Une directive européenne autorise en effet les États à appliquer aux livres un taux réduit de TVA, précisant que cette mesure de faveur concernait aussi les albums de coloriage pour enfants. 
Ces derniers peuvent donc maintenant convaincre leurs parents de leur acheter un album pour leurs crayons de couleur en leur montrant l’économie fiscale qu’ils vont ainsi réaliser.
Cela dit, si le fonctionnaire européen ayant pondu la directive a bien écrit « pour enfants » après « album de coloriage », c’est sans doute parce qu’on peut être fonctionnaire européen et rester un être humain, sensible à ses souvenirs de crayons de couleur.
Parlant de coloriage, il aura donc ajouté par simple réflexe « pour enfants », sans réellement vouloir exclure les grandes personnes des joies du coloriage à taux réduit.
Mais Bercy, gardienne de l’orthodoxie fiscale et donc des rentrées d’impôt, a définitivement perdu son âme d’enfant et refuse cette gentille interprétation.
Elle prétend donc que les crayons de couleur, c’est comme Noël, ce n’est que pour les enfants. Et s’il existe des grands enfants, ce n’est pas pour eux.
Intransigeante, l’administration vient ainsi, après 10 ans de combat, d’infliger sa punition à une entreprise qui osait vendre des albums de coloriage à des adultes en les taxant à 5,5 % au lieu de 20 %.
Le contribuable tenta bien d’aller devant le tribunal mais le juge ne put que donner raison au fisc (1).
Si l’Europe a dit « pour enfants », il faut lui obéir et tant pis pour cette entreprise qui a voulu faire un cadeau aux adultes et s’est vu infliger pour cela 750 000 euros de redressement.
Certains esprits mal tournés croient peut-être que Bercy n’a fait que punir le coloriage pour adulte comme on interdit le taux réduit pour la pornographie, au motif que les recettes fiscales n’ont pas d’odeur.
Ils se trompent.
Les albums litigieux s’appelaient « Méditation », « Pensées positives » ou encore « Mon cahier de sérénité ».
En réalité, soit les services fiscaux veulent taxer au motif que l’on est vieux, soit ils refusent de croire qu’un enfant puisse chercher la sérénité avec ses crayons de couleur.
Ou alors l’entreprise a eu la malchance de tomber sur un contrôleur fiscal qui, enfant, se faisait confisquer sa boîte de crayons de couleur par ses parents ou sa maîtresse.
De la psychanalyse à l’absurdité fiscale, il n’y a souvent qu’un pas.
(1) Tribunal administratif de Montreuil 2-10-2025 n° 2300684
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