En 2025, l’administration fiscale a réclamé un montant record de 17 milliards d’euros de fraudes et pénalités – en partie grâce à l’IA.
Mais le montant réellement encaissé n’a atteint que 11,4 milliards d’euros, quasiment identique à 2024.
La fraude sociale représente quant à elle 14 milliards d’euros par an, dont environ 3 milliards détectés, évités ou redressés en 2025.
La fraude fiscale, plus difficile à cerner, est estimée entre 60 et 100 milliards d’euros, faute de chiffrage officiel.
Plan antifraude de Lecornu : détecter ne suffit plus, il faut encaisser
Le Premier ministre en a tiré la conclusion logique dans une lettre adressée à ses ministres le 24 septembre et révélée par Le Figaro « Détecter une fraude n’est pas recouvrer l’argent. Notifier un redressement n’est pas faire rentrer une recette dans les caisses. »
Pour 2027, il demande à ses ministres de porter une « attention particulière » au montant effectivement encaissé – et non aux seules notifications. Chaque chef d’administration sera tenu pour « responsable des résultats relevant de son périmètre ».
Une délégation interministérielle directement rattachée à Matignon pilotera l’ensemble.
Le même jour que la lettre de Lecornu, Le Figaro révélait un cas emblématique.
À Nantes, mardi 22 septembre, un homme érythréen de 45 ans s’est présenté en préfecture pour renouveler son titre de séjour.
Une empreinte digitale a révélé qu’il en détenait un second sous une autre identité en Seine-Saint-Denis – ce qui lui aurait permis de percevoir environ 10 000 euros d’allocations par an dans chaque département, soit 20 000 euros annuels de prestations indues auprès de la CAF et de la CPAM, pendant au moins deux ans.
Sans cette vérification biométrique de routine, « ça aurait pu encore durer longtemps », glisse une source policière.
L’affaire dit précisément ce que le plan Lecornu devra résoudre : la fraude aux prestations sociales repose souvent sur des failles administratives élémentaires — ici, l’absence de croisement systématique des fichiers de titres de séjour entre préfectures. La technologie existe. La volonté politique, désormais aussi. Il reste à produire des résultats.
Plan antifraude de Lecornu : les chantiers prioritaires
Présenté le 1er octobre en conseil des ministres, le projet de budget reprend l’objectif : 1 milliard d’euros de recettes supplémentaires « effectivement recouvrées », selon Bercy.
Il s’appuie sur la loi du 25 juin 2026 contre les fraudes sociales et fiscales, la facturation électronique, la procédure de « flagrance sociale » contre le travail dissimulé et des contrôles renforcés dans les caisses de Sécurité sociale.
La lettre de Matignon cible plusieurs axes.
En matière de prévention, le plan prévoit une généralisation du contrôle des risques sur les aides publiques – CPF, MaPrimeRénov’, certificats d’économies d’énergie – avec suspension rapide des versements suspects.
Les données fiscales devront être exploitées systématiquement pour détecter sociétés éphémères, facturations fictives et carrousels de TVA.
Côté fraude sociale, le travail dissimulé et les fraudes aux arrêts de travail sont désignés comme priorités.
Moins classique : Lecornu veut faire des cryptoactifs un terrain de contrôle et de recouvrement, en s’appuyant sur les outils de coopération européens.
Il annonçait également une « période exceptionnelle de mise en conformité » en 2027, reprise dans le budget : les contribuables qui se dénoncent spontanément avant tout contrôle pourront bénéficier d’un régime allégé de pénalités – sans amnistie sur les sommes dues.
Il semble néanmoins essentiel de rappeler, que les annonces de plan de lutte contre les fraudes sociales et fiscales se succèdent sans véritables incidences.
Contribuables Associés rappelle que chaque euro récupéré sur les fraudeurs est un euro qu’il n’est pas nécessaire de prélever sur les contribuables honnêtes – et que la crédibilité de ce plan se mesurera aux encaissements réels de 2027, pas aux redressements notifiés.
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