De quoi marquer l’histoire des finances locales.
En déclarant « excessif » le déficit budgétaire de la Gironde, dans un avis rendu le 16 juillet 2026, la chambre régionale des comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine ouvre une procédure inédite pour un département français.
Derrière cette décision, c’est la gestion de la collectivité dirigée par le socialiste Jean-Luc Gleyze qui se retrouve désormais placée sous la surveillance des magistrats financiers.
Gironde : 142,4 millions d’euros de déficit après recalcul
Saisie par la préfète, après examen du compte financier unique 2025, la CRC chiffre le déficit du Département à 142,4 millions d’euros, soit 6,97 % des recettes de fonctionnement, bien au-delà du seuil légal de 5 % déclenchant la procédure prévue par le Code général des collectivités territoriales (article L. 1612-14).
L’exécutif départemental ne reconnaissait pour sa part qu’un déficit de 38,5 millions d’euros.
L’écart, près de 104 millions d’euros, provient principalement de la réintégration de quelque 92 millions d’euros de dépenses sociales qui auraient dû être imputées sur l’exercice 2025. Depuis plusieurs années, certaines charges, notamment liées au RSA et aux prestations sociales, étaient reportées sur l’exercice suivant pour soulager une trésorerie sous tension.
Les magistrats financiers ont exigé le retour au strict respect du principe d’annualité budgétaire, faisant apparaître une situation beaucoup plus dégradée que celle présentée par le président du conseil départemental.
Les conséquences sont considérables.
Gironde : la mise sous tutelle budgétaire en ligne de mire
Dès le budget 2027, les comptes de la Gironde devront être validés par la chambre régionale des comptes.
À défaut, ils pourront être arrêtés directement par le préfet. Le Département s’expose donc à une véritable mise sous tutelle budgétaire. Une situation que Vincent Léna, président de la CRC de Nouvelle-Aquitaine, qualifie lui-même de « totalement inédite pour un département ».
La juridiction financière ne croit guère aux prévisions optimistes de l’exécutif socialiste, qui espère retrouver l’équilibre dès 2028. Pour les magistrats, un retour à des comptes excédentaires avant fin 2029 est déjà un objectif « ambitieux ». D’ici là, les investissements devront être limités, la dette, 1,23 milliard d’euros d’encours à la fin de 2025, progressivement réduite et les dépenses encadrées.
Le calendrier est cruel. Depuis la mi-juillet, la Gironde affronte les feux de forêt les plus dévastateurs depuis un demi-siècle. Plus de 40 000 hectares partis en fumée, 220 000 personnes évacuées, plus de 2 500 sapeurs-pompiers mobilisés, dont des renforts venus d’autres régions et de l’étranger.
Or le service départemental d’incendie et de secours (SDIS 33) est financé au premier chef par le Département, et son conseil d’administration est présidé par Jean-Luc Gleyze lui-même. La collectivité qui devra désormais limiter ses investissements et contenir ses dépenses jusqu’en 2029 au moins est aussi celle qui arme les casernes.
La question posée aux contribuables girondins est celle des exercices suivants : un Département sous surveillance conserve-t-il les marges nécessaires pour financer casernes, véhicules et recrutements, alors que les interventions ne cessent de croître ?
Gironde : le poids des dépenses sociales
Jean-Luc Gleyze rejette une large part de la responsabilité sur l’État, estimant que la compensation insuffisante des allocations sociales prive la Gironde de près de 370 millions d’euros de recettes.
Un argument qui ne convainc pas la CRC. Celle-ci rappelle qu’aucune collectivité, quelles que soient les difficultés rencontrées, ne peut durablement différer ses dépenses pour préserver artificiellement l’équilibre de ses comptes.
Dans un passé récent, d’autres collectivités ont cédé à cette tentation. En Essonne, en 2019, la CRC d’Île-de-France avait décelé plus de 100 millions d’euros de charges sociales non rattachées aux bons exercices. En Seine-Saint-Denis, la même juridiction avait relevé, en 2012, le report sur l’exercice suivant de plusieurs dizaines de millions d’euros de dépenses liées notamment au RSA.
Aucun de ces dossiers n’avait cependant conduit à une procédure aussi lourde que celle engagée aujourd’hui contre la Gironde.


2 réponses
Oui, les petites communes, nos élus sont bien payés et dépensent à tout va sans savoir d’où vient l’argent, 700 000 € pour une commune de 1000 H! Rendez-vous compte, multiplier par 36000 communes et villes. une gabgie d’argent public dilapidé sans retenu.
Il faudrait enfin se décider à tailler dans le maquis des avantages sociaux (RSA, APL…) dont beaucoup (trop) tirent un profit indu et qui écasent le contribuable moyen. Même si cela ne plaît pas à certains.