Derrière les milliards engagés, les contribuables financent une organisation territoriale fragmentée et à l’efficience lacunaire.
Une formidable pomme d’arrosoir.
Plus de 18,5 milliards d’euros directement inscrits au budget de l’État au titre de la « cohésion des territoires ». S’y ajoutent 15 milliards d’euros de dépenses fiscales, c’est-à-dire de réductions d’impôts accordées pour soutenir ces politiques.
Et, surtout, des collectivités locales (régions, départements, communes) dépensant jusqu’à 316 milliards d’euros supplémentaires dans le logement, les transports, la sécurité ou encore l’action sociale…
Tout ça pour quoi ? Pour financer un vaste saupoudrage. Entre l’État, ses agences, les collectivités et les méandres de multiples dispositifs, les crédits s’éparpillent dans une cascade de dispositifs sans coordination réelle.
Au final, personne n’est réellement capable de dire combien coûte la politique territoriale… ni si elle fonctionne !
Des exemples : dans l’éducation, la carte des collèges reste souvent mal adaptée : des établissements urbains concentrent les difficultés sociales quand d’autres, à quelques kilomètres, disposent de places vacantes. Dans certaines zones rurales, des établissements restent ouverts malgré une baisse d’effectifs, ce qui fait flamber les coûts par élève.
Dans le logement social, le système est jugé trop lourd et peu efficace. Des logements peuvent rester vacants faute de candidats, tandis, qu’ailleurs, des demandeurs restent sans solution. La Cour recommande même de vérifier que les bénéficiaires souhaitent occuper le logement qu’on leur propose !
Autre exemple : l’empilement des dispositifs publics. Entre les aides de l’État, des agences et des collectivités, plusieurs programmes peuvent financer des projets similaires sur un même territoire, sans coordination réelle. Avec, à la clé, des doublons, des retards et une dilution des moyens.
Côté sécurité, le constat est également préoccupant :
24,4 milliards d’euros pour l’État et 2,3 milliards pour les collectivités, mais une présence inégale selon les territoires. Certains manquent d’effectifs quand d’autres sont mieux dotés, sans que cela coïncide toujours à des besoins réels.
À cette situation s’ajoute une fracture persistante : accès difficile aux soins, aux transports ou aux services publics dans certaines zones. Même la numérisation ne compense pas ce manque de proximité.
La Cour déplore le passage d’un État stratège à un État distributeur, multipliant les aides sans pilotage global.
Une mécanique coûteuse pour les contribuables et, peu lisible pour les citoyens.
Il ne s’agit plus de dépenser plus, mais de dépenser mieux, avec une stratégie cohérente et des résultats mesurables, recommandent les magistrats financiers.
En insistant sur la nécessité de garantir un socle de services publics essentiels — santé, transports, sécurité, éducation — accessibles partout, plutôt que de multiplier des aides dispersées sans impact tangible.

