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Élysée : la brigade financière traque des circuits d’influence occultes

Vernerie Yann/Shutterstock
Perquisition refusée, contrats en série, même prestataire : la brigade financière creuse la piste de liens troubles entre la présidence et Shortcut Events, agence d’événementiel attitrée de l’Élysée.

Circulez, il n’y a rien à voir : le 14 avril dernier, les enquêteurs de la brigade financière anticorruption sont restés bloqués devant la porte de l’Élysée alors qu’ils tentaient de perquisitionner dans le cadre d’une information judiciaire pour favoritisme, corruption et trafic d’influence.

Pour leur refuser le passage, la présidence a invoqué l’article 67 de la Constitution, qui garantit l’immunité du chef de l’État et, par extension, l’inviolabilité du palais présidentiel.

Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre !

L’enquête porte sur la société Shortcut Events qui, depuis plus de 20 ans (2002 à 2024), a raflé l’ensemble des marchés publics liés aux cérémonies de panthéonisation au fil des quinquennats, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron en passant par, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

À chaque panthéonisation, la facture voisine environ 2 millions d’euros et les enquêteurs cherchent à faire la lumière sur les conditions d’attribution de ces marchés.

Circuits et trafics d’influences 

Ont-ils été réellement mis en concurrence ?

Ou Shortcut Events a-t-elle bénéficié de soutiens discrets, mais efficaces, au sommet de l’État ?

Les enquêteurs s’intéressent notamment aux relations entretenues par les dirigeants de l’agence avec certains cercles du pouvoir, notamment celles avec Philippe Bélaval, ancien président du Centre des monuments nationaux, devenu conseiller culture à l’Élysée entre 2023 et juin 2025.

Sans preuve d’engagement politique direct, cette proximité est au cœur de l’enquête judiciaire ouverte pour favoritisme.

D’autant que le modèle économique de Shortcut Events (45,9 millions de chiffre d’affaires et 3,1 millions de bénéfice net en 2024), une petite structure d’une trentaine de salariés affiche un tonus économique sans faille.

Elle dégage une rentabilité nette (résultat net/chiffre d’affaires) supérieure à celle de géants du secteur : environ 7% contre 3% chez Havas Events. Sans compter une rentabilité opérationnelle (résultat net/chiffre d’affaires) de 9%.

Cette performance résulte en grande partie de des contrats publics prestigieux, concentrés sur quelques événements emblématiques (cérémonies nationales, inaugurations, commémorations, etc.).

Elle traduit une dépendance forte à l’État, ce qui renforce mécaniquement les interrogations sur la régularité des procédures.

La brigade financière à l’Élysée

Les perquisitions se poursuivent ailleurs : domiciles, Centre des monuments nationaux, documents saisis, ordinateurs récupérés. Mais l’accès au cœur du pouvoir reste verrouillé.

Officiellement, l’Élysée assure coopérer en transmettant les documents demandés. Officieusement, la manœuvre donne l’impression que l’Élysée cherche à gagner du temps grâce à une stratégie d’obstruction discrète.

Ce n’est pas la première fois que la justice tente de perquisitionner à l’Élysée.

En juillet 2018, dans le cadre de l’affaire Benalla, des enquêteurs s’étaient déjà présentés au palais présidentiel pour saisir des éléments liés aux activités du chargé de mission. À l’époque, l’opération avait été encadrée et partiellement limitée, déjà sur fond de débat autour du statut particulier de la présidence.

Plus largement, les interventions judiciaires visant directement l’Élysée restent rarissimes sous la Ve République, précisément en raison de cette protection constitutionnelle.

Dans le dossier Shortcut Events comme dans les précédents, tout l’enjeu sera donc de savoir jusqu’où les juges pourront remonter sans accès direct au cœur de l’exécutif et si les éléments collectés à l’extérieur suffiront à établir d’éventuelles responsabilités.

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