En mettant fin aux exonérations de droits d’inscription dont profitaient les étudiants extracommunautaires, le gouvernement s’appuie sur la réforme de 2019, laissée en jachère.
Cette réforme prévoyait de faire contribuer plus significativement les étudiants étrangers au coût réel de leurs études afin de réduire un déséquilibre financier supporté par les contribuables hexagonaux.
Aujourd’hui, à peine 10 % des étudiants concernés acquittent effectivement les droits différenciés, pourtant inscrits dans la loi.
Les étudiants étrangers à la caisse
C’est dans un entretien accordé au Parisien le 20 avril dernier que Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Espace a détaillé ce changement de cap.
Dès 2026, les frais à la charge des étudiants étrangers atteindront 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master, soit environ 30 % du coût réel de la formation.
Un niveau qui reste modéré au regard des standards internationaux.
Au Royaume-Uni, les frais d’inscription pour les étudiants non-européens s’échelonnent généralement entre 15 000 et 30 000 livres par an, et dépassent fréquemment 38 000 livres dans les filières scientifiques ou médicales.
Aux États-Unis, les universités publiques facturent en moyenne 25 000 à 45 000 dollars par an aux étudiants internationaux, soit cinq à dix fois plus que ce que la France s’apprête à demander.
Même en Europe continentale, la France faisait figure d’exception.
Aux Pays-Bas, les étudiants hors Union européenne s’acquittent en moyenne de 9 000 à 20 000 euros en licence et de 12 000 à 30 000 euros en master, selon les universités et les disciplines.
En Suède, où les droits ont été instaurés à l’automne 2011 pour les étudiants extra-EEE, les tarifs oscillent entre 7 500 euros pour les sciences humaines et 25 000 euros pour les filières d’ingénierie, d’architecture ou de design.
Seule l’Allemagne maintient encore une quasi-gratuité, avec un droit semestriel symbolique d’environ 300 euros, sans distinction entre étudiants nationaux et étrangers — un modèle qui place néanmoins son enseignement supérieur dans une situation budgétaire de plus en plus contestée outre-Rhin.
Un État providentiel pour les étudiants étrangers
Cette singularité française reposait sur une générosité d’autant moins soutenable que les universités traversent une période de tensions budgétaires.
Les exonérations massives, accordées de manière systématique les privaient de ressources estimées à 250 millions d’euros par an (à terme).
Selon une étude à paraître de Contribuables Associés, la France accueille environ 450 000 étudiants étrangers en 2025-2026. Ils représentent 15 % de la population étudiante.
Cette présence représente un coût significatif pour les finances publiques : les dépenses annuelles de l’État sont estimées à 3,42 milliards d’euros, contre seulement 1,24 milliard d’euros de recettes.
Le solde est donc nettement déficitaire, à hauteur de 2,18 milliards d’euros par an. Soit un coût moyen de 4 842 euros par étudiant étranger.
En réaffirmant un principe de contribution proportionnée, Paris met fin à une ambiguïté coûteuse et rétablit une forme d’équité entre les étudiants.