En ce début d’été, les chaînes publiques recommencent à passer le micro aux pseudo-économistes militants type Zucman, qui proposent de taxer le capital productif. 
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, soutenu intellectuellement par un de nos grands économistes, a suggéré quant à lui, à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le 2 juillet 2026, de flécher les transmissions vers des investissements publics proposés par l’État, faute de quoi on les taxerait.
On touche du doigt l’énorme écart de compréhension de l’économie qui existe entre la France et l’ensemble de nos voisins européens, en particulier de nos amis allemands.
Nos syndicats n’ont pas fait leur Bad Godesberg comme leurs collègues d’outre-Rhin qui, en 1959, ont abandonné officiellement le marxisme comme doctrine économique et reconnu comme un fait l’économie de marché.
Difficile de trouver en France, mis à part un certain militaire président de la République, un politique qui, comme Helmut Schmidt le 3 novembre 1974, dise : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. »
Le PIB par tête étant clairement corrélé au nombre d’entrepreneurs par habitant, il faudrait enfoncer le coin en expliquant que le profit n’est possible que si une partie de la population (fût-elle minoritaire) a commencé par mettre à risque le fruit de ses économies : le profit n’existe que s’il y a eu de l’argent investi par un ou plusieurs investisseurs.
Le capital est donc l’ami du travail, c’est pour cela qu’on doit l’expliquer. La taxe Zucman, qui joue sur la jalousie, est mortelle pour les entreprises. L’effet est très rapide dans le cas des licornes et joue à court terme dans le cas des ETI.
Pour payer la taxe, il faut monter les dividendes de l’entreprise, ces dividendes qui eux-mêmes vont payer un second impôt avant de transférer le cash à l’État. Dans le cas d’une licorne industrielle¹ qui croît à 20 %, dont le PE est de 35 et la rentabilité de 20 %, c’est tout le résultat qui y passe.
La licorne arrêtera de croître, n’aura plus de gain de productivité et capotera en moins de quatre ans. Pour l’ETI, le même mécanisme prendra un peu plus de temps, mais il sera enclenché.
Pourquoi ces raisonnements sur le capital ? La mesure des marchés financiers par les grands indices montre une croissance plus rapide que l’économie. Le Dow Jones, sur 130 ans a un taux de croissance d’environ 6 %.
Cela dit, il ne contient que les entreprises les plus brillantes ; on en retire systématiquement celles qui peinent pour les remplacer par les nouvelles étoiles.
La réaction à la lecture de ces chiffres devrait consister à dire que la Bourse, avec l’invention de l’action qui permet à tout citoyen d’y participer, est une idée absolument géniale.
Le législateur devrait encourager sa détention par une fiscalité allégée, par exemple pour longue détention !
Une autre approche saine du capital est évidemment l’actionnariat salarié, qui permet à l’employé de bénéficier de la création de valeur à long terme de l’entreprise dans laquelle il travaille et de participer, en tant qu’actionnaire, à la stratégie.
Quand on en parle aux politiques, beaucoup disent : « On ne peut pas proposer un système où l’employé risque de perdre à la fois son job et ses économies. »
Les syndicats disent : « Le risque, c’est pour le patron » ; les administrations disent : « L’actionnariat salarié est un prétexte pour ne pas augmenter les salaires. »
On est donc bien mal partis.
Il n’empêche que, depuis une trentaine d’années, l’actionnariat salarié a fait ses preuves et a à son actif de nombreux succès.
Les entreprises qui l’ont adopté démontrent que si les salariés investissent une partie de leur prime en actions chaque année, en bénéficiant d’émissions de capital dédiées, sur la durée, ceux-ci peuvent détenir jusqu’à 25 % du capital, ce qui fait du personnel un actionnaire significatif.
Ce capital leur permettra à terme de compléter efficacement leur retraite.
Les Américains, qui ont développé la formule trois fois plus que nous, ajoutent une idée intéressante : investir 50 % dans l’entreprise et 50 % dans un fonds diversifié d’entreprises de façon à réduire le risque.
Du côté français, le recul des expériences permet de montrer que les entreprises à fort actionnariat salarié performent mieux que les autres. Salariés et investisseurs y gagnent donc dans cette affaire !
La France a ouvert le chemin avant tout le monde, grâce au Général, avec l’intéressement (ordonnance du 7 janvier 1959), puis la participation (ordonnance du 17 août 1967). L’actionnariat salarié en est la suite naturelle : c’est le moment d’y aller !
Xavier Fontanet
¹ Dont la rotation d’actif est de 1.
Xavier Fontanet est l’ancien président-directeur général d’Essilor. Il vient de publier Le grand-père et le président (VA Éditions, en collaboration avec Contribuables Associés, mars 2026, 242 pages, 25 €), préfacé par Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés. Un dialogue sans concession entre un jeune président de la République et son grand-père sur l’économie, l’industrie et les finances publiques. À commander ici.
