Selon une note publiée le 8 avril 2026 par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, la France devrait perdre près de 1,7 million d’élèves d’ici 2035, soit une baisse de 14,2 % des effectifs.
Le budget de l’éducation en France représente environ 180 milliards d’euros par an (près de 6,5 % du PIB). Ce chiffre correspond à la Dépense intérieure d’éducation (DIE), qui inclut les collectivités territoriales, les ménages et les entreprises.
Avec 14 % d’élèves en moins, l’économie potentielle pourrait atteindre entre 15 et 20 milliards d’euros à horizon 2035… à condition d’ajuster réellement les moyens. Car pour l’instant, l’État continue de financer un système dimensionné pour plus de 12 millions d’élèves.
Ce niveau de dépense n’empêche pas une dégradation des performances scolaires.
La dernière édition de l’enquête PISA (évaluation internationale des élèves de 15 ans menée par l’OCDE) a révélé que le niveau des élèves français a pris le toboggan.
Entre 2018 et 2022, les résultats en mathématiques ont reculé de 21 points, une baisse inédite depuis le lancement de l’étude en 2000. En compréhension de l’écrit, le recul équivaut à près d’une demi-année d’apprentissage.
La France se retrouve désormais derrière plusieurs pays européens comparables, comme la Pologne ou le Portugal, signe d’un décrochage progressif.
Dans ce contexte, la baisse démographique pourrait ouvrir la voie à celle de l’effectif enseignant. Déjà 4 000 suppressions de postes sont prévues en 2026. Et avec 300 000 départs à la retraite d’ici 2030, la question du non-remplacement d’une partie des professeurs se pose clairement.
À terme, cela pourrait représenter des dizaines de milliers de postes en moins et plusieurs milliards d’euros d’économies.
Une partie de ces marges pourrait être utilisée pour revaloriser la profession. Aujourd’hui, un enseignant gagne en moyenne entre 2 600 et 3 000 euros net mensuels en milieu de carrière, un niveau inférieur à celui observé dans plusieurs pays comparables.
Des hausses de l’ordre de 10 à 15 % seraient envisageables sans augmenter le budget global, à condition de redéployer les ressources.
Mais même avec moins d’élèves et moins d’enseignants, la facture ne baissera pas mécaniquement.
Une part importante du budget de l’Éducation nationale ne finance pas directement les élèves, mais les personnels qui ont quitté la vie active. A elles seules, les retraites des enseignants représentent environ 24 milliards d’euros par an, soit près de 30 % du budget du Ministère de l’Éducation nationale.
À cela s’ajoutent d’autres dépenses peu visibles : coûts administratifs d’un système hyper centralisé, organisation complexe, structures pédagogiques plus lourdes dans le secondaire.
Autant de facteurs régulièrement pointés par les experts pour expliquer le décalage entre l’effort financier global et les moyens réellement disponibles sur le terrain.
Au final, le paradoxe français reste spoliateur pour ceux qui le finance : un budget élevé, mais une dépense par élève inférieure à certains voisins, des enseignants moins bien rémunérés que leurs homologues et, à la clé, un niveau scolaire en chute libre.
Plus qu’un problème de moyens, c’est la façon dont l’argent public est dépensé qui pose question.
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