Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

La famille royale des Émirats dans le jackpot de la PAC

Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock.com
Destinée à garantir un revenu décent aux agriculteurs européens, la Politique agricole commune (PAC) profite aussi à la famille régnante des Émirats Arabes Unis qui a raflé plus de 71 millions d’euros en six ans.

Créée au début des années 1960 pour garantir la souveraineté alimentaire européenne et assurer un niveau de vie équitable aux agriculteurs, la PAC est aujourd’hui accusée d’être devenue une rente foncière mondiale financée par les contribuables européens.

Les terres émiraties financées par la PAC 

Dernier exemple en date : la famille régnante des Émirats arabes unis, a reçu plus de 71 millions d’euros de subventions agricoles européennes entre 2019 et 2024, selon une enquête conjointe du Guardian, de DeSmog, d’Eldiario.es et de G4Media.

Au cœur du dossier, le groupe agroalimentaire Al-Dahra, lié à la famille de Mohammed ben Zayed, président des Émirats Arabes Unis.

La dynastie, dont la fortune est estimée à plus de 320 milliards de dollars (ce qui en ferait la deuxième famille la plus riche du monde), contrôle près de 960 000 hectares agricoles dans le monde, dont environ 65 000 hectares en Europe, principalement en Roumanie, en Espagne et en Italie.

Le cas roumain concentre l’essentiel des critiques. La société Agricost, rachetée en 2018 par Al-Dahra, exploite près de 57 000 hectares.

En 2024, elle aurait perçu 10,5 millions d’euros d’aides par la PAC, soit plus de 1 600 fois le montant versé à une exploitation agricole européenne de taille moyenne.

Une partie importante de la production est ensuite exportée vers les pays du Golfe pour nourrir le bétail émirati.

La PAC est l’un des plus gros postes budgétaires de l’Union européenne

Pour la période 2021-2027, son enveloppe atteint environ 387 milliards d’euros, soit près d’un tiers du budget total de l’UE.

Chaque année, près de 6 millions d’exploitations agricoles européennes bénéficient d’aides directes au revenu (et 3,5 millions de personnes bénéficient de financements pour le développement rural).

Mais le système reste massivement indexé sur la superficie des terres détenues : plus une exploitation est vaste, plus les aides augmentent.

Résultat : les grandes structures captent une part considérable des subventions. Selon les données de la Commission européenne, environ 20 % des bénéficiaires reçoivent près de 80 % des aides directes.

Un mécanisme régulièrement dénoncé par la Cour des comptes européenne ainsi que par plusieurs ONG agricoles et environnementales.

Alors que le débat autour de la PAC intervient dans un contexte budgétaire tendu, certains élus réclament un plafonnement strict des aides, autour de 100 000 euros par exploitation, afin de réorienter les subventions vers les exploitations familiales et les jeunes agriculteurs.

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