Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

« Zéro papier », vrai gaspillage : la gabegie numérique de la Justice

© Obatala-photography / Shutterstock.com
« Zéro papier », dossier unique, tablettes en cellule : depuis dix ans, la Chancellerie promet sa révolution numérique. Le Canard enchaîné du 1er juillet 2026 dresse l’inventaire d’une gabegie à plusieurs centaines de millions d’euros.

Gérald Darmanin ne prendra pas de vacances cet été.

Pressé par la publication du rapport d’inspection sur les dysfonctionnements de la justice mis au jour par l’affaire Lyhanna, le garde des Sceaux promet de sortir son ministère de la « préhistoire numérique » et jure d’atteindre le « zéro papier d’ici six mois », rapporte Le Canard enchaîné du 1er juillet 2026.

Les contribuables, eux, ont déjà entendu cette chanson – et ils en connaissent le prix.

La promesse est un serpent de mer. En 2016, la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle – portée par Christiane Taubira et promulguée sous son successeur Jean-Jacques Urvoas – faisait de la numérisation des actes et des procédures un chantier à « poursuivre intensément ».

En 2018, Nicole Belloubet érigeait le numérique en « cœur du réacteur » de la justice et débloquait 530 millions d’euros sur cinq ans, avec à la clé la création d’un « dossier numérique unique ».

Bilan dressé par la Cour des comptes en janvier 2022 : un simple plan de «rattrapage» plutôt qu’une transformation, dont les crédits supplémentaires réellement accordés sont estimés à 330 millions d’euros seulement.

En 2023, Éric Dupond-Moretti promettait à son tour un ministère « entièrement numérisé : zéro papier » à l’horizon 2027. Trois gardes des Sceaux, trois plans, zéro résultat.

Numérique de la justice : vingt ans de plans et de promesses pour Cassiopée

Le logiciel Cassiopée, outil de suivi quotidien des procédures pénales dans les tribunaux, illustre à lui seul cette dérive.

Lancé il y a près de vingt ans, il accumulait déjà les défaillances lorsqu’en 2006 le cabinet Deloitte, missionné par l’Inspection des services judiciaires, proposait un « plan d’action » : trois ans et 33 millions d’euros devaient suffire, en théorie, pour que tout roule, relate Le Canard enchaîné.

En 2018, 142 millions avaient été dépensés sans corriger les vices de conception initiaux qui, selon la Cour, ont laissé «entièrement de côté les attentes des utilisateurs ». Ce même Cassiopée est aujourd’hui directement mis en cause dans les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna.

Cerise sur le gâteau : en 2025, le ministère, muni d’une enveloppe de 52 millions d’euros sur quatre ans, a confié à un prestataire le développement de Cassiopée 2, révèle l’hebdomadaire sur la base de chiffres confidentiels.

Le nom de l’heureux élu ? Deloitte, encore lui.

Comment en est-on arrivé là ? Par une externalisation devenue systémique.

Sur les 600 personnes chargées de l’informatique au ministère de la Justice, seule une vingtaine de développeurs travaillent en interne. Résultat : la Chancellerie dépense 200 millions d’euros par an en prestations auprès de grands cabinets privés et, selon des chiffres confidentiels obtenus par l’hebdomadaire, externalise ses projets à plus de 70 %.

Et lorsque le prestataire ne respecte pas ses engagements ? Rien : en 2022, malgré les nombreux problèmes, aucune pénalité n’a été infligée aux prestataires de Cassiopée, selon la Cour des comptes. Si même le ministère hésite à faire valoir ses droits…

Numérique de la justice : tablettes, Scribe, cybersécurité

Aux errements techniques s’ajoutent les volte-face politiques.

Le projet « Numérique en détention », lancé en 2018 pour remplacer les bons de cantine papier par des tablettes en cellule, a été jeté à la poubelle en mars 2025 après qu’un détenu a tranquillement posté sur les réseaux sociaux une vidéo de ses loisirs numériques.

Bilan de l’opération, selon Le Canard enchaîné : 65 millions d’euros dépensés pour rien.

Quant à Scribe, le logiciel de rédaction des procédures pénales de la police, arrêté en 2021 puis relancé dès 2022 sous le nom de XPN – sans qu’aucun déploiement ne soit désormais envisagé avant, au mieux, le troisième trimestre 2028.

Il a valu à six hauts fonctionnaires, dont deux anciens directeurs généraux de la police nationale, de comparaître, mardi 30 juin, devant la chambre du contentieux de la Cour des comptes. Au terme de l’audience, le parquet général a requis un total de… 14 500 euros d’amendes, et la décision a été mise en délibéré. »

Fin 2021, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, promettait pourtant un outil pleinement opérationnel pour 2024. Un fiasco à 257 millions d’euros que Contribuables Associés dénonçait dès décembre 2025.

Dernier épisode en date : interrogé le 23 juin sur la création d’un « fichier de prédétection des risques d’atteintes sexuelles sur mineurs » interconnecté entre policiers et magistrats, le garde des Sceaux a accusé la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) de refuser ce genre de fichier « depuis les années 2000 ».

Faux, rétorque dans les colonnes de l’hebdomadaire le député MoDem Philippe Latombe, membre de la Cnil : celle-ci ne refuse pas les projets d’interconnexion, elle doute simplement de la capacité du ministère à les mener de manière sécurisée, au vu de ses nombreux manquements en matière de cybersécurité.

Des manquements qui ont un prix : 44 millions d’euros ont été gelés, au cours des deux dernières années, dans le budget informatique de la Chancellerie.

Au bout du compte, c’est toujours le contribuable qui paie les plans qui échouent – et ceux qui les remplacent.

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Gaspillages, gabegies, dérives des grands projets de l’État : retrouvez l’enquête complète de Contribuables Associés dans Le Livre noir de l’Argent public.

9 réponses

  1. Je lis cela un dimanche matin et ça me fout le bourdon ! J’aurais mieux fait d’aller à la messe, le curé raconte aussi pas mal de conneries, mais ça ne me coûte rien. Quelle ignominie, quelle honte, les termes sont même trop faibles, il n’y a pas de mot pour qualifier l’incompétence des gouvernements de ces 20 dernière années. Tous issus du même moule, l’ENA, l’école nationale des ânes ! Tous incapables et qui se pavanent devant les écrans plutôt que de bosser et donnent le boulot à des cabinets qui se gavent avec des résultats nuls. Quand on voit l’argent versé à ces cabinets il est autorisé de penser qu’une partie du pognon est reversée aux donneurs d’ordres qui sont plus des copains que des clients. A quand un grand coup de balai pour éliminer toute cette racaille en col blanc ?

  2. Ils s’amusent avec l’argent de Nicolas… si cela sortait de leurs poches ils feraient peut être plus attention. Ils n’ont jamais de comptes à rendre alors ils peuvent tout se permettre …. D’ailleurs n’est ce pas à cela qu’on les reconnaît ???

  3. Commençons par limiter à un an Les avantages des anciens Présidents et Premier ministre
    Je propose publication de l’état de la dette au premier jour de chaque mandat présidentiel et à sa fin !

  4. Nous avons à la tête de la France un clan d’incapables qui font de la gestion à la petite semaine, peut être dans un but non avoué : que l’eau soit assez trouble pour que l’on ne puisse pas voir le fond. Le gouvernement monte des usines à gaz pour résoudre le moindre problème, il suffit par exemple de voir celle qu’a montée Lecornu avec les carburants… Si ces gens travaillaient dans le privé ils seraient rapidement remerciés. Nous étouffons sous une fonction publique obèse, papelarde et fortement syndiquée qui ne supporte pas que l’on touche à ses avantages. Au train où vont les choses, la r éduction de la dette n’est pas pour demain. Tiens, le CESE organise un pince-fesses en l’honneur de l’euthanasie…

  5. L’article est intéressant mais il prend le problème par le mauvais bout. Quand on « numérise » un traitement la dernière chose à faire est de traduire numériquement des procédure administratives existantes. C’est un peu comme automatisation en agro-alimentaire, on ne copie pas le geste de l’ouvrier qui fait des filets de poisson, on part du poisson pour arriver au filet. Or, dans le cas de la chancellerie c’est une pyramide pesante de petits prés-carrés, une pyramide de très grands chefs, grands chefs, chefs, moyens chefs, petits chefs… Chacun confit dans ses certitudes justifiées par des « concours » qui constituent – encore ! – la pierre de touche de la compétence administrative. Résultat des « erreurs de conception » !… Mais les « erreurs de conception » relèvent de l’analyse des besoins et donc autant du Maître d’Ouvrage que du Maître d’œuvre. Une société d’informatique, à partir d’un cahier des charges indigent vous fera une pendule, une cathédrale ou un presse-purée (au choix !). Dans des dossiers pareils, la conception se fait avec des équipes extrêmement réduites, 50% d’utilisateurs extrêmement « pointus » sur les processus et capables de trancher les nœuds gordiens (avec autorité nécessaire); 50% de chefs de projets informaticiens ayant une grande capacité d’écoute et de communication. Les décisions de ce comité réduit sont sans appel dès qu’ils entrent dans le budget.

  6. Toujours la même histoire, moi mes 2 petits enfants ont été enlevé par une enquêtrice sociale de Meaux association ariles, car cette a mentie et reconnu par la juge, le grand père paternel (préfet tout juste en retraite ont inventé que ma fille voulez se suicider avec les 2 enfa.ts faux reconnu)cette enquêtrice exerce toujours malgré que Darmanin est informé, les 2 enfants ont étaient confié au père malgré condamné pour violences conjugales et menaces de mort sur le fils été âgé de 6 et demie,de plus c’est pas lui qui les gardes car il ait incapable, (quand il fait cuire une dinde il reste pendant plus 1 et demie devant le four il a peur qu’elle s’echappe) et la justice ne les rends pas à la mère, malgré menaces et violences, car son père ancien préfet, alors Darmanin nous menés en bateaux qui coulent.

  7. Tant que les erreurs ne seront pas mises sur le dos de ceux qui les ont faites..
    Prendre sur leurs biens propres les dépassements de budget, les dépassements de frais injustifiés, les dépassements en tous genres, sinon rien ne changera…… les incompétences ou erreurs volontaires continueront à vivre sur le dos des contribuables..
    Nous continuerons à payer tous ces incapables, les copains des incapables etc….
    Jusqu-à la fin de notre pays
    On a fait la révolution et à la place d’un Roy on a des dizaines de roitelets avides de plumer le pays
    plus aucun, de ces ministres, sénateurs, élus, etc, ne veut s’investir, sans avoir un parachute doré pris sur la sueur de tous ceux et celles qui travaillent , les petites entreprises, les artisans, les petits agriculteurs, pêcheurs, professions libérales etc..
    Les taxes exponentielles vident le pays de ses forces vives, qui n’ont pas d’ autre choix que de mettre la clef sous la porte…. ou pire….
    J’ ai mal pour mon pays qui était si brillant mais qui est dans les mains de rapetouts gloutons

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