Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

L’entrepreneur et économiste Charles Gave : « Il faut décoloniser la France de l’État »

Contribuables Associés
Charles Gave
L'entrepreneur et économiste Charles Gave était l'invité de Contribuables Associés et de la Bastiat Society, association qui défend auprès des chefs d'entreprise et du grand public les idées de l'économiste français Frédéric Bastiat. Il est venu présenter, le 12 janvier

Extraits de ses propos

« Une société ne marche que s’il y a des gens qui prennent des risques ». Or nos élus se trouvent dans une situation sans risque ; pour que la machine fonctionne, il faut donc réintroduire le risque dans la sélection du corps électoral. Comment, en ce cas, ne pas envisager le droit au référendum populaire pour nettoyer les écuries d’Augias ? La France est un pays qui a été mis sous « coupe régulée » par un État. Il faut décoloniser la France.

L’État, par la monnaie, pour la nation

Quel rôle joue l’euro dans la colonisation de notre pays ?

Il convient tout d’abord de s’interroger sur ce qu’est une monnaie, et ce qui lui donne de la valeur. Trois réponses ont été apportées au fil de l’Histoire :

Pour Aristote, la monnaie a de la valeur parce qu’elle coûte cher à produire. Ceci renvoie donc à l’idée marxiste de la valeur du travail, alors même que quelque chose qui est produit par le travail n’a pas forcement de valeur. Cette solution ne semble donc pas être pertinente.

Pour Platon, la monnaie est une convention sociale : j’accepte d’utiliser de la monnaie car mon voisin le fait, ce qui est une théorie tout à fait acceptable.

Pour le Christ enfin, la monnaie c’est César, l’État donc.

Mais qu’est ce que l’État ?

Pour Ernest Renan, une « volonté de vivre ensemble », et l’argent est la contrepartie de ce vivre-ensemble, parce qu’il faut un État pour organiser la nation. Et ce qui donne de la valeur à la monnaie, c’est la possibilité de cet État à lever des impôts.

Arrive donc la question qui nous intéresse : qu’est ce que l’euro ?

Il n’y a pas d’État derrière l’euro, pas de nation : l’Europe est bien une civilisation, pas une nation.  Pourtant, l’Europe est en train de devenir une Union soviétique molle, dans laquelle des gens prennent des décisions qu’on n’a pas voulues, et qu’on ne peut pourtant pas virer. Ainsi, 80% des lois votées à Paris sont les transcriptions de directives européennes, qui n’ont pas été votées, et pour cause : il n’y a pas de nation européenne pour le faire.

Le véritable choix est le suivant : l’euro, ou un taux de change fixe.

Les Français ont pour 10 000 habitants deux fois plus de fonctionnaires que les Allemands. Qui les paye ? L’appareil productif français. Donc le coût du siège social « État français » coûte le double de celui « État allemand ». Par conséquent, si on met un taux de change fixe, les entreprises allemandes mettront en faillite les entreprises françaises, ce qui induira du chômage, et à terme l’augmentation du déficit et de l’emprunt qui suivra tant bien que mal derrière.

Pour que le système reste en équilibre, il faudrait que l’Allemagne transfère aux autres pays d’Europe 8% de son PIB année après année, c’est-à-dire quatre fois la réparation allemande de la Deuxième Guerre mondiale ; on mesure assez l’inconfort d’une telle revendication.

Plus simplement, si la France a besoin de deux fois plus de fonctionnaires que les autres pour « vivre ensemble », très bien ; vouloir un taux de change fixe, très bien, mais pas les deux. La volonté de vivre ensemble et d’être français est beaucoup plus importante que l’euro, et cette espèce de fétichisme de l’euro condamne notre nation à mort.

L’État est ce qui permet à chacun de vivre au détriment des autres

Le drame de la France, c’est qu’elle pense que le roi est bon mais que ses ministres l’informent mal. Ainsi donc, l’État serait bon, et ce sont ceux qui gèrent l’État qui seraient mauvais, et donc idéalement remplaçables. Or, c’est l’État qui est devenu mauvais, un État lointain et technocrate qui gère la France à son profit, reflétant ainsi l’idée que se fait Bastiat de l’État : ce qui permet à chacun d’espérer vivre au détriment des autres.

La grande réforme à faire en France, c’est de permettre aux Français de se réapproprier la manière de dépenser leurs impôts à travers un système concurrentiel.

Ainsi, dans l’Éducation, l’exemple de Philippe Nemo est intéressant car il a créé une École normale supérieure pour le privé, avec des professeurs émérites prodiguant gratuitement leurs cours.

Pour qu’une société fonctionne, il faut qu’il y ait du travail, du capital, et il faut rémunérer celui qui prend des risques. Or on ne parle que du capital et du travail, jamais du risque. Ce n’est tout de même pas la même chose de gagner de l’argent en prenant des risques qu’en étant copain avec la Banque centrale. C’est un capitalisme de connivence.

Les taux d’intérêts bas sont des impôts sur les pauvres gens prélevés au profit des riches. Il y a deux centres de richesses : celle qui est gagnée et celle qui est volée. Aujourd’hui, le gros problème politique est que la plus grosse partie de la richesse gagnée par les gens riches soit volée.

Dans ces conditions, quelle marge de manœuvre pour la France ?

Il faut quitter l’euro

Ce que devrait faire la France, c’est se rapprocher de l’Allemagne au niveau des charges. Mais avant tout, quitter l’euro : on ne peut pas avoir deux fois plus de fonctionnaires que les Allemands et un taux de change fixe, parce que sinon les fonctionnaires français seront payés deux fois moins que les Allemands. Une liberté de taux de change est indispensable à toute réforme.

L’exemple de l’Italie est édifiant : ils ont remplacé la probabilité d’une dévaluation italienne par la certitude d’une faillite de l’État italien. Alors qu’une faillite spolie vraiment les contribuables, la dévaluation n’interdit en rien de mettre son épargne dans des obligations françaises.

Or aujourd’hui, les taux allemands, italiens, français, n’ont plus aucun rapport avec une réalité de marché : ils ne comprennent pas une prise de risque : quelqu’un les achète à fond perdu. L’euro qu’on a actuellement n’a rien à voir avec l’euro qu’on a signé il y a 10 ans, c’est devenu une caverne de brigands.

L’euro, c’est ce qui va nous permettre de devenir un État, mais je n’ai pas du tout envie d’un État européen, d’autant plus qu’il y a déjà le système français (impôts pour la commune, département, région, État). Un État, ça prélève toujours des impôts, et j’ai besoin d’un État européen comme j’ai besoin d’un trou dans la tête.

Je n’ai pas besoin d’une nouvelle échelle d’impôts, d’une nouvelle couche de fonctionnaires, d’autant plus que s’ils en ajoutent, ils n’en suppriment pas. On l’a vu avec les régions. Pendant que l’Allemagne faisait ses réformes, nous faisions les 35 heures. »

Propos recueillis par Aliénor Barrière

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