
Chaque année, le nombre de contribuables diminue, tandis que les pouvoirs publics nationaux et locaux persistent dans une fuite en avant : faire payer toujours plus ceux qui restent.
Incapables de maîtriser leurs dépenses, ils compensent par une accumulation de taxes, d’impôts et de prélèvements indirects, souvent invisibles pour le citoyen mais bien réels dans les prix du quotidien.
Octroi de mer, versement mobilité, taxes locales, contributions additionnelles : l’impôt est désormais partout, y compris là où le contribuable ne le voit pas. Les entreprises sont transformées en collecteurs forcés, et le consommateur martiniquais paie à la caisse ce que l’administration n’ose plus assumer ouvertement. Résultat : moins de contribuables, mais davantage de prélèvements, plus chers, plus fréquents, plus étouffants.
Cette logique est économiquement absurde et socialement explosive.
À force de pressurer un territoire qui s’appauvrit, on affaiblit l’emploi, on décourage l’investissement et on accélère la dépopulation. Le contribuable martiniquais est sommé de financer un système public toujours plus coûteux, sans amélioration visible des services rendus. Quand l’impôt augmente mais que la qualité du service public recule, ce n’est plus une solidarité : c’est de la confiscation !
La vie chère est devenue l’un des sujets majeurs du débat public en Martinique.
Elle nourrit la colère, l’incompréhension et la défiance. Pourtant, à force de désigner de faux responsables, le débat se trompe de cible et les réponses apportées s’avèrent inefficaces, voire contre-productives.
Contrairement à une idée largement relayée, la cause principale de la vie chère ne réside pas dans les marges importantes des entreprises ou l’absence de concurrence. Les chiffres sont connus et régulièrement confirmés par les rapports publics : les marges des entreprises sont faibles, les résultats sont généralement compris entre 0 et 2 %, dans des secteurs fortement concurrentiels et féroces. Les fermetures d’enseignes et la fragilité financière de nombreuses entreprises locales en sont la preuve.
Depuis toujours, et encore plus depuis la sortie du Covid et cette inflation mondiale très forte, les acteurs économiques martiniquais multiplient les efforts pour proposer les meilleurs prix possibles aux consommateurs.
Dans un marché étroit et fortement concurrentiel, les entreprises négocient avec leurs fournisseurs, optimisent leurs achats et acceptent des marges réduites afin de limiter la hausse des prix. Ces efforts sont neutralisés par une habitude croissante — européenne, nationale et locale — d’augmenter taxes et prélèvements, effaçant en quelques décisions fiscales des années de travail pour contenir la vie chère.
Si les prix sont plus élevés, c’est parce que le coût final est alourdi en amont par l’éloignement – évidemment – et par une fiscalité massive, cumulative et en constante augmentation.
La solution proposée consiste quasi systématiquement à augmenter les impôts et les taxes.
Cette fiscalité ne renchérit pas seulement le prix des produits, elle asphyxie la population et les entreprises en réduisant leur capacité d’investissement, en limitant la création d’emplois et en fragilisant leur compétitivité.
À terme, ce sont moins d’acteurs économiques, moins de concurrence réelle et plus de dépendance aux importations, ce qui alimente mécaniquement la spirale de la vie chère.
La fiscalité directe et indirecte est aujourd’hui l’un des principaux moteurs de la vie chère. Octroi de mer, octroi de mer interne, taxes diverses, contributions additionnelles : ces prélèvements sont intégrés directement dans les prix payés par les consommateurs, tout en pesant lourdement sur la compétitivité des entreprises.
Par exemple, l’octroi de mer est une taxe invisible pour le consommateur.
Elle est intégrée dans le prix de revient des produits (1). De ce fait, ce sont plus de 100 millions d’euros collectés en quelques années. Cela est dû à la forte inflation mondiale post-Covid et à l’augmentation des taux avec le dispositif d’octroi de mer reconduit, modifié mi-2021. (2) (3)
Le montant d’octroi de mer payé par habitant est estimé à 1 142 euros en 2024. Une famille monoparentale avec 2 enfants paye 3 426 euros d’octroi de mer par an dans ses consommations courantes sans jamais voir la taxe apparaître car elle ne voit que le prix sur l’étiquette du produit.
Avec un SMIC net de 1.443 euros, cela représente plus de 2 SMIC !
Le consommateur ignore qu’il est aussi contribuable en passant à la caisse !
Malgré cela, les taux ont augmenté en 2024, notamment l’Octroi de mer interne (OMI) dont le taux est passé de 2,5 % à 3 % (4) et les taux réduits de 1,5 % et de 0 % passent à 2,5 %. (5) Quelques semaines plus tard, la taxe régionale sur les certificats d’immatriculation passe à 53 euros le cheval fiscal : + 76 % d’augmentation.
Lors des plénières des 24 et 25 juillet 2025, la collectivité a procédé à l’actualisation de 62 familles de produits vendus en grandes surfaces pour un montant de 28 millions d’euros. On peut y ajouter (Chiffres 2024) : 36 millions d’euros de taxes sur les tabacs, 92 millions d’euros de taxes sur les carburants etc…
L’augmentation de l’OMI de 0,5 % touche tant la production locale que les produits importés. Elle a contribué à une inflation de 0,8 % sur les produits alimentaires soit plus de la moitié de l’inflation.
L’accumulation devient insoutenable. Au final, c’est toujours le consommateur martiniquais qui paie avec une baisse directe de son pouvoir d’achat.
Un autre exemple d’actualité, celui du versement mobilité est à ce titre particulièrement révélateur :
En Martinique, en seulement trois ans, le montant acquitté par les entreprises de plus de 11 salariés a littéralement explosé :
· 54 millions d’euros en 2023,
· 58 millions d’euros en 2024,
· 67 millions d’euros estimés en 2025.
La séance plénière de la Collectivité du 29 janvier 2026, prévoit de porter le taux de 2 % à 3 % (+ 50 %).
Cette augmentation représente à elle seule près de 33 millions d’euros supplémentaires prélevés chaque année sur les entreprises.
Autrement dit, des dizaines de millions d’euros retirés directement de la masse salariale potentielle, de l’investissement, de l’innovation et de la capacité d’embauche, alors que les chiffres de l’Insee sont alarmants sur la détérioration du tissu économique et la récession sur l’île.
Les entreprises doivent-elles encore payer pour la mauvaise gestion publique locale ?
Pourtant, le budget de Martinique Transport est déjà de 156 millions d’euros avec des dépenses en constante augmentation et des recettes en baisse (recettes commerciales de seulement 10 millions d’euros). Cette taxe est d’autant plus incomprise que les usagers constatent une détérioration significative de l’efficacité des transports avec un nombre de jours de grève en augmentation record (en 2025, c’est près de 3 mois de jours de grèves cumulés à l’année).
Des finances publiques locales orientées vers le fonctionnement plutôt que l’investissement. L’analyse des finances publiques confirme ce déséquilibre. La Collectivité Territoriale de Martinique dispose d’un budget proche de 1,5 milliard d’euros, dont près des deux tiers sont absorbés par les dépenses de fonctionnement. Les charges progressent, les structures se multiplient, tandis que l’investissement productif recule malgré une capacité financière importante.
Les communes et communautés de communes suivent une trajectoire similaire : leurs recettes augmentent, mais l’épargne s’effondre, l’endettement par habitant atteint des niveaux records et l’investissement local reste insuffisant.
En clair, la pression fiscale augmente sans amélioration tangible des infrastructures, de la productivité ou de l’attractivité économique.
L’imposition des communes est de 1 275 euros par habitant contre 667 euros en moyenne sur les communes de l’Hexagone de plus de 20 000 habitants. Pourtant, la taxe foncière est de plus de 36 % et la taxe d’enlèvement des ordures ménagères est supérieure de 35 % par rapport à l’Hexagone, avec des taux moyens respectifs de 50,4 % et de 17,6 %.
Face aux déficits publics, la réponse politique semble toujours la même : augmenter les impôts et les taxes. Cette stratégie repose sur une illusion dangereuse : croire que l’on peut réduire durablement les déficits en prélevant davantage sur une économie déjà fragilisée.
Chaque hausse de fiscalité :
· renchérit les prix,
· réduit la compétitivité,
· freine l’investissement,
· détruit de l’emploi,
· nourrit la défiance sociale.
À force de solliciter toujours davantage le secteur marchand pour financer les politiques publiques, le risque est réel de fragiliser durablement les entreprises et de freiner la création d’emplois. Fragiliser les entreprises, c’est fragiliser l’économie martiniquaise dans son ensemble. En 2025, ce sont plus de 450 entreprises qui ont déposé le bilan au tribunal de commerce :
· Combien de centaines d’emplois ont été détruits ?
· Combien d’années faudra-t-il pour recréer autant d’emplois ?
La hausse des défaillances d’entreprises est de + 35 % au 4e trimestre 2025. À force de considérer l’entreprise comme un réservoir fiscal inépuisable, on pousse les entreprises à la faillite.
Il est temps de changer de paradigme. L’entreprise n’est pas le problème. Elle est la solution.
Le meilleur moyen de lutter contre la vie chère sur un territoire ayant 14,4 % de chômage et un taux de pauvreté de 27 %, c’est avant tout l’emploi privé et pas l’emploi public. Augmenter les impôts des entreprises c’est répercuter le coût supplémentaire sur les consommateurs et les salariés…. donc les appauvrir.
Ce sont les entreprises qui créent la valeur, financent les salaires, génèrent le pouvoir d’achat et produisent les recettes fiscales. Sans entreprises solides, il n’y a ni emplois durables, ni finances publiques pérennes, ni cohésion sociale.
Lutter efficacement contre la vie chère suppose :
· une pause dans l’escalade fiscale,
· une réduction des dépenses publiques de fonctionnement,
· une réorientation des ressources vers l’investissement productif,
· une réforme de la fiscalité indirecte,
· une concertation réelle avec les acteurs économiques.
La Martinique dispose de talents, d’entrepreneurs engagés et d’atouts considérables.
Mais elle ne pourra se redresser qu’à une condition : cesser d’asphyxier ceux qui produisent et faire enfin le choix de la confiance envers ceux qui créent de la richesse et de l’emploi.
L’Entreprise est la solution.
Olivier Huyghues Despointes
Chef d’entreprise et créateur d’emplois
(1) Taxe calculée sur le prix d’achat et le fret à l’importation
(2) Suppression du différentiel de 10 % et report vers les différentiels de 20 % et principalement 30 %.
(3) Rapport de la cour des Comptes
(4) Délibération 24-300-2 du 28 novembre 2024
(5) Délibération 24-322-9 du 19 décembre 2024