Chaussures de sécurité achetées à quatre fois leur prix de marché, logiciels payés jusqu’à deux fois et demie plus chers d’un ministère à l’autre, recours aux cabinets de conseil fréquents et sans évaluation de leur utilité réelle.
Ces exemples, désormais bien documentés par la Cour des comptes, les chambres régionales et régulièrement dénoncés par Contribuables Associés, révèlent le dysfonctionnement structurel de la commande publique française.
Chaque année, l’État, les hôpitaux, les collectivités territoriales et leurs satellites engagent entre 170 et 400 milliards d’euros en achats publics, selon les périmètres retenus.
Pourtant, la France est incapable des de fournir une vision consolidée, récente et exhaustive de ces dépenses. Entre les chiffres de l’INSEE, ceux de l’Observatoire économique de la commande publique et les estimations de la Cour des comptes européenne, l’écart va parfois du simple au double.
Acheter mieux : professionnaliser et mutualiser pour payer le juste prix
Pour limiter la casse, le gouvernement promet d’acheter mieux et de dépenser moins.
La réforme présentée par David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, vise à renforcer la professionnalisation des acheteurs publics, dont les compétences restent extrêmement inégales selon les administrations et les collectivités.
Trop souvent, la définition du besoin est imprécise, la négociation limitée et la crainte du contentieux pousse à des choix juridiquement sûrs mais économiquement coûteux avec le recours à des centrales d’achat.
La réforme prévoit aussi une mutualisation accrue des achats, en particulier pour les biens et services standardisés afin de peser davantage face aux fournisseurs.
Dès le printemps 2026, une « alerte prix » sera mise en place sur une gamme de produits. Les acheteurs publics pourront signaler en temps réel des écarts avec ce qu’ils ont observé ailleurs. Il y aura alors une réponse rapide et un ajustement du catalogue, promet le gouvernement.
Autre promesse : la simplification des procédures.
Un outil numérique, “Passe Marché”, doit être déployé progressivement à partir du début 2026 pour faciliter le dépôt des candidatures, dans l’esprit « dites-le nous une fois ».
Il s’agit de réduire les coûts administratifs, de faciliter l’accès des PME et de rééquilibrer un droit devenu excessivement complexe. Mais simplifier sans renoncer à la transparence reste un exercice délicat, dans un système où la norme a souvent pris le pas sur la performance.
Le vrai nerf de la guerre : la donnée et l’évaluation pour traquer les surcoûts
Enfin, le chantier le plus sensible concerne la donnée.
La réforme ambitionne d’améliorer le recensement, le suivi et l’exploitation des informations relatives aux marchés publics. Un vrai talon d’Achille. Peu de marchés font l’objet d’une évaluation ex post sérieuse. Les gains réels, la qualité des prestations, les délais ou les avenants sont rarement analysés. Sans indicateurs partagés, la performance reste une notion abstraite.
Il existe pourtant plusieurs approches d’évaluation robustes utilisées par l’OCDE, la Banque mondiale, ou encore l’Open Contracting Partnership.
Elles permettent notamment de mesurer ce que les économistes appellent un écart d’efficience (surcoût), c’est-à-dire la différence entre le coût final d’un marché et le coût optimal estimé sur la base de comparateurs sectoriels ou d’un référentiel international. Ce ratio permet d’objectiver les surcoûts structurels.

7 réponses
Et si, au lieu d’acheter on commençait par recycler, partager les structures et biens existants rendus inutiles entre les administrations existantes ?
le gouvernement promet d’acheter mieux et de dépenser moins. Et mon cul c’est du poulet ?
On l’a vu avec le siège du président du sénat et bien d’autres exemples depuis. Les administration commandent sur catalogue « officiel » et on voit le résultat. les prix sont surévalués, qui choisit les entreprises retenues ? ça pue les pots de vin. Il faut laisser chaque organisme faire jouer la concurrence et acheter au meilleur prix.
j’ai failli tomber de ma chaise quand j’ai lu le livre
Ce n’est compliqué : il suffit d’une responsabilité pénale pour ceux qui achètent. J’achète un fauteuil : en quelques clics sur internet j’ai vision des prix pratiqués, il faut arrêter ! Aujourd’hui personne ne rend de comptes: c’est la fête !
Il y a une centrale d’achat qui se nomme l’UGAP mise en place par le ministre chargé du Budget et de L’Éducation Nationale qui coûte une fortune puisque les prix sont multipliés par 3 minimum en étranglant les petits fournisseurs auxquels les collectivités passaient directement leur commande et payaient moins cher avant, les locations de voiture aussi passent par cette centrale et autres.
Les centrales d’achat, quelle fumisterie ! Il y en a pour tout en France, ce sont des machines à laver le fric. J’ai un ami qui vend des produits en gros aux grandes surfaces, telles que Leclerc, casino, Auchan… Les acheteurs des centrales d’achat ont pour beaucoup une boite intermédiaire tenue par leur femme, leur frère, leur enfant, un ami… Quand mon ami vend 15 palettes d’huile à une grande surface, en vrai il la vend à la boite tenue par la femme, ou autre, de l’acheteur, qui ensuite la revend à la grande surface en prenant son billet au passage. C’est comme ça pour tout, cela fait monter les prix en engraisse certains.