Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Pierre Garello : « Nous confions à l’État des missions pour lesquelles il n’a aucune compétence particulière »

Pierre Garello est un brillant économiste. Professeur à l'Université Aix-Marseille, il est aussi président de l'Institute for Economic Studies - Europe. Il réagit à l'annonce du Jour de libération des contribuables qui est tombé cette année le mardi 26 juillet.

1) En moyenne, les Français ont travaillé 207 jours pour l’État en 2016. Que vous inspire ce chiffre ?

C’est un chiffre époustouflant. Et dire que certains de nos concitoyens parlent encore de leur pays comme d’un pays qui frôlerait l’ultra libéralisme !

Ce chiffre est d’autant plus remarquable que, malgré un niveau de prélèvement obligatoire qui constitue un quasi record mondial (si l’on met de côté les pays communistes), le gouvernement est incapable de réduire les déficits (et les caisses sociales d’équilibrer leurs budgets) de telle sorte que la dette publique et la dette « sociale » continuent d’augmenter.

Ajoutons encore que ce chiffre, tout à fait impressionnant, ne donne qu’une idée partielle du poids de l’État et des décisions publiques dans notre pays.

D’une certaine façon il minimise le poids réel de l’Etat. Une évaluation plus juste prendrait en compte les multiples réglementations que l’État ne cesse d’imposer aux acteurs économiques. Malheureusement le poids de ces réglementations est difficile à chiffrer.

2) Les dépenses publiques engloutissent 56,6% de notre PIB. Pourquoi la France dépense-t-elle autant pour sa sphère publique en comparaison de ses voisins ?

A la base il y a je crois les préférences d’une majorité de nos concitoyens pour un « État nounou » qui se chargerait de tout, y compris de la solidarité.

Comment expliquer la prééminence de telles préférences chez nos concitoyens? Je crois qu’il y a parfois (souvent) derrière ces préférences un calcul rationnel : on pense être gagnant à ce jeu qui consiste à ôter aux individus le pouvoir de choisir et à confier à l’État le soin de choisir pour nous.

Il peut s’agir des prestations de services (santé, école, culture, chômage, retraite, etc.) ou de redistribution. Dans ce dernier cas on ne peut s’empêcher de penser à la fameuse analyse de Frédéric Bastiat : L’État, cette grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Évidemment on ne peut être tous des gagnants à ce jeu. Mais nos citoyens souffrent également d’un manque de bon sens économique, tout du moins lorsqu’il s’agit de définir les missions de l’État. Nous confions à l’État des missions pour lesquelles il n’a aucune compétence particulière.

Son intervention dans l’économie ou la sphère sociale est donc quasi systématiquement suivie d’effets indésirables. Et c’est de nouveau à l’État que l’on va faire appel pour corriger ces effets indésirables. Il y a donc un cercle vicieux, un effet boule de neige : l’intervention appelle l’intervention.

Mais je suis persuadé qu’il est possible de rompre ce cercle vicieux. Il suffit d’ouvrir les yeux sur les capacités réelles de l’État.

3) L’excès de dépenses publiques est-il une des explications du manque de compétitivité de la France ?

Les dépenses publiques, comme la dette d’ailleurs, ne sont pas forcément de mauvaises choses pour la compétitivité. La qualité des infrastructures ou de la protection des biens et des contrats, par exemple, peut constituer un atout pour nos entreprises. Il en est de même d’une jeunesse bien formée. Malheureusement, nous le savons, dans de nombreux domaines les résultats ne sont guère brillants.

Je pense en particulier à l’éducation : Les comparatifs internationaux placent la France dans une position moyenne, voire médiocre, et cela malgré des budgets publics conséquents. Lorsque les dépenses augmentent sans produire des résultats probants, la facture devient lourde pour nos entreprises. Si vos employés paient plus d’impôt (les impôts directs comme l’IR, les taxes d’habitation et taxes foncières, mais aussi la TVA, les taxes sur l’essence, etc.) ils exigent des salaires plus élevés et vous payez également vos fournitures qui coûtent plus cher car votre fournisseur doit lui aussi payer des salaires et des fournitures à des prix plus élevés.

Ainsi la compétitivité de nos entreprises s’érode dangereusement.

4) Quelles solutions préconiseriez-vous pour réduire le poids gigantesque des dépenses publiques ?

Il est important de souligner tout d’abord que la chose est possible : d’autres l’ont fait. Alors comment ? Il y a plusieurs pistes envisageables et je pense qu’il ne faut en négliger aucune. Une première piste est celle d’une gestion rigoureuse. Le nombre de fonctionnaires par habitant est plus élevé en France que dans les pays voisins qui ont pourtant des niveaux de développement semblables voire supérieurs au notre. Il y a donc ici une large marge de progrès de ce côté-là.

La Cour des comptes ne cesse de tirer des sonnettes d’alarme  (lien à intégrer) que l’on n’écoute malheureusement que d’une oreille distraite et qui ne sont que très rarement suivies d’action. Mais une meilleure gestion des services publics ne suffira pas. Il faut que l’Etat se désengage de la production de nombreux biens et services et que ces derniers soient laissés à la libre entreprise à chaque fois que cela est possible.

Le marché est de loin le moyen le plus efficace de trouver des sources d’économie, de développer des façons innovantes de fournir les services recherchés. Des centaines et milliers d’entrepreneurs feront sans doute mieux que des dizaines de bureaucrates, aussi compétents soient-ils. L’Etat n’abandonnerait pas pour autant sa mission : il pourrait permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens de se procurer ces services, d’y accéder grâce à des transferts monétaires ciblés.

Une troisième piste consiste à lutter contre ce que l’on appelle souvent le capitalisme de connivence. De nombreux projets extrêmement onéreux sont votés qui ne sont pas nécessairement dans l’intérêt des citoyens mais font le bonheur de quelques-uns. L’Etat doit être pro-marché, il doit libérer les énergies entrepreneuriales, abandonner les politiques de « relance de la demande » et opter clairement pour une politique de l’offre ; mais il ne doit pas défendre les intérêts de quelques business particuliers. Il faut être pro-marché mais pas pro-business.

Une quatrième piste consiste à multiplier les recours à l’assurance privée volontaire. Rappelons que dans le chiffre des prélèvements obligatoires il y a plus de la moitié qui correspond aux dépenses liées à la maladie, la retraite et le chômage. Préférer la responsabilité à l’Etat Providence.

Tant que la majorité des Français consentira à tout confier à l’Etat dans l’espoir que ce dernier assumera ce qui est fondamentalement du domaine de la responsabilité individuelle il n’y aura aucune chance de salut pour notre économie et nos finances publiques.

Espérons que cette campagne autour du « jour de la libéralisation fiscale » (lien à intégrer) contribuera à retrouver le goût de la liberté et de la responsabilité.

Propos recueillis par Benjamin Izarn

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