Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Les collectivités locales creusent le déficit public au bulldozer

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La Cour des comptes a publié le 27 juin 2025 un rapport sans concession sur les finances de collectivités locales trop dépensières.

Derrière l’image d’institutions « globalement saines », la France des clochers cache une réalité plus préoccupante. Communes, départements et régions ont joué un rôle majeur dans l’aggravation du déficit public, qui a franchi le seuil des 5,8 % du PIB en 2024, un record dans la zone euro.

Pour la Cour des comptes, le constat est sans appel : entre 2022 et 2024, la moitié du creusement du déficit de l’ensemble des administrations publiques est imputable aux collectivités.

Leur besoin de financement est passé de 5 à plus de 11 milliards d’euros en deux ans, un niveau inédit depuis 2008. La mécanique est simple : les recettes augmentent, mais les dépenses progressent encore plus vite.

La hausse est alimentée d’abord par les dépenses de fonctionnement, c’est-à-dire la tambouille quotidienne des services publics locaux.

Ces dépenses ont augmenté de 2,1 % en volume, alors que la loi de programmation des finances publiques prévoyait leur baisse.

Dans certaines communes, ces dépenses ont bondi de 4,8 %. La masse salariale est la principale responsable de cette dérive. En 2024, elle a atteint 78,4 milliards d’euros, en hausse de 4,8 %.

Une partie de cette inflation résulte de décisions nationales – comme la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires. Mais une autre est directement liée aux choix des élus : promotions, primes, créations de postes…

Par exemple, de nombreuses municipalités ont renforcé leurs effectifs pour développer des crèches ou des polices municipales. Autrement dit, même quand les recettes locales augmentent (notamment grâce à la revalorisation de la taxe foncière), cette hausse n’est pas suffisante pour absorber ce train de vie dispendieux.

Dépenses des collectivités : des hausses constantes

Les achats courants ont suivi la même trajectoire, progressant de 6,3 %.

Résultat : les collectivités ont été contraintes de puiser dans leur trésorerie et d’accroître leur recours à l’emprunt. Fin 2024, leur dette atteignait 194,5 milliards d’euros, en hausse de 7,2 milliards sur un an.

Au-delà du fonctionnement, l’autre moteur du déficit est l’investissement. En 2024, les collectivités ont investi près de 77,4 milliards d’euros, soit 6,8 % de plus que l’année précédente.

Ce pic s’explique par la volonté des élus de concrétiser les projets avant la fin des mandats municipaux en matière de transition écologique et de transport ferroviaire. Ces investissements alourdissent la facture et alimentent le déficit public.

Toutes les collectivités ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines petites communes sont en grande difficulté, tandis que d’autres disposent encore de marges de manœuvre fiscales confortables.

Les départements, eux, sont particulièrement fragilisés : la baisse des recettes liées aux droits de mutation (frais de notaire) et la hausse des dépenses sociales les ont plongés à la lisière du seuil d’alerte financier.

Un département sur huit affiche même une épargne nette négative, indique la Cour des comptes.

Les magistrats financiers précisent que la situation actuelle a été favorisée par l’absence d’outils de régulation des dépenses, comme les « contrats de Cahors » qui, avant la crise sanitaire, plafonnaient l’augmentation des budgets locaux.

Depuis leur abandon, les dépenses ont repris leur envol sans véritable encadrement.

Des mesures correctrices jugées nécessaires

Face à ce constat, la Cour propose des solutions concrètes. Comme la suppression de 100 000 postes dans les collectivités (soit une réduction de 5 % des effectifs) afin de contenir la dérive salariale.

Elle appelle également à mieux cibler les dotations de l’État, afin de soutenir les collectivités les plus fragiles, sans financer indéfiniment celles qui n’ont pas rationalisé leurs dépenses.

Une réponse

  1. Les collectivités locales ne peuvent en principe pas faire de déficit de fonctionnement. Mais le problème n’est pas résolu pour autant. Elles ont trouvé la parade pour toujours grossir. Elles doublent par des augmentations de taux d’impôts locaux la hausse des bases locatives déjà opérée automatiquement par la DGFIP et qui équivaut à l’inflation annuelle. Eh voilà, le tour est joué !
    Après, il y a le beau discours produit par les collectivités locales, les commune notamment, pour motiver ces hausses de taux qui se termine par une double hausse des impôts. Ah ben, vous comprenez, cette année on a prévu de faire une nouvelle piscine, un nouvel équipement quelconque, un nouveau service, donc pour pouvoir le faire il faut bien qu’on monte les impôts d’autant. Et puis il y a la petite phrase qui tue la contestation en réunion de conseil. Financièrement, on a vu avec le receveur-percepteur, ça passe, on peut faire.
    Allez voir votre patron et dites lui que vous avez prévu de réaliser une piscine dans votre jardin ou que votre fils va aller faire une année d’études outre océan, et que pour pouvoir le faire, il faut qu’il vous augmente 2 fois plus que prévu : vous allez voir la réponse !

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