Le Grand Prix de France n’aura pas seulement fait vrombir les moteurs. Il aura aussi envoyé les finances publiques dans le décor.
Le rapport de la Chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur, rendu public le 24 juin 2026, décrit un catalogue de dérives financières où l’argent du contribuable a servi de carburant à une organisation incapable de maîtriser ses dépenses.
Au bout de quatre éditions disputées entre 2018 et 2022 sur le circuit Paul-Ricard du Castellet (Var), la facture est vertigineuse : 102,9 millions d’euros d’argent public mobilisés – dont 63,5 millions de subventions d’exploitation versées par les membres et 3,7 millions de contribution de l’État – pour une ardoise finale de 35,7 millions d’euros au 30 juin 2025.
Grand Prix de France : un modèle économique déficitaire dès l’origine
Le modèle économique était condamné dès l’origine, assure la Chambre.
Pour accueillir la Formule 1, le Groupement d’intérêt public (GIP), présidé par Christian Estrosi, alors président de la Région PACA à l’origine du projet et ex-maire de Nice, devait s’acquitter d’une redevance annuelle de près de 23 millions de dollars auprès de Formula One Management (FOM), propriétaire des droits commerciaux du championnat.
Au total, plus de 75 millions d’euros ont ainsi été versés à cette société privée, qui conservait également les revenus les plus lucratifs : droits télévisés, publicité mondiale, hospitalités VIP et exploitation commerciale.
Les collectivités locales, elles, héritaient du déficit.
Les promoteurs faisaient miroiter jusqu’à 120 millions d’euros de retombées économiques.
La Chambre régionale des comptes estime qu’elles n’ont pas dépassé 75 millions. Les bénéfices annoncés ont été largement surestimés tandis que les dépenses étaient régulièrement sous-évaluées pour présenter des budgets artificiellement équilibrés.
Grand Prix de France : marchés opaques et enquête judiciaire
Le rapport s’attarde aussi sur une gouvernance laxiste. Dix marchés publics ont été conclus sans publicité ni mise en concurrence, notamment pour des prestations juridiques, des achats d’espaces publicitaires ou du conseil en organisation.
Une pratique d’autant plus sensible qu’une enquête judiciaire est toujours en cours pour des soupçons de favoritisme et de détournement de fonds publics.
La gestion quotidienne n’échappe pas non plus aux critiques. Les rémunérations des cadres ont flambé : entre 2018 et 2022, la masse salariale a été multipliée par près de deux et demi, passant de 1,1 à 2,8 millions d’euros.
Le directeur général percevait 338 000 euros par an, tandis que six cadres percevaient plus de 100 000 euros brut par an en 2022. Déplacements entre l’Angleterre et Paris, dépenses réglées par cartes bancaires professionnelles : plus de 80 000 euros de billets d’avion et de taxis, et près de 25 700 euros d’hôtellerie sur une seule année. Les dirigeants menaient grand train.
Grand Prix de France : Christian Estrosi au volant
L’épisode le plus troublant concerne Christian Estrosi. Alors que le Grand Prix du Castellet accumulait déjà les pertes, le président du GIP a signé en 2022 un protocole confidentiel avec Formula One Management pour étudier un transfert de l’épreuve… à Nice, ville dont il était maire.
Coût de cette étude : 550 000 dollars d’argent public, engagés sans information préalable du conseil d’administration.
Les magistrats soulignent qu’aucun document n’établit réellement la réalité des prestations réalisées. La Chambre estime même que cette initiative était étrangère aux missions mêmes du GIP.
Dans sa réponse aux magistrats, Christian Estrosi défend la légitimité politique du retour de la Formule 1 en France et minimise sa responsabilité dans la gestion opérationnelle.
Le rapport n’en conclut pas moins à une gouvernance défaillante, un contrôle insuffisant des administrateurs et une fuite en avant budgétaire jamais remise en cause.
Subventions à fonds perdu, marchés sans concurrence, contrôle introuvable : le Grand Prix du Castellet n’est qu’un cas d’école. Le Livre noir de l’Argent public en recense bien d’autres.


2 réponses
»Beau » gaspillage d’argent public, un parmi d’autres. Merci à la Cour des Comptes régionale.
Certainement que les tenants du Grand Prix de France vont nous dire que la compétition rapporte plus d’argent au pays qu’elle n’en coûte. Comme à chaque fois qu’on lance un grand évènement, jeux olympiques en tête.
Discours pour faire passer la pilule, sans étude d’impact à la clé, d’ailleurs impossible à faire vu l’interdépendance des impacts possibles. Sauf qu’au final avec ce discours développé à chaque fois, on constate que nos dettes gonflent, gonflent, gonflent inexorablement : c’est bizarre !
Non seulement ce Grand Prix est un goufre financier pour les contribuables mais en plus il faut encore payer pour avoir le droit de voir ce Grand Prix à la TV (abonnement Canal +)