligation. Et l’on doit enfin dire ce que trop de décideurs n’osent plus formuler : la prospérité durable repose sur la liberté, la responsabilité et le bon sens.
C’est précisément l’ADN de Contribuables Associés. Porter les réformes de bon sens auprès des élus et dans les médias, replacer les citoyens au centre de la vie de la Cité. Non pas seulement pour « faire des économies », comme on ferait un régime avant l’été, mais pour retrouver une cohérence nationale : un État efficace et une société civile libre.
Ce livre de Xavier Fontanet est un acte de résistance intellectuelle. Il refuse l’étatisme niveleur, le déclin accepté, la résignation en costume. Il rappelle que les choix économiques engagent une vision de l’homme. Qu’à force de remplacer la confiance par la norme, la liberté par la procédure, la responsabilité par la compensation, on détruit ce qu’on prétend protéger ! Et il montre, par la force tranquille d’un dialogue intergénérationnel, qu’une autre voie existe, celle du réel, du courage et de la dignité.
La France n’est pas condamnée. Elle a les ressources pour rebondir. Mais à une condition : cesser de traiter les libertés comme un luxe et le contribuable comme une variable d’ajustement. Ce livre aide à remettre les choses à l’endroit. Et, surtout, à replacer l’être humain au centre de toute politique. »
Jean-Baptiste Leon
Directeur des publications de Contribuables Associés
Le grand-père et le président
de Xavier Fontanet
Avec la participation de Contribuables Associés
VA Éditions, 242 pages – 25 euros (2,90 € de frais de port)
