Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Euro numérique : la BCE à l’assaut de votre compte courant

Ivan Marc - Shutterstuck
Derrière l'euro numérique se profile un transfert d'argent vers la BCE - la Banque centrale européenne - et une addition de plusieurs milliards pour les contribuables européens.

Les Européens paient déjà en cash, par carte, par téléphone, par virement instantané. Bruxelles estime qu’il leur manque encore un moyen de paiement.

Examiné le 23 juin par la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) , le projet d’euro numérique a franchi une nouvelle étape.

Si le calendrier est respecté, cette monnaie virtuelle émise sous l’autorité de la Banque centrale européenne entrera en circulation à l’horizon 2029.

L’euro numérique est la version électronique du billet de banque. Au lieu de conserver des espèces dans son portefeuille, chacun pourrait détenir des euros directement garantis par la Banque centrale européenne sur une application ou une carte dédiée.

Officiellement, le lancement de cette monnaie est présenté comme une façon de réduire la dépendance européenne à Visa, Mastercard, PayPal ou Apple Pay en affirmant une forme de souveraineté monétaire face aux géants américains.

L’argument peut séduire. Mais, pour les Français, l’intérêt est marginal. Car, l’hexagone dispose déjà du réseau Cartes Bancaires, qui traite l’essentiel des paiements domestiques.

Derrière le discours sur la souveraineté se cache surtout un enjeu financier XXL.

Euro numérique : qui paiera la facture des milliards ?

L’euro numérique prendra la forme d’un portefeuille de paiement adossé à la BCE. Les sommes déposées sur ce compte quitteront mécaniquement les comptes bancaires traditionnels pour arrondir le bilan de la banque centrale en lui procurant une ressource de financement stable.

La BCE envisage de plafonner les avoirs détenus par chaque particulier. Le seuil de 3 000 euros est régulièrement évoqué dans les discussions préparatoires.

Ce montant peut sembler modeste. Mais si 100 millions d’Européens détenaient chacun cette somme, ce seraient déjà 300 milliards d’euros transférés vers l’écosystème de la banque centrale.

Autant de ressources en moins pour les banques commerciales, qui devront les remplacer en empruntant davantage sur les marchés financiers. Avec, à la clé, des coûts (taux, frais, etc.) répercutés sur les ménages et les entreprises.

La mise en orbite de l’euro numérique risque également d’être salée.

Selon les estimations de la BCE, la seule infrastructure centrale nécessitera plus d’un milliard d’euros d’investissements, auxquels s’ajouteront plusieurs centaines de millions d’euros de fonctionnement annuels.

Les banques devront parallèlement adapter leurs systèmes informatiques. La BCE évalue cette facture entre 4 et 5,8 milliards d’euros pour le secteur, tandis que la Fédération bancaire européenne l’estime jusqu’à 18 milliards.

Qu’elle soit supportée par les banques, les commerçants ou les administrations, cette dépense finira inévitablement par être reportée sur les usagers.

Euro numérique : le spectre des paiements sous surveillance

À ces interrogations financières s’ajoute celle des libertés publiques.

Les craintes dépassent les clivages partisans : des souverainistes aux défenseurs des libertés publiques, nombreux sont ceux qui voient dans l’euro numérique une porte entrouverte vers une société du paiement sous surveillance.

La BCE assure qu’elle n’aura pas accès aux données individuelles et promet un haut niveau de confidentialité. Reste qu’en ligne, à la différence des espèces, aucun paiement n’est anonyme : chaque transaction laisse une trace informatique.

La BCE met certes en avant un mode hors ligne, qu’elle présente comme aussi confidentiel que le liquide.

Les sceptiques redoutent moins les garanties affichées aujourd’hui que les usages qui pourraient être faits demain d’une monnaie numérique administrée au cœur même de l’appareil monétaire européen.

À défaut de résoudre un problème clairement identifié, l’euro numérique pourrait ainsi créer de nouveaux coûts, de nouvelles dépendances et de nouvelles interrogations.

Un bilan pour le moins paradoxal pour un projet censé simplifier la vie des Européens !

4 réponses

  1. raz le bol de l’europe. c’est un scandale de vouloir s’attaquer à notre aregnt, notre épargne

    1. Bonjour, nous sommes tout-à-fait opposés à tout changement de notre système bancaire actuel et donc d’une nouvelle monnaie car comme vous dîtes cela entraîne des investissements coûteux que l’épargnant supportera au bénéfice des manipulateurs de tout bord dont les organisateurs. Merci et à bientôt.

  2. Quand on voit avec quelle aisance les hackers de tout poil pénètres les systèmes informatiques d’entreprises, de services, comment ne pas frémir d’épouvante face à ce projet insensé qui va ouvrir toute grande la porte à des cyberattaques contre nos comptes en banque, fussent-ils peu approvisionnés?

  3. Personnellement je suis totalement contre. Aujourd’hui on nous dit que c’est juste un nouveau moyen de paiement, qu’il y aura des garanties et que la vie privée sera protégée, mais l’histoire montre que les outils créés pour une raison peuvent être utilisés différemment quelques années plus tard. Si demain toutes les transactions passent par une monnaie numérique contrôlée par une banque centrale, il devient techniquement possible de suivre beaucoup plus facilement les dépenses de chacun, de limiter certains paiements, de bloquer un compte ou d’imposer de nouvelles règles par une simple mise à jour. Aujourd’hui ce n’est peut-être pas prévu, mais rien ne garantit qu’un futur gouvernement ne décidera pas d’aller plus loin.

    Quand je vois des exemples comme le système de crédit social en Chine ou le monde imaginé dans 1984, je n’ai aucune envie qu’on prenne une direction qui rende ce genre de dérives techniquement possibles. Le problème n’est pas seulement ce que les dirigeants actuels feraient, mais ce que des dirigeants moins respectueux des libertés pourraient faire demain avec de tels outils.

    À mes yeux, le cash est une véritable garantie de liberté et devrait être protégé durablement. J’irais même jusqu’à inscrire dans la Constitution le droit de payer en espèces et l’interdiction de rendre obligatoire une monnaie numérique de banque centrale. Les technologies changent, les gouvernements passent, mais les libertés fondamentales devraient rester protégées. Je préfère largement que l’on se prive d’un outil plutôt que de prendre le risque d’ouvrir la porte à des dérives qui pourraient un jour nous faire perdre une partie de notre liberté.

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