« Le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». C’est ainsi que François Hollande a annoncé qu’il ne respecterait pas son engagement de réduction du déficit public, tirant prétexte du renforcement des moyens alloués à la sécurité pour faire face à la menace terroriste. Manuel Valls lui a emboîté le pas en déclarant que les objectifs budgétaires seraient « forcément dépassés ». Mais n’y a-t-il pas des économies à faire ailleurs ?
Depuis les attentats de vendredi soir à Paris, un montage photo circule sur les réseaux sociaux : « Vous trouvez toujours qu’il y a trop de fonctionnaires ? ».
Et si les fonctionnaires des forces de l’ordre doivent en effet être salués pour leur courage et leur sang-froid, on peut douter de l’amalgame — mot à la mode — fait entre d’une part les policiers, gendarmes et militaires, et d’autre part les fonctionnaires de ministères non-régaliens.
Il est en effet tout à fait possible de renforcer les moyens affectés à l’armée, à la police, à la gendarmerie et à l’administration pénitentiaire et en même temps réduire ceux des autres ministères, ainsi que des collectivités territoriales (où le même problème se pose, avec des moyens bien moins importants alloués aux polices municipales qu’aux autres domaines de l’action publique).
Allons plus loin : le seul moyen de consolider l’effort de défense et de sécurité est de réduire les dépenses publiques dans ces autres domaines. À l’évidence, un État surendetté comme l’est la France (2.000 milliards d’euros, bientôt 100% du PIB) n’assure pas sa sécurité en s’endettant encore davantage auprès de pays étrangers, dont certains (Arabie saoudite, Qatar, Émirats) soutiennent les terroristes du Proche-Orient. On n’assure pas non plus la sécurité de la France en vendant des pans entiers de notre patrimoine à ces mêmes États.
Comme nous le disons depuis 2010 au moins, la sécurité des Français a été, et continue d’être, sacrifiée à l’État-Providence. Et même si Renaud chantait, dans les années 70, que « La France est un pays de flics, à chaque coin de rue y en a cent », la réalité est tout autre, comme le montre une comparaison avec la moyenne des pays européens faite par Atlantico (en ordonnée, il s’agit des crédits en % du PIB) :

À qui la faute ? Certainement pas, comme l’insinue Bruno Le Maire, à la seule majorité actuelle. Le Maire a appartenu pendant quatre ans (2008-2012) à un gouvernement qui a, comme François Hollande a eu beau jeu de le rappeler, supprimé 13 000 postes de policiers. Pourquoi Le Maire ne s’était pas élevé à l’époque contre cette coupe dans les effectifs de police ?
Une goutte d’eau par rapport au déficit
La responsabilité est équitablement partagée entre les majorités successives. Et il faut ajouter que l’effort supplémentaire de sécurité (François Hollande a parlé de « plusieurs centaines de millions d’euros ») n’est pas vraiment le problème. Personne ne conteste ces moyens supplémentaires. Mais que pèsent quelques centaines de millions d’euros face aux 85,6 milliards d’euros de déficit public en 2014 ?
À l’évidence, ce ne sont pas les 13 500 postes de policiers, gendarmes et surveillants de prison, ni le maintien des postes de militaires qui devaient initialement être supprimés, qui vont ruiner la France.
C’est bien l’ensemble des autres dépenses, du premier poste d’entre elles (l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur) aux collectivités territoriales, aux autres ministères et même aux hôpitaux, qui constituent les gisements d’économies où il va falloir puiser pour non seulement faire face et éradiquer la menace terroriste, mais également désendetter la France. Un pays endetté n’est pas un pays en sécurité, comme les Argentins ou les Grecs peuvent en témoigner.
Reste à savoir quelle majorité aura le courage de le faire. Pas celle-ci, c’est entendu (Manuel Valls a bien expliqué qu’aucun ministère ne ferait les frais du renforcement de la sécurité, avec la bénédiction du commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, placé préventivement à Bruxelles par Paris).
Mais on peut également douter que l’opposition actuelle soit si motivée à rendre enfin un arbitrage clair en faveur de la Défense et la sécurité, et au détriment nécessaire des postes non-régaliens de dépense. Nicolas Dhuicq, député LR de l’Aube, a en effet refusé, tout comme Valls, d’envisager la moindre réduction de dépense lorsque nous l’avons rencontré à l’occasion de notre Rendez-Vous parlementaire « La Défense sacrifiée à l’État-providence ». Ce que proposait Dhuicq, c’était d’abroger le plafond de déficit de 3% du PIB — que la France ne respecte pas — fixé par le Traité de Maastricht, et que la Banque centrale européenne fasse tourner la planche à billets, et accentue donc l’inflation qui rogne les salaires, les retraites et l’épargne.
Il va falloir un jour que les hommes politiques, tous bords confondus, répondent à la question que nous posons depuis des années : « Quelles dépenses publiques réduire ? » et qu’ils en concluent enfin qu’il faut réduire les dépenses non-régaliennes pour conforter les dépenses régaliennes.