Elle détaille pour Contribuables Associés la proposition de loi qu’elle défend pour faire obstacle au courant « No kids ».
Ce courant « Childfree » désigne des personnes choisissant de ne pas avoir d’enfants au nom de la liberté personnelle, du refus des contraintes parentales, de préoccupations écologiques ou d’une critique du modèle familial traditionnel. Au cœur de la proposition de loi que la députée du Loiret porte, on trouve un prêt de 100 000 euros à taux zéro accessible jusqu’aux 5 ans de l’enfant sans conditions de ressources.
Un coup de pouce financier appréciable à une période où les prêts du secteur libre à 25 ans se rapprochent de 4 %.
Entre la baisse du quotient familial et celle des allocations, l’ère Hollande a-t-elle eu un impact particulier sur la dénatalité française ?
Les réformes menées sous François Hollande ne sont pas à elles seules responsables de la baisse de la natalité, cependant, oui elles ont eu un impact important.
La baisse du quotient familial et la modulation des allocations familiales ont marqué une rupture dans la politique familiale française. Elles ont réduit le soutien apporté à de nombreuses familles et ont pu envoyer un signal négatif pour beaucoup de parents en mettant fin à l’universalité des aides.
Face à la baisse de la natalité, je pense qu’il faut revenir à une universalité des aides et aussi à une simplification de ce qu’on propose aux jeunes parents souvent perdus dans ce mille-feuille.
Dans ses grandes lignes, quelle est la philosophie de la proposition de loi qui sera examiné par la commission des finances ce 28 mai 2026 ?
Lors des travaux de la commission sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité, je me suis rendue compte qu’il y avait un lien fort entre natalité et logement, notamment grâce à l’audition du Professeur Alain Villemeur qui estime que l’accès à la propriété favorise la fécondité.
Aussi, selon un sondage de l’IFOP de janvier 2026, trois quarts des familles souhaitant avoir des enfants déclarent se limiter à cause du logement et 20 % d’entre elles renoncent à un enfant pour cette raison. L’objectif de cette proposition de loi est de pouvoir aider les familles à accéder à des logements dignes leur permettant de réaliser leur désir d’enfant, ce qui lèverait un frein important à la natalité.
Les Français ont besoin de pouvoir construire leurs foyers dans les deux sens du terme autant au sens familial qu’au sens du logement et ce, de manière sereine.
Vous proposez la création d’un prêt de 100 000 euros à taux zéro accessible jusqu’aux 5 ans de l’enfant. Quel serait son impact budgétaire et comment sera-t-il financé ?
Il est démontré que les mesures prises concernant le logement génèrent des recettes pour l’État.
En effet, grâce aux droits de mutation à titre onéreux ou encore aux recettes de TVA, ces mesures sont rentables pour l’État. Sans oublier l’emploi. Sur la base du PTZ (prêt à taux zéro) actuel, la construction de logement neuf permet la création de 36 000 à 46 000 emplois par an.
Le dispositif que je propose affiche un ratio coût/bénéfice favorable pour la nation. A ce stade, il est estimé à 120 millions d’euros par an par les services de Bercy, sans compter les recettes générées.
Ce prêt sera-t-il réservé aux citoyens acquittant des impôts et/ou des cotisations sociales, ou accessible à toutes les familles ?
D’une durée maximale équivalente à celle d’un PTZ (jusqu’à 25 ans), ce prêt se veut universel, il est par conséquent accessible à toutes les familles. Ensuite, il revient aux banques d’appliquer ce prêt à taux zéro aux familles demandeuses, comme c’est le cas des PTZ primo-accédants et éco-PTZ.
Si 100 000 euros représentent un coup de pouce important en région, c’est une somme moins significative en zone urbaine où les prix au m² sont très élevés.
Le plafond du prêt sera-t-il rehaussé dans les métropoles ?
Tout d’abord, la France est frappée par une réelle hausse des taux d’intérêt, actuellement ils sont à près de 4 %. Par conséquent, cette mesure pourrait aider chaque famille à traverser cette crise en augmentant sa solvabilité. Aussi, je suis parfaitement consciente que les conditions d’achat d’un bien ne sont pas identiques partout. C’est pour cela que les modalités par territoires seront fixées par décret.
Le prêt sera-t-il destiné à un foyer fiscal ou accessible à chacun des conjoints ?
Le prêt est destiné à un foyer fiscal.
Sous Nicolas Sarkozy, les intérêts d’emprunt ouvraient droit à un crédit d’impôt dégressif, dans certaines limites. Pourquoi ne pas compléter votre proposition de loi par ce type de dispositif, par exemple dans les villes où l’immobilier a flambé ?
L’urgence de trouver une réponse à la crise démographique et à celle du logement, appelle à une réponse claire, simple et lisible. C’est pour cela que cette mesure qui s’inscrit dans le cadre d’une niche parlementaire se veut une réponse rapide et efficace.
Au-delà de l’aspect financier, ne pensez-vous pas que le « No kids » soit aussi lié à l’absence de promesses d’avenir, avec notamment un ascenseur social en panne ?
La baisse de la natalité est évidemment multifactorielle et dépasse l’aspect financier. Cependant, selon une étude de l’IFOP parue l’an dernier, 88 % des Français interrogés pointent comme frein à la natalité le manque de pouvoir d’achat et les trois quarts l’accès au logement.
Sur la question de l’avenir, effectivement, plus de la moitié des interrogés craignent pour l’avenir à cause des conflits mondiaux ou de l’écologie. Cependant, les travaux menés lors de la mission sur la baisse de la natalité montrent que ce frein est important surtout pour le premier enfant. Quand il est question d’en avoir un deuxième ou plus, c’est l’aspect financier qui revient et beaucoup moins le manque de promesses d’avenir.
Propos recueillis par Fabrice Durtal