Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Collectivités locales et cabinets de conseil : les liaisons dangereuses

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Après l’Élysée et Matignon, éclaboussés par l’affaire McKinsey, les collectivités locales sont désormais dans le viseur des Chambres régionales des comptes (CRC), qui s’interrogent sur le recours à des cabinets de consultants aux appétits aussi tranchants que des rasoirs.

Un rapport accablant des CRC, publié le 10 juin, jette une lumière crue sur les pratiques d’externalisation des collectivités territoriales.

Alors que celles-ci sont soumises à une pression budgétaire inédite, leurs dépenses auprès des cabinets de conseil privés connaissent une augmentation constante — une tendance d’autant plus préoccupante que ces recours sont « le plus souvent faiblement justifiés », selon les magistrats financiers.

Réalisé en réponse à une saisine via la plateforme participative de la Cour des comptes, cet audit a passé à la moulinette 16 collectivités d’Occitanie, de Nouvelle-Aquitaine, de Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Polynésie française. Elles totalisent près de dix millions d’habitants.

Le verdict est clair : les justifications avancées par les administrations locales — comme le défaut d’expertise interne, un « surcroît temporaire d’activité » ou le « besoin d’un regard extérieur » — sont jugées peu étayées par les auditeurs.

L’addition de ces consultations est salée : elle s’élève à 195 millions d’euros entre 2019 et 2023 pour les 15 collectivités métropolitaines étudiées.

Recours injustifié : les CRC ont identifié des situations dans lesquelles des fonctions au cœur des métiers des collectivités ont été externalisées alors que les institutions locales disposent de ressources internes sous-exploitées.

Collectivités locales et cabinets de conseil : des manquements aux règles des marchés publics

Les magistrats financiers épinglent des manquements aux règles fondamentales des marchés publics : « L’expression préalable des besoins est lacunaire et la mise en concurrence peu intense. »

Cette négligence, ajoutent-ils, favorise des recours récurrents aux mêmes prestataires, créant une dépendance problématique.

Les auditeurs dénoncent également l’absence de vision globale dans la gestion de ces externalisations et un cadre comptable inadapté pour évaluer le rapport coût-efficacité.

Contrairement au scandale ayant touché l’État en 2022 — où le Sénat avait dénoncé un « phénomène tentaculaire » après la révélation de plus d’un milliard d’euros de dépenses en conseil — l’influence des cabinets dans l’élaboration des politiques publiques locales n’a pas été relevée.

Néanmoins, la tendance à la hausse, quoique moins marquée à l’échelle nationale, suscite l’inquiétude dans un contexte d’austérité imposée aux territoires.

Face à ces dysfonctionnements, les CRC préconisent notamment de cartographier les compétences internes disponibles au sein des services ou des organismes publics locaux et de renforcer la mise en concurrence pour briser les relations d’affaires installées.

La Cour des comptes recommande également d’améliorer la traçabilité comptable de ces dépenses pour évaluer leur impact réel.


Pour en savoir plus

Collectivités locales : où sont les économies ? Inventaire d’une réforme territoriale coûteuse

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