Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Logements vacants : à Paris, la taxe tient lieu de politique du logement

Logements paris
En doublant la taxe sur les logements vacants en 2027, la mairie de Paris espère remettre 20 000 biens sur le marché. Propriétaires et professionnels de l'immobilier s’insurgent.

À Paris, la fiscalité est devenue la réponse privilégiée à presque tous les problèmes.

Pollution, circulation, stationnement, résidences secondaires, foncier… la liste des prélèvements n’a cessé de s’allonger au fil des années. Le logement n’échappe pas à cette logique.
À majorité socialiste, le Conseil de Paris a voté, le 18 juillet, l’application des taux maximaux de la nouvelle taxe sur la vacance des locaux d’habitation, à compter du 1ᵉʳ janvier 2027.

Pour l’exécutif parisien, cette mesure doit permettre de remettre sur le marché jusqu’à 20 000 logements inoccupés.
Pour les professionnels de l’immobilier, il s’agit surtout d’un nouvel épisode d’une politique qui privilégie systématiquement le bâton à l’incitation.

Logements vacants : une taxe portée au maximum légal

Cette hausse est rendue possible par la loi de finances pour 2026 (article 108 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026), qui fusionne les deux taxes existantes.

Les communes pourront désormais porter la taxe à 30 % de la valeur locative cadastrale (loyer annuel théorique d’un bien immobilier) après une année de vacance et à 60 % à compter de la deuxième année, contre respectivement 17 % et 34 % aujourd’hui.

Son produit sera versé aux communes et non plus à l’Agence nationale de l’habitat.
Jacques Baudrier, adjoint communiste chargé du logement, voit « une victoire historique après dix ans de bataille » dans ce coup de bambou.

Selon l’Insee, Paris compte 139 075 logements vacants, soit environ 10 % du parc immobilier, la Ville avançant de son côté 150 000. Parmi eux, environ 80 000 relèveraient d’une vacance structurelle et seraient concernés par cette fiscalité léonine.

Sur le papier, le raisonnement paraît simple : augmenter le coût de la vacance afin d’inciter les propriétaires à louer ou à vendre. Encore faut-il que les logements restent volontairement inoccupés. C’est là que le raisonnement pèche.

Logements vacants : les causes que la taxe ignore

La fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) rappelle qu’une proportion importante des biens est immobilisée par des successions qui s’éternisent, des indivisions familiales, des procédures judiciaires, des copropriétés dégradées ou encore des travaux de rénovation dont le coût est devenu prohibitif.

Beaucoup de logements anciens requièrent désormais des investissements considérables pour satisfaire aux nouvelles exigences énergétiques. Tant que ces travaux ne sont pas réalisés, ces biens ne peuvent pas être remis en location.

À ces difficultés s’ajoute un phénomène qui prend de l’ampleur : le retrait progressif des investisseurs privés.

Depuis plusieurs années, les propriétaires doivent composer avec l’encadrement des loyers, le durcissement des diagnostics de performance énergétique, les interdictions progressives de location des logements les plus énergivores, une fiscalité locale en hausse et des procédures d’expulsion trop longues en cas d’impayés.

Pour beaucoup d’entre eux, la location est devenue un placement de plus en plus risqué et de moins en moins rentable.

La FNAIM (Fédération Nationale de l’Immobilier) ne conteste pas la nécessité de remettre davantage de logements sur le marché. En revanche, elle estime que la méthode retenue par la mairie de Paris est contre-productive.

Selon elle, il serait plus efficace de sécuriser les propriétaires contre les impayés, de simplifier les procédures, d’accélérer les rénovations énergétiques et de restaurer une visibilité fiscale durable pour dynamiser le marché.

Pour mémoire, dans un rapport publié le 22 mai 2025, la Cour des comptes souligne que la fiscalité de la vacance s’est considérablement alourdie ces dernières années sans produire les effets attendus.

Entre 2017 et 2024, les recettes des taxes sur les logements vacants perçues sur l’ensemble du territoire sont passées de 116 à 378 millions d’euros sans endiguer un phénomène de vacance massif, qui touche 3,1 millions de logements en France, dont plus d’un million depuis au moins deux ans.

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