Les privilèges ont la vie dure. Et, dans les tours de contrôle françaises, ils semblent même bénéficier d’un plan de vol prioritaire.
Après un rapport sévère du Sénat publié le 24 juin 2026, la Cour des comptes invite, dans des observations définitives rendues publiques ce 6 juillet, à mettre à l’étude la transformation du statut du contrôle aérien, en rapprochant son organisation de celle de ses homologues européens.
Contrôleurs aériens : une performance parmi les plus faibles d’Europe
Les performances du contrôle aérien se dégradent, constatent les magistrats financiers. En 2025, les retards ont atteint 6,6 millions de minutes, selon la commission des finances du Sénat, plaçant la France parmi les plus mauvais élèves de l’UE.
Les compagnies aériennes estiment le coût de ces dysfonctionnements à près de 800 millions d’euros pour cette seule année, tandis que les voyageurs subissent annulations et reports en cascade.
Pourtant, les efforts financiers consentis par les contribuables via l’État en faveur du secteur sont substantiels.
Le protocole social signé en mai 2024 – le onzième, couvrant la période 2023-2027 – prévoit une hausse de la masse salariale de 95 millions d’euros par an à l’horizon 2027, soit une hausse de 7,2 % de la masse salariale en trois ans.
La masse salariale de la DGAC atteint 1,4 milliard d’euros en 2025.
Un contrôleur aérien gagne en moyenne 110 000 euros brut par an, primes comprises – dont 61 % d’indemnités pour les ingénieurs du contrôle de la navigation aérienne (ICNA) –, soit 50 % de plus qu’un ingénieur des travaux publics de l’État.
La Cour relève que les agents de la DGAC sont mieux payés que les autres fonctionnaires d’État.
Toujours plus : d’ici la fin du protocole, les contrôleurs bénéficieront en moyenne d’une augmentation de 1 500 euros brut mensuels, soit +16 %, sans que ces revalorisations soient liées à une amélioration mesurable de leurs performances opérationnelles.
La Cour souligne même que les agents des centres les moins performants sont ceux qui bénéficient des augmentations les plus élevées.
Par ailleurs, observe la Cour, leur temps de travail annuel est inférieur au régime de droit commun de la fonction publique : 1 420 heures par an, contre 1 607 heures.
Ce qui équivaut à un plafond d’environ 32 heures hebdomadaires en moyenne, selon la règle du « un jour travaillé sur deux ». Sur les 1 312 heures de contrôle, 25 % est réservé aux pauses, si bien que le temps de contrôle effectif ne représente que 69 % du temps de travail.
La Cour rappelle que l’organisation du travail en vigueur comprend aussi des récupérations liées au travail de nuit, des week-ends et des jours fériés.
Pour faire bonne mesure, le rapport pointe une organisation longtemps marquée par des pratiques tolérées en dehors du cadre légal – les « clairances », ces absences non autorisées mises en cause dans un incident survenu à Bordeaux fin 2022 –, un contrôle insuffisant de la présence effective des agents, une gestion prévisionnelle des effectifs défaillante et une conflictualité sociale qui reste parmi les plus fortes des services publics.
Si les badgeuses biométriques – autorisées par décret en septembre 2025 et déployées à 80 % – commencent à mettre fin à ces dérives, leur pleine mise en service n’est pas attendue avant la fin de 2026.
Aucune échelle de sanctions n’existe encore en cas d’absences injustifiées.
Contrôleurs aériens : une sortie du giron de l’État
Sur cette base, la Cour des comptes recommande de mettre à l’étude la transformation du statut de la Direction des services de la navigation aérienne, voire de l’ensemble de la DGAC, sur le modèle des réformes conduites pour La Poste, les télécommunications ou des entités de production de matériels militaires.
La majorité des contrôleurs aériens en Europe ne sont pas fonctionnaires.
Objectifs : accroître la souplesse de gestion, responsabiliser les agents et introduire une véritable culture de la performance.
Alors que près de 30 % des contrôleurs partiront à la retraite dans la prochaine décennie, continuer à financer un système toujours plus coûteux sans exiger davantage d’efficacité paraît injustifiable aux yeux de contribuables tondus jusqu’à l’os.
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