L’opération EDF devait illustrer le retour de l’État stratège
Quatre ans plus tard, elle apparaît comme l’un des paris ratés les plus coûteux du quinquennat.
Dans un rapport publié le 28 mai, la Cour des comptes dresse un bilan sévère de la renationalisation complète d’EDF décidée en 2022. Les magistrats financiers jugent l’opération « coûteuse pour le budget de l’État » et estiment que sa « nécessité n’est pas démontrée à ce stade ».
L’addition est salée : 9,7 milliards d’euros. C’est la somme déboursée par l’État pour racheter les quelque 16 % du capital qu’il ne détenait pas encore.
À l’époque, le gouvernement invoquait la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, la relance du nucléaire et la nécessité de renforcer le pilotage du groupe.
Mais la Cour rappelle qu’avant même cette opération, l’État contrôlait déjà près de 84 % du capital d’EDF et disposait d’importants leviers d’intervention à travers la régulation du marché et la politique énergétique nationale.
Pour les sages de la rue Cambon, ni les impératifs de souveraineté énergétique, ni les besoins de financement de l’entreprise, ni même la volonté d’améliorer sa gouvernance ne rendaient nécessaire une détention à 100 % du capital.
Les avantages concrets de l’opération demeurent aujourd’hui « difficilement identifiables ».
Cette critique est d’autant plus acerbe qu’elle intervient dans un contexte de finances publiques dégradées. La Cour souligne que cet effort budgétaire exceptionnel a été engagé alors que les déficits et la dette publique atteignaient déjà des niveaux préoccupants.
Le coût total de l’opération EDF encore flou
Et cette facture pourrait n’être qu’un acompte !
Désormais seul actionnaire d’EDF, l’État devra assumer directement une partie des investissements colossaux qui attendent l’énergéticien. La construction des six futurs EPR2 représente à elle seule un programme évalué à 72,8 milliards d’euros. À cela s’ajoutent la modernisation du parc existant, le développement des réseaux et les exigences liées à la transition énergétique.
La Cour des comptes ne remet pas en cause la nécessité de disposer d’un opérateur énergétique puissant. Elle fustige le choix élyséen de 2022 et son coût pour les contribuables.
Fallait-il réellement dépenser près de 10 milliards d’euros d’argent public pour acquérir intégralement une entreprise que l’État contrôlait déjà ?
Dans une période où chaque milliard manque pour réduire les déficits, l’opération EDF ressemble moins à un investissement stratégique qu’à un caprice du prince dont les contribuables attendront longtemps les bénéfices.
*****

