
Tribune de Catherine Rivory-Zivi, économiste
Si je vous disais : « Vous avez perdu votre emploi ? Eh bien pas de panique, vous avez droit au chômage à vie ! » Vous me diriez certainement que vous n’y croyez pas, que j’ai perdu le sens commun… Et pourtant, si les chômeurs n’ont droit qu’à une aide temporaire sans cesse rabotée, le revenu de solidarité active (RSA) est octroyé à vie, tout comme l’est le logement social en France ! Etrange…
Le cas du RSA a été mollement considéré par le gouvernement Macron afin d’inciter les allocataires à la sortie du système mais personne ne parle de temporalité des aides sociales. Le RSA demeure une aide à vie, sans contrepartie alors que la durée d’indemnisation des allocations chômage (un système pourtant soumis à contributions obligatoires) semble poser problème…
Mais le cas du RSA n’est rien en comparaison de celui du logement social qui génère l’une des plus belles rente sociale à vie que peut allouer la France !
Quelques voix s’élèvent estimant que, construire des milliers de nouveaux logements sociaux pour répondre aux besoins exprimés dans un pays où existent déjà 5,4 millions d’unités avec de graves problèmes de ghettoïsations et d’insécurité, n’est pas la solution. Mais ces voix se heurtent à un mur. Clairement, personne ne les entend.
Après la Seconde Guerre mondiale, le logement social a été créé pour faire face aux besoins de populations qui avaient tout perdu. Puis il a connu ses heures de gloire dans les années 1960. Il fallait construire, construire vite (et moche) pour répondre aux besoins d’une économie bouillonnante.
Mais, de fil en aiguille, l’objectif même du logement social a été oublié.
Car en fait, le logement social doit répondre :
-aux accidents de la vie hélas rencontrés par certains de nos concitoyens (handicap, maladie, chômage, divorces…)
mais aussi
-aux besoins de l’économie française qu’il s’agisse du secteur privé ou du secteur public.
Les cités ouvrières du XIXe siècle ne sont plus là pour abriter les travailleurs ; les fonctionnaires (instituteurs, professeurs en mutation…) ont des difficultés à se loger dans certaines villes où les prix des loyers sont élevés et actuellement seuls les gendarmes restent logés par l’Etat dans des structures dédiées.
Or les offices des HLM octroient aux bienheureux bénéficiaires d’un logement social des baux de longue durée, reconductibles indéfiniment sur un seul critère : le montant des ressources du foyer.
En signant des baux reconductibles à l’image du secteur privé, on aboutit à des situations ubuesques. A titre d’exemple, si une famille de 4 personnes obtient un logement de trois chambres lorsque les enfants sont petits, ce même logement pourra rester occupé par une personne seule 20 ans plus tard alors même que des familles attendent des disponibilités. Le seul moyen de perdre son logement social est de ne pas se conformer au règlement de copropriété (lorsque les bailleurs sociaux ont le courage de faire respecter ledit règlement) ou lorsque les occupants déclarent des revenus trop élevés!
Autant dire que cela n’arrive pas souvent et que ce biais conduit de nombreux bénéficiaires à adopter les stratégies alternatives peu vertueuses que tout le monde connaît afin de ne pas dépasser le fameux plafond de ressources… C’est pourtant l’idée de M. Kasbarian qui souhaitait sortir du dispositif toutes les personnes qui sortent le bout de leur nez, décident de travailler un peu plus, de déclarer un revenu supérieur et osent dépasser le fameux plafond de verre. Encore une belle incitation à aller de l’avant !
Derrière ce système, il n’existe plus aucune politique sociale ou économique lisible et intelligente, tout au plus un assistanat qui ne peut même pas se prévaloir d’être juste !
Mais rien n’empêche nos hommes politiques d’y remédier. Il est grand temps de promouvoir une politique économique et sociale efficace avec des logements sociaux octroyés uniquement temporairement et selon des règles totalement différentes, donnant la priorité aux travailleurs pauvres, aux fonctionnaires, à tous ceux et celles qui rencontrent des difficultés financières alors qu’ils jouent un rôle bénéfique dans notre économie en travaillant dans les métiers en tension, à ceux qui participent aux missions régaliennes de l’Etat ou à la dynamique productive de notre pays… Certes, une partie du parc social doit être allouée aux situations d’urgence et au handicap mais ce ne peut pas être un objectif unique !
D’autres pays européens ont déjà été confrontés à un parc social coûteux, énorme et inefficace face à des objectifs mal définis et leurs gouvernants ont choisi d’excellentes options afin de repartir du bon pied, à l’image du gouvernement de Mme Thatcher qui a créé le « Right To Buy » et a donné la possibilité aux locataires d’acheter leur logement social à des prix favorables.
Ce qui a permis à la Grande-Bretagne de sortir de l’ornière et de repartir sur une politique de logement social totalement différente. Dans les années 2000, l’Allemagne a revu entièrement sa politique de logement social avec une révision des aides au logement, un transfert des compétences aux Länder et une privatisation de logements sociaux afin de désendetter l’Etat et/ou les Länder.
En France, ce serait sans nul doute une petite révolution mais cela permettrait également d’accéder à de nouveaux budgets et de repenser une politique du logement qui se doit d’être structurante et utile !
Catherine Rivory-Zivi