Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Budget 2027 : l’effort sans impôt, mais pas sans facture

© Shutterstock / Yusnizam Yusof
Le gouvernement promet de ne pas augmenter les impôts. Mais plusieurs économies envisagées pourraient surtout réduire le pouvoir d’achat des contribuables.

Il existe une manière discrète de faire payer davantage les Français : ne pas relever les prélèvements, mais réduire ce qu’ils reçoivent en retour.

C’est l’une des recettes du budget 2027 : freiner certaines prestations sans véritable cure d’amaigrissement de l’État.

Une pension sous-indexée, un remboursement réduit ou une franchise relevée ne constituent pas officiellement un impôt. Pour le ménage concerné, le résultat est pourtant tangible : moins d’argent disponible.

Budget 2027 : les retraites illustrent cette stratégie

Comme lors de la préparation du budget 2026, la désindexation des pensions revient sur la table. Il ne s’agirait pas de les baisser, mais de les faire progresser moins vite que les prix au-delà d’un seuil encore indéterminé. Le ministre Serge Papin a toutefois évoqué au printemps le montant de 3 000 euros mensuels.

Or les retraités ont déjà perdu du terrain.

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), entre 2017 et 2023, la pension moyenne brute des retraités résidant en France a augmenté de 11,8 % en euros courants, mais reculé de 2 % une fois l’inflation retranchée. La pension nette a baissé de 1,9 % en euros constants. (1)

Une sous-indexation supplémentaire de 0,4 point avait été chiffrée à 3,6 milliards d’euros d’économies dès 2027 pour l’ensemble du système de retraite. (Assemblée nationale)

Budget 2027 : même méthode dans la santé

Le gouvernement a annoncé fin juillet, par décret et sans vote du Parlement, la baisse de la prise en charge de certains médicaments, soins dentaires, dispositifs médicaux et transports sanitaires.

Économie attendue : 1,4 milliard d’euros. Il fait passer également, de 100 à 140 euros, le plafond annuel cumulé des franchises médicales et participations forfaitaires, pour récupérer 400 à 500 millions d’euros.

Au total, près de 2 milliards sortiraient ainsi des comptes de l’Assurance maladie. Mais une large partie de la dépense ne disparaîtrait pas : elle serait transférée aux patients ou aux complémentaires, avec le risque de retrouver la facture dans les cotisations des mutuelles.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans les pistes sanitaires.

La chasse aux arrêts maladie injustifiés, aux fraudes, prescriptions inutiles et dépenses sans bénéfice médical relève d’une saine gestion. L’Assurance maladie estime elle-même pouvoir dégager 3,9 milliards d’euros d’économies en 2027 en travaillant notamment sur la pertinence des soins et leur efficacité.

Encore faut-il s’attaquer aux abus plutôt qu’aux assurés.

C’est toute l’ambiguïté du futur budget. Plusieurs ministères verront leurs crédits augmenter, tandis qu’une partie de l’effort sera obtenue en comprimant pensions et remboursements.

L’État réduit moins son propre train de vie qu’il ne demande aux contribuables de réduire le leur.

Ces pistes ne sont d’ailleurs pas nouvelles. La différence tient au calendrier : Sébastien Lecornu présente lui-même le budget 2027 comme potentiellement transitoire et « réversible » après la présidentielle du printemps. La prochaine majorité pourra donc refaire les comptes.

D’ici là, les contribuables, eux, auront commencé à raquer.

(1) Les retraités et les retraites, DREES

Budget, dépenses publiques, impôts : retrouvez l’enquête de Jean-Baptiste Leon sur la dépense publique dans « Le Livre noir de l’Argent public » 

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