Heureux comme un fonctionnaire européen, nanti comme un eurocrate.
Il y a quelques semaines Ursula von der Leyen, présidente de la commission européenne a vu son salaire augmenter de 717 euros bruts (+ 2,4%) ce qui porte sa rémunération à plus de 30 000 euros nets/mois.
Ce n’est pas la seule à avoir bénéficié d’un effet tiroir-caisse. Les autres salariés de l’UE basés à Bruxelles ont été augmentés dans la même proportion avec effet rétroactif au 1er janvier 2023.
Selon un article de Libération, le salaire des eurocrates a augmenté de 13% sur deux ans (2022/2023). C’est beaucoup mieux que dans la fonction publique française ou le gain salarial est de 7,5% (5% en 2022, + 2,5% en 2023) ou que dans le privé avec + 3,8% en 2022, et 4,5% attendus en 2023 selon une enquête Alixio citée par Les Échos.
Le sort des eurocrates est d’autant plus enviable qu’ils profitent de rémunérations pullman. Au sommet de la commission européenne le salaire d’Ursula von der Leyen dépassera 31.000 euros nets fin 2023. Même niveau pour Charles Michel, président du Conseil européen, et Koen Lenaerts, président de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE).
Les autres membres de la CJUE ne sont pas à plaindre puisqu’ils gagnent plus de 27 000 euros par mois. Les commissaires européens disposent de la même rémunération.
Un cran plus bas, le revenu moyen d’un agent de l’Union européenne s’élève à 7 000 euros nets/mois. L’échelle va de 2 700 euros à 21 000 euros nets.
Pour mémoire, la Commission européenne emploie 22 000 agents auquel s’ajoute 33 000 employés coiffés par d’autres statuts : agents contractuels, agents temporaires, etc. A ce cheptel, se cumulent des fonctionnaires et agents des autres institutions européennes (Parlement, Agences européennes, etc.). Au total, l’effectif englobe près de 60 000 personnes. Chaque revalorisation de salaire des eurocrates coûte donc une petite fortune aux contribuables européens.
Salaires européens : une intégration automatique du niveau d’inflation
Pour maintenir leur pouvoir d’achat, les eurocrates disposent d’un système si profitable que le Conseil de l’Europe l’a bloqué durant la crise économique de 2011/2012. Il est basé sur une formule établie en 2014. Elle intègre deux variables : le niveau d’inflation en Belgique (et au Luxembourg) ainsi que l’évolution moyenne des traitements des agents publics dans les 10 principaux pays de l’Union européenne. Ainsi quand le traitement des fonctionnaires allemands augmente, celui des eurocrates suit automatiquement.
Avec ce mécanisme, souligne Libération, les eurocrates bénéficient d’une revalorisation salariale basée sur l’inflation, un parachute dont la plupart des salariés européens sont privés.
En France, l’indexation des salaires sur la hausse des prix a par exemple été supprimée dans les années 80, à l’exception du SMIC.
« Il est donc particulièrement indécent que les eurocrates bénéficient d’un système qu’ils refusent, à raison, aux citoyens lambda », souligne Libération ; en ajoutant qu’il est temps de « lancer une réflexion sur la rémunération des eurocrates un peu trop habitués à vivre dans une confortable bulle à l’abri de la fureur d’un monde qu’ils prétendent réguler ».