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Budget municipal et finances publiques : le pouvoir est en nous ! [Tribune]

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Le budget municipal, c’est votre feuille d’impôts en version locale : autant avoir son mot à dire. Tribune de François Lainée, citoyen engagé, membre de l’Assemblée générale de Contribuables Associés.

2026 est une année d’élections municipales.

De nouvelles équipes vont donc prendre les manettes financières et opérationnelles des 35 000 communes françaises dans quelques mois. En 2020, 40 % des communes ont vu leur maire changer. Il y a donc un très grand nombre de communes où des équipes vraiment nouvelles, dirigées par de nouveaux maires, arrivent aux commandes.

Et ceci soulève un souci budgétaire.

Chaque année, les communes françaises construisent un budget. La loi prévoit que ce budget doit être voté par le conseil municipal avant le 15 avril de l’année concernée (avec une exception pour les années électorales, où cette limite est portée au 30 avril).
Certaines communes votent ce budget avant la fin de l’année précédente (ce que nous considérons comme une bonne pratique, car elle permet de disposer d’un cadre défini dès le début de l’exercice). Mais la plupart des communes le votent en janvier ou février de l’année concernée. Plus rarement, les votes se font en mars, voire avril.

Les années électorales, cela a une conséquence majeure :

L’équipe nouvellement élue arrive au pouvoir avec un budget qu’elle n’a pas forcément voté, et doit donc exécuter des actions qui ne sont pas toujours en ligne avec le programme pour lequel elle a été élue. En revanche, dès la seconde année de mandat, le budget est pleinement le sien, et l’exécution financière aussi.
Cette situation, guère satisfaisante, pourrait être changée aisément. Il suffirait de placer les élections municipales en septembre. La nouvelle équipe prendrait alors les rênes en début de cycle de construction budgétaire, et le mandat serait pleinement le sien.
Mais gageons qu’il faudra encore au moins 10 ans pour que cette idée atteigne les sommets, et 20 pour que ces gouvernants osent la mettre en œuvre.

Alors, en attendant, dans certains cas au moins, il y a un autre remède : la co-construction.

Cette idée pourrait s’appliquer partout où il n’y a que deux listes en lice, dont une représentant l’équipe du maire en place. C’est le cas dans mon village (Boisemont, un village de 980 habitants dans le Val d’Oise), comme sans doute dans nombre de petits villages de moins de 1 000 habitants.
Dans ce contexte, la nouvelle loi électorale fait que, sauf score très marginal (sous 5 %), ces deux listes auront des représentants au conseil municipal.
Suivant l’idée de co-construction, nous avons donc demandé à l’équipe en place d’être associés à la construction du budget 2026.

Ceci est tout à fait faisable au regard de la loi, en créant un groupe de travail mêlant des élus, des représentants de la nouvelle liste, et éventuellement des citoyens avisés. Ce groupe pourrait travailler sur la base des idées de l’équipe en place, et de ses idées propres, qui seraient versées au débat et chiffrées.
Mon village est, dans sa classe de taille, l’un des plus dépensiers de France, en dépenses de fonctionnement par habitant. ( 1 )

Le travail sur le budget serait donc, à nos yeux, une occasion parfaite pour comprendre pourquoi :

  • A quoi est dépensé cet argent ?
  • Comment éventuellement réduire ces dépenses ?
  • Et où redéployer l’argent ainsi économisé ?

Le cycle budgétaire est maintenant bien entamé, et la mairie nous a répondu à ce stade : « Non, pas de co-construction : le Code des collectivités territoriales ne le permet pas. »

Une réponse qui reflète plutôt un blocage mental, une crainte ou de la paresse.

Et tant pis pour les citoyens !

Cette attitude est hélas le prolongement d’un échange précédent, où j’avais engagé l’analyse des dépenses du village.

J’avais alors demandé à disposer des grands livres comptables de la commune (les documents les plus détaillés sur les dépenses), et demandé à sept autres communes du Val-d’Oise, d’une taille voisine de la nôtre, de me communiquer ces documents également.
Après analyse, il m’a été possible de répartir une partie des dépenses par service rendu (école, espaces verts, animation/divertissement, …), et de comparer le coût unitaire de certains services (par exemple le coût de l’école par élève) avec d’autres communes.
J’ai alors proposé à la mairie de compléter ces analyses de manière collaborative, en faisant le gros du travail si les élus étaient trop chargés.
Finalement, fin de non-recevoir de la part de la maire en place : « nous avons d’autres priorités en matière financière ».

Parfois, certains élus semblent oublier l’un de leurs devoirs essentiels : « rendre des comptes ».

Sans pression citoyenne, avec de telles approches, le pays ne s’approchera jamais de la gestion responsable dont nous avons besoin.
Alors, si vous voulez prendre votre part à ce mouvement nécessaire, je vous invite à le dire à l’élue trop timide, en lui adressant un mail pour demander à s’ouvrir à la co-construction budgétaire.

Il suffit d’un clic ici.

Quand un candidat « d’opposition » parle aux élus, c’est la sourde oreille.

Quand un électeur parle, l’élu ouvre l’oreille.

Quand les citoyens, en nombre, demandent la même chose, l’élu se débrouille pour faire, quitte à s’attribuer le mérite de l’initiative.

Soyons des citoyens actifs : chacun sa goutte d’eau pour éteindre l’incendie financier qui brûle dans le pays. À vos claviers : plus nous serons nombreux, plus la porte s’ouvrira.

(1) Argus des communes : votre commune est-elle bien gérée ?

François Lainée
Citoyen engagé
Membre de l’Assemblée générale de Contribuables Associés

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