Faire de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) la capitale européenne de la culture en 2028 : l’idée avait de l’allure. Deux ans après l’échec de la candidature, elle laisse surtout une lourde addition et un rapport au vitriol.
Capitale européenne de la culture : une facture de sept millions d’euros pour le contribuable
Dans des observations définitives récemment transmises aux élus de Clermont Auvergne Métropole – et dont Le Parisien a rapporté les conclusions –, la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes épingle la gestion de l’association Clermont Massif central 2028, qui a porté le dossier entre 2021 et 2024.
Financement très majoritairement public, déficits à répétition, frais de direction hors normes, gouvernance défaillante : le réquisitoire est lourd.
Le nouveau maire de Clermont-Ferrand, Julien Bony, élu en mars 2026, a annoncé vouloir saisir la justice.
Le coût total de la candidature avoisine 7 millions d’euros. Sur les 5,7 millions d’euros de recettes encaissées entre 2021 et 2024, l’écrasante majorité provient de subventions publiques – entre 75 et 95 % selon les années – quand la part du financement privé n’a, elle, pas dépassé 6 %.
À elle seule, la commune de Clermont-Ferrand a versé 2,8 millions d’euros et la métropole 1,3 million.
Autrement dit, une candidature présentée comme un projet d’« ambition publique », mais payée pour l’essentiel par le contribuable.
Et les deniers publics ont coulé d’autant plus facilement que les comptes plongeaient régulièrement dans le rouge. Dès sa première année d’existence, l’association affiche un déficit de 138 000 euros ; en 2023, le trou se creuse de 40 000 euros supplémentaires.
À chaque fois, la commune et la métropole relèvent leurs subventions pour combler le manque. La chambre régionale des comptes pointe des prévisions de recettes trop optimistes et des dépenses « non maîtrisées ».
Capitale européenne de la culture : des frais de direction hors de contrôle
Le cœur du réquisitoire vise les dépenses du directeur de l’association, Patrice Chazottes.
Entre 2021 et 2024, ses frais professionnels atteignent près de 160 000 euros, dont 151 300 euros réglés au moyen d’une carte bancaire professionnelle. Le contrat fixait pourtant un plafond mensuel de 1 600 euros, dépassé de façon régulière sur toute la période, certaines dépenses grimpant jusqu’à 6 500 euros.
Le détail a de quoi faire bondir n’importe quel contribuable.
La restauration représente à elle seule environ 69 500 euros, soit une moyenne de 2 373 euros par mois et près d’une trentaine de repas mensuels passés sur la carte.
S’y ajoutent quelque 7 760 euros d’achats de presse – le directeur se rendant parfois quatre fois par semaine au kiosque pour des titres déjà disponibles par abonnement dans les locaux de l’association –, près de 4 480 euros d’ouvrages et environ 5 500 euros de taxis parisiens, dont les justificatifs ne précisaient le plus souvent ni l’objet ni le trajet.
La chambre relève également des frais d’hébergement et divers autres achats. Certaines dépenses se sont même poursuivies jusqu’en avril 2024, soit quatre mois après l’élimination face à Bourges.
Pour la chambre, ces frais « se sont révélés particulièrement excessifs et peu soucieux d’une gestion respectueuse de l’origine publique des ressources ». Les services comptables avaient pourtant alerté le directeur à plusieurs reprises – en vain.
Capitale européenne de la culture : cette dérive a prospéré dans un vide de contrôle.
En quatre ans, le conseil d’administration ne s’est réuni que six fois et l’assemblée générale dix fois.
La présidente, l’écrivaine Cécile Coulon, élue en novembre 2021, n’a assisté qu’à une seule réunion du conseil d’administration – celle de son élection –, se faisant représenter pour le reste. Elle a justifié son implication par sa confiance dans une organisation qu’elle jugeait « solidement structurée », confiance que les faits, note la chambre, n’ont pas confirmée.
Pendant ce temps, des réunions se tenaient à un rythme parfois hebdomadaire entre le directeur, le maire de l’époque et les élus de la commune et de la métropole.
Pour la chambre, la gouvernance réelle de la structure se situait moins dans ses propres organes qu’à la mairie, au point que les magistrats évoquent la possible qualification d’« association transparente » – cette notion qui désigne une association regardée comme le simple prolongement de la collectivité qui la contrôle.
Aujourd’hui, chacun se renvoie la responsabilité.
Olivier Bianchi, ancien maire socialiste de Clermont-Ferrand et président de l’association la première année, assume le déséquilibre entre fonds publics et privés, mais affirme avoir « découvert le détail » des dépenses à la lecture du rapport et récuse toute responsabilité collective pour ce qu’il qualifie de comportement individuel.
Il concède toutefois que certains de ces frais sont, de son propre aveu, « inacceptables ».
Il admet par ailleurs qu’un remboursement serait légitime si les collectivités venaient à le réclamer.
Le nouveau maire, Julien Bony, entend pour sa part saisir le procureur de la République : il demande que « la lumière soit faite » et que les responsabilités soient clairement établies.
Reste une certitude.
Derrière chaque note de restaurant, chaque taxi sans justificatif et chaque déficit comblé à la rallonge, ce sont des impôts locaux – ceux des Clermontois – qui ont financé une candidature perdue.
La culture méritait sans doute mieux que cette gestion dispendieuse ; le contribuable, assurément.
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