Benjamin Brière a survécu aux geôliers iraniens. Il lui restait encore à affronter la DGFIP.
Libéré en mai 2023 après 1 079 jours de détention pour de fallacieuses accusations d’espionnage en Iran il a été accueilli par un agent de la Direction générale des finances publiques (DGFIP). Ce dernier, avec tout le tact caractéristique du service public à la française, lui a demandé pourquoi il n’avait rien déclaré depuis quatre ans.
Et face à l’explication pourtant assez limpide d’une captivité en Iran, l’agent a répondu, imperturbable : « Même en prison, on fait sa déclaration ».
On admirera la nuance. On saluera la compassion. On applaudira, surtout, la parfaite maîtrise de l’à-propos.
Quand l’otage sort de prison, le fisc sort ses formulaires
« Ma famille n’a pas pu s’en occuper. J’avais ma famille en moyenne quinze minutes toutes les quatre à six semaines au téléphone : vraiment, les impôts ça m’a échappé », témoigne Benjamin Brière sur le plateau du Figaro TV, avec ce talent rare pour l’euphémisme que confèrent apparemment trois ans de captivité.
Que voulez-vous, on n’a pas toujours un accès confortable à internet dans les geôles iraniennes…
«J’avais ma famille 15 minutes par mois au téléphone. Vraiment, les impôts, ça m’avait échappé.»
Otage en Iran pendant 1079 jours, Benjamin Brière racontait en novembre dernier dans Points de Vue cette scène «lunaire» où le fisc lui reprochait de ne pas avoir déclaré ses impôts. pic.twitter.com/g8hGOVQDLa— Le Figaro TV (@LeFigaroTV) April 13, 2026
L’agent de la DGFIP, lui, avait visiblement trouvé la solution : la famille « aurait pu le faire ». Bien sûr. Car lorsqu’on apprend que son fils est retenu en otage dans un pays qui vous le présente comme un espion, la première réflexion qui vient naturellement est : « Bon, et la déclaration d’impôts, on s’en occupe? ». Il fallait y penser.
Le fisc promet que ça ne se reproduira plus, les prochains otages apprécieront
Face au tollé, la DGFIP s’est fendue d’une mise au point, dimanche, sur le réseau social X, en trois messages aussi laconiques que le style administratif l’impose.
L’administration « regrette vivement » que Benjamin Brière n’ait « pu initialement bénéficier de toute l’attention qu’il convenait ». Elle reconnaît que ce comportement est « tout à fait contraire à nos valeurs ». Et elle assure que « tout a été mis en œuvre pour s’assurer que ce type de situation ne puisse pas se reproduire ».
Excellente nouvelle pour Cécile Kohler et Jacques Paris détenus en Iran pendant près de trois ans et libérés début 2025, qui auront peut-être l’occasion de constater les « progrès » accomplis.
On leur souhaite, a minima, un agent des impôts doté d’un peu plus de sens de l’à-propos.
En attendant, la leçon est claire pour tout contribuable français qui envisagerait de se faire retenir en otage à l’étranger : prévoyez une procuration fiscale.
La République vous le demande. Et elle ne plaisante pas.
*****

