Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Lecornu pourrait entailler les salaires du pouvoir

© Antonin Albert / Shutterstock
Avant de demander de nouveaux sacrifices aux Français, le première ministre Sébastien Lecornu veut donner l’exemple en réduisant les indemnités des ministres et de leurs conseillers.

Démagogie oblige, il fallait bien que l’austérité trouve le chemin des antichambres du pouvoir avant la présentation d’un budget 2027 où de lourds sacrifices vont être à nouveau demandés aux contribuables.

Sébastien Lecornu étudie une baisse des 10 692 euros brut mensuels que perçoit un ministre de plein exercice, ainsi qu’un effort sur la rémunération versées aux conseillers ministériels. Aucun taux n’est arrêté.

L’idée d’une baisse de 10 % sur les indemnités allouées aux députés et aux sénateurs circule aussi, mais cette décision… appartient au Parlement.

Le dernier coup de rabot remonte à 2012, année où François Hollande, pour des raisons équivalentes, avait réduit de 30 % les traitements gouvernementaux. La rémunération brute d’un ministre était alors tombée de 14 200 euros par mois à 9 940 euros, et celle d’un secrétaire d’État de 13 490 à 9 443 euros.

Matignon ne prétend pas que ce coup de canif soulagera une dette publique dépassant désormais 3 500 milliards d’euros.

Salaires des ministres : un geste avec une valeur de signal politique

Demander aux Français de se serrer la ceinture en épargnant le sommet de l’État serait délicat à quelques mois de la présidentielle.

En 2026, un ministre fédéral allemand perçoit autour de 18 000 euros bruts par mois, soit nettement plus que les 10 700 euros d’un ministre français. Ce dernier reste en revanche mieux rémunéré qu’un ministre espagnol ordinaire (7 100 euros brut/mois) ; en Italie, un ministre perçoit environ 9 200 euros brut mensuels.

Pour les conseillers, les systèmes diffèrent trop pour esquisser un classement sérieux : en France, le cabinet d’un ministre de plein exercice est plafonné à 14 membres (avec une exception à 19 pour le ministre de l’Action et des Comptes publics.

Selon la dernière moyenne officielle (2022), la rémunération s’établissait à 8 700 euros brut mensuels par membre de cabinet (primes comprises).

Les cabinets ministériels comptaient encore 521 conseillers en 2025. C’est un défaut de transparence, leur rémunération moyenne actualisée n’est plus publiée de manière consolidée.

A noter que les seules indemnités pour sujétions particulières (primes versées en plus du traitement de base pour compenser les contraintes propres du travail ministériel) représentaient déjà près de 26 millions d’euros en 2024.

Pour les parlementaires, les écarts d’indemnités sont nets : 7 637 euros brut mensuels en France, contre 3 367 en Espagne, 10 435 en Italie et 11 833 en Allemagne. Les députés allemands ont renoncé à la hausse de 4,2 % prévue en 2026.

À Bruxelles, en revanche, pas de cure d’amaigrissement comparable : le Parlement européen prévoit encore un budget 2027 en hausse de 1,98 %. Quelques lignes ont été rabotées, mais aucune baisse générale du train de vie institutionnel n’est programmée.

L’Union européenne demande des économies à ses États, mais elle refuse de se serrer la ceinture.

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