Extrait du « Livre noir de l’argent public » (Editions Hugo Doc) de Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés.
« Au lieu de réformer, les collectivités préfèrent investir… dans la communication.
Dans de nombreuses villes, ce budget « M’as-tu-vu » est devenu une ligne stratégique, un outil politique à part entière. Dans un rapport de 2022, l’Inspection générale des finances notait que les dépenses de « publicité, publications et relations publiques » figuraient au sixième rang des commandes communales, devant les dépenses de réparation des bâtiments.
Le grand bazar territorial : ces élus rois du gaspi
À Marseille, la mairie dilue ses dépenses dans des lignes budgétaires globales, notamment dans le programme Marseille en Grand, afin de rendre leur traçabilité presque impossible. La Cour des comptes s’est saisie du sujet et a dénoncé cette manœuvre.
À Paris, la direction de la Communication compte 204 agents en équivalents temps plein.
La Région Grand Est a dépensé près de 392 000 euros d’argent public en six mois entre mars et août 2024 pour communiquer dans la presse quotidienne régionale.
Peut-être est-ce le cas dans votre ville : les gazettes municipales, initialement pensées comme supports d’information neutre, sont désormais de véritables tracts politiques à grand tirage. Les boîtes aux lettres en sont pleines. Tout le monde y va de sa plaquette d’information : la Ville, la Communauté de communes, le Département, la Région.
N’en jetez plus !
Et pendant que les élus soignent leur image, les citoyens voient leurs routes se dégrader, les écoles sont mal chauffées, leurs hôpitaux sous-dotés. Ce grand écart alimente la défiance. Il crée un climat de soupçon, voire de rejet, surtout quand des élus locaux sont pris les doigts dans le pot de confiture. De quoi se sentir floué.
Vous payez pour une organisation inefficace, pour des projets bâclés, pour des campagnes de com idéologiques et, parfois, pour des abus manifestes. Même le traitement des déchets, service public universel, devient une illustration du dysfonctionnement général.
À Marseille, un foyer a payé en moyenne 233 euros en 2023 pour la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), contre 68 euros à Brest. À Paris, c’est 241 euros pour le même service. Ces écarts vertigineux n’ont aucune justification technique. Le mode de calcul de la TEOM, « fondé sur la valeur foncière bâtie et non sur la quantité de déchets produits, génère in fine de fortes inégalités entre communes », a pu constater UFC-Que Choisir.
Les distorsions constatées dans toute la France sont aussi le symptôme d’une mauvaise gestion et d’une désorganisation structurelle. Le traitement des déchets est souvent réparti entre la commune et l’intercommunalité, sans coordination. Il arrive que le même camion soit payé par deux entités différentes pour la même tournée.
Le citoyen paie donc deux fois : une fois pour un service élémentaire, une autre pour un système qui s’autofinance.
Le tout, sans comprendre comment la somme qu’on lui réclame a été calculée. La réglementation aggrave la situation. La loi AGEC, censée favoriser l’économie circulaire, a introduit des écocontributions qui alourdissent la note. Ironie : certains matériaux naturels sont plus lourdement taxés que des matériaux polluants.
Vous évitez de vous endetter à titre personnel ? Pas les municipalités.
Le grand bazar territorial : dans les grandes villes, la dérive est éclatante
Paris a vu sa dette passer de moins de 3 milliards en 2012 à plus de 9,3 milliards en 2025. En tenant compte des dettes cachées (crédits-bails, partenariats public-privé, etc.), ce passif atteint probablement 12 milliards.
La capacité de désendettement de Paris est de 16 ans – bien au-delà du seuil d’alerte. Pour faire face, la mairie a augmenté la taxe foncière de plus de 52 %. Il faut bien nourrir la bête : Paris compte 50 000 agents, ce qui place la Ville Lumière parmi les capitales européennes les plus « administrées », avec un agent pour 42 habitants (contre 1 pour 126 à Rome).
Les charges de personnel sont les premières dépenses de fonctionnement avec 2,6 milliards d’euros. Le budget culture pour 2025 est de 250 millions d’euros, hors masse salariale ! Et elle continue de distribuer des millions à des associations proches de sa ligne politique.
À Lyon, si la dette est contenue, les dépenses ne tarissent pas.
Festivals, événements militants, campagnes idéologiques et subventions farfelues voire scabreuses se succèdent. En 2024, la mairie écolo a financé une formation pour une vingtaine d’agents municipaux les invitant à dialoguer avec « jardin mousse », « mycélium » et « coquelicot » dans le cadre d’« un dialogue inter-espèces ».
La même année, la Ville a octroyé une subvention à Lundy Grandpré, un collectif d’artistes promouvant « l’écosexualité, l’écoféminisme et la botanique jubilatoire ». En 2021, un membre de la troupe avait « performé » nu dans un carré de jardin devant des adultes et des enfants présents au cours d’une répétition. Indécent.
À Grenoble, la municipalité multiplie les décisions controversées : pistes cyclables géantes, interdictions en cascade, radars omniprésents. Même l’art de rue est instrumentalisé pour diffuser un message politique. Et à la fin, c’est le contribuable qui finance ces croisades partisanes. Les municipales de 2026 remettront-elles les pendules à l’heure ?
Sortir du grand bazar territorial
Les causes du dérapage sont connues depuis longtemps.
Trois dérives majeures minent nos finances locales : des compétences éclatées entre tous les échelons, une fiscalité illisible dont nul ne porte vraiment la charge politique et un système de dotations qui récompense la dépense plutôt que la sobriété.
Résultat : une architecture institutionnelle saturée, où l’État finance, les collectivités dépensent et le contribuable paie – sans comprendre ni contrôler. Nous avons trop de niveaux de décision, trop d’élus, trop de structures. Il est nécessaire de simplifier, clarifier, responsabiliser.
Chaque euro d’argent public doit être traçable. Chaque dépense, justifiable. Chaque fonction publique locale alignée sur un objectif clair et mesurable. Il faut stopper l’inflation des effectifs, éliminer les doublons, imposer une discipline budgétaire ferme. Bref, trancher dans le plat de spaghettis administratif.
Le sursaut ne viendra pas sans les citoyens.
Ceux-ci doivent devenir des contre-pouvoirs actifs au niveau local, en soutenant ou créant des associations de contribuables, en exigeant des comptes, en veillant à la gestion de leur commune comme ils veillent à celle de leur foyer.
Sans ce réveil démocratique, le grand bazar territorial, nourri par l’inaction et légitimé par l’habitude, finira en champ de ruines budgétaires. »



Une réponse
Et voilà comment on arrive à 46 % de prélèvements obligatoires sur PIB, et 57 % de dépenses publiques sur PIB ; c’est à dire plus d’ 1 € sur 2 générés dépensé à titre public. Où va t on s’arrêter ?
Les élus locaux ne sont pas meilleurs que les gouvernants nationaux, eux qui se présentent comme les garde-fous des dérives du système. Je ne sais même pas s’il se rendent compte que eux aussi sont responsables de nos affres.
Et je pourrais vous parler du déni de responsabilité locale, en matière d’urbanisme par exemple.
Quand ça va dans son sens un élu local se répand souvent en faire-savoir, par exemple dans le bulletin local comme évoqué dans l’article. Quand il s’git de reconnaître une erreur, voire une faute de son administration comme ça peut arriver, c’est souvent le déni ou la tête dans le sable.
Pas de remous, pas de vagues ! L’administration n’aime pas se déjuger.