La chambre régionale des comptes d’Occitanie¹ parle sans détour d’« une utilisation intéressée des associations » par leur ancien directeur général – un seul homme à la tête des trois structures depuis le 1ᵉʳ janvier 2023.
Trois structures qui vivent d’argent public : de 2020 à 2024, les financements publics – État au premier chef, collectivités, APL versées par la CAF, caisses de retraite – ont représenté en moyenne 76 % des ressources de Soliha Méditerranée, 58 % de celles de Soliha Tarn-et-Garonne et 52 % de celles de Soliha Haute-Garonne.
Soliha : 158 000 euros de dépenses personnelles sur la carte de l’association
Son recrutement à la tête de Soliha Haute-Garonne s’est fait « sans consultation préalable du conseil d’administration », pourtant prévue par les statuts, comme si les règles élémentaires de gouvernance ne s’appliquaient pas à lui.
Sa rémunération brute annuelle a bondi de 54 % entre 2021 et 2023, tandis qu’il cumulait trois contrats de travail et trois salaires, un par association. Un cumul qui, visiblement, n’a pas empêché les abus.
Entre 2020 et 2025, il a réalisé 1 655 dépenses sur la carte bancaire de Soliha Méditerranée pour un total de 158 217 euros : restauration (49 089 euros), ameublement (18 576 euros), bricolage (17 007 euros), électroménager (5 329 euros).
Les achats d’équipement ont été réalisés « principalement à proximité du domicile du directeur en région toulousaine, sans devis comparatif ni procédure formalisée », alors que le siège de l’association est à Nîmes.
Une facture de 197 euros justifiée comme achat de « petit mobilier » pour le dispositif Ukraine provenait en réalité d’un artisan coiffeur toulousain.
Une dépense de 406 euros dans un hôtel spa cinq étoiles de Toulouse était présentée comme une journée commerciale – les services censés y participer n’y ont jamais mis les pieds.
Cinq chèques, pour 10 880 euros, ont été libellés à son propre ordre, sans que le service fait soit attesté.
400 repas ont par ailleurs été pris en charge en 2024, pour 227 jours ouvrés, entre carte bancaire de Soliha Méditerranée et tickets-restaurant de Soliha Haute-Garonne cumulés.
Dix-huit amendes routières (1 595 euros) ont aussi été réglées par l’association.
En clair : l’argent public a financé des dépenses « sans lien avec l’activité de l’association », pendant que les missions sociales étaient sacrifiées.
Soliha : des personnes âgées, des loyers retenus, des punaises de lit
Pendant que le directeur général s’offrait spa et coiffeur, les publics accompagnés payaient le prix fort.
En grande difficulté financière, les deux associations en liquidation judiciaire depuis juillet 2026 conservaient les loyers et les APL qu’elles auraient dû reverser aux bailleurs : près de 900 000 euros de dettes envers les propriétaires fin 2025.
Chez Soliha Haute-Garonne, un locataire s’est retrouvé débiteur de 4 000 euros envers un bailleur social alors qu’il avait réglé l’intégralité de ses loyers.
Une locataire attendait depuis plusieurs mois le versement de plus de 2 000 euros d’allocations logement que Soliha retenait.
Des retraités ayant financé des travaux d’adaptation de leur logement attendaient leurs subventions avec un délai moyen de 80 jours – jusqu’à 237 jours –, pour des sommes pouvant atteindre 5 000 euros.
Le passif déclaré de la seule Soliha Méditerranée en liquidation : 612 000 euros de dettes fournisseurs et 1,02 million d’euros de dettes fiscales et sociales fin 2024.
Au centre d’accueil des demandeurs d’asile de Narbonne, placé sous administration provisoire par l’État en février 2026 pour six mois, les cuisines collectives étaient dégradées, sans service de nettoyage.
Le rapport signale « la présence récurrente de punaises de lits et de blattes dans les hébergements ».
Au « sas d’accueil temporaire » de Toulouse, géré par Soliha Haute-Garonne, l’infirmière avait été licenciée et le gardiennage avait cessé faute de factures réglées.
Ce rapport démontre que ni la gouvernance interne ni les financeurs publics n’ont joué leur rôle sur toute la période contrôlée, de 2020 à 2025. Le parquet de Nîmes a depuis ouvert une enquête préliminaire sur « l’emploi des fonds ».
Pendant ce temps, ce sont les plus fragiles qui ont payé la note.
¹ Chambre régionale des comptes Occitanie, rapport d’observations définitives OCR2026-46, ccomptes.fr
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