Les Premiers ministres qui se sont succédé à Matignon ont caché la poussière budgétaire sous le tapis. Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes et du Haut conseil des finances publiques, estime qu’il est temps de faire un grand ménage.
Sourd aux demandes des contribuables, léthargique quand il s’agit de sortir les rapports promis à la suite des mobilisations citoyennes relayées par Contribuables Associés, l’ancien député socialiste est plus vif lorsqu’il fait le show à l’Assemblée nationale.

« J’aimerais vous faire part, non pas de ma mauvaise humeur, mais de ma très mauvaise humeur s’agissant des suites – ou plutôt de l’absence systématique de suites – qui sont données à l’acte de certification que nous publions annuellement », a indiqué l’ancien ministre en présentant, le 16 avril, divers documents, dont la certification des comptes de l’État pour 2024.
Imaginez une entreprise « où le commissaire aux comptes certifierait les comptes avec de fortes réserves ou ne les certifierait pas, et où le conseil d’administration dirait « on s’en fiche » : l’État fait ça, la sécurité sociale fait ça », a poursuivi Pierre Moscovici.
Pour l’ancien ministre des finances de François Hollande, des anomalies « significatives » – des sous-évaluations ou surévaluations de « plusieurs milliards d’euros » – et des insuffisances structurelles minent la crédibilité budgétaire française.
« Ce n’est pas sérieux ! », commente-t-il en dénonçant le « refus persistant » de l’État de respecter les normes comptables.
Bon exemple de ce dilettantisme budgétaire, l’année 2024, durant laquelle le déficit public a filé à 155,9 milliards d’euros, soit 5,8 % du PIB, très loin de l’objectif initial 4,4 %.
Pierre Moscovici pointe d’un ongle manucuré une gestion chaotique en relevant que sur 37 programmes budgétisés fin 2024, 31 ont vu leurs crédits annulés en février, ce qui traduit un « pilotage à vue » et des projections « non rigoureuses ».
Budget 2026 : une situation tendue
Sous sa casquette de président du Haut Conseil aux finances publiques, il annonce un budget 2026 « plus difficile que jamais » et presse l’État à engager une « révolution des dépenses publiques » alors que le déficit reste hors de contrôle.
L’effort devra être partagé entre l’État, les collectivités locales, la Sécurité sociale, avertit le premier Président de la Cour des comptes
Pour les contribuables, ce retour à la rigueur risque d’avoir un goût de potion amère.
L’ancien commissaire européen estime « qu’on ne peut pas fermer le débat fiscal », bien que le gouvernement se soit engagé à ne pas augmenter les impôts en 2026.
Il préconise notamment de désindexer les pensions de retraite du niveau de l’inflation et de tailler dans les niches fiscales.
L’ancien élu socialiste se prononce aussi en faveur d’une modulation, de la réduction d’impôts pour le travail à domicile, une piste qu’Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, a pourtant exclu il y a quelques jours.
Pour mémoire, lorsqu’il régissait Bercy (2012-2014), Pierre Moscovici n’y était pas allé de main morte. Il avait donné un grand tour de vis fiscal provoquant un recul historique du pouvoir d’achat des ménages.
Les impôts avaient bondi de 52 milliards d’euros (2012-2013), l’essentiel de cette charge reposant sur les épaules des particuliers (environ 28 milliards), selon les estimations de l’Observatoire français des conjonctures économiques.
5 réponses
P. Moscovici a bien sûr 100 fois raison de dénoncer ces pratiques ineptes, irresponsables et inconscientes, consistant à gonfler sans fin nos dettes publiques.
Mais il lui faudrait aussi faire un flashback en forme de méa-culpa. Lui, le bébé Mitterrand, ministre à divers titres, dont des finances, sous gouvernements socialistes. Bref, énarque-politicien issu de la mouvance mitterrandienne qui nous a légué cette culture inique de la dette publique pour perdurer sous les ors de la république.
Pour résumer : Avant Mitterrand, pas de dettes publiques ou vraiment peanuts. 1981, F. Mitterrand arrive, on initie ce système sans nom consistant à faire des emprunts faciles pour montrer qu’on sait mieux faire que les autres et rester en place. J. Chirac ensuite, qui fait pareil en forçant le trait. Puis N. Sarkozy : trait encore grossi en mettant ça sur le dos de la crise des subprimes. Puis F. Hollande, ça continue. Et enfin E. Macron avec là, le pompon atteint sous le Covid. On entretient tout le pays qui est confiné, à l’inverse par exemple de la Suède qui s’en tire aussi bien que nous dans l’affaire, sans confiner. Résultat catastrophique du quoi qu’il en coûte : encore plus de dettes créées, 1000 milliards €. de dettes publiques supplémentaires créées au total en 8 … par un banquier SVP.
Bravo !
Correction : 1000 milliards €. de dettes publiques supplémentaires créées au total en 8 »ans »…par un banquier SVP.
Je m’apprêtais à écrire que votre site est « déprimant » mais nécessaire…Pourquoi « déprimant » lorsqu’on prend connaissance de ce qui précède, les commentaires judicieux que je partage totalement. Concernant ces personnages qui nous « gèrent » et pour lesquels à leurs retraites, percevront encore des émoluments pour » services rendus » à la France…!
Bien remarqué Popeye !
Quand ces responsables publics qui ont vécu d’argent public toute leur vie en trustant les postes et en gonflant sans fin nos dettes ou (et) nos impôts et taxes se retirent ou décèdent, on n’hésite pas à dire qu’ils ont bien servi le pays.
Quelle ironie ! Le langage convenu permet vraiment de tout dire : une chose et son contraire.
Quand auront-ils à rendre des comptes au peuple sur ce gaspillage de l’argent ?