Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Pensions : les retraités paient les ratés de la Sécu

Lysenko Andrii/Shutterstock
Des erreurs en progression entre 2024 et 2025 : une pension sur neuf liquidée par le régime général comporte une erreur financière, selon la Cour des comptes.

Cotiser toute une vie pour découvrir, au moment du départ à la retraite, que le calcul de sa pension est faux.

Le scénario sur les retraites n’a plus rien d’exceptionnel

Dans son dernier rapport sur la certification des comptes de la Sécurité sociale (1), la Cour des comptes dresse un constat inquiétant : en 2025, une prestation de retraite sur neuf attribuée à d’anciens salariés comporte une erreur financière, contre… une sur dix l’année précédente.

Pour les assurés sociaux, la pilule est d’autant plus amère que les cotisations vieillesse n’ont cessé d’augmenter depuis des décennies. Or, les ratés se multiplient dans cette gigantesque mécanique de redistribution.

La branche vieillesse a versé 167,3 milliards d’euros en 2025, mais l’impact financier cumulé des erreurs atteint désormais 1,1 milliard d’euros sur la durée de vie des pensionnés, contre 900 millions un an plus tôt.

La Cour précise que ces anomalies peuvent être favorables ou défavorables aux retraités.

Mais plusieurs travaux parlementaires et questions écrites au gouvernement soulignent que les erreurs pénalisent majoritairement les assurés. Certaines carrières incomplètement reconstituées, des trimestres oubliés ou des revenus mal reportés amputent les pensions pendant des années.

Le problème dépasse d’ailleurs les seules retraites

La Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAM) estime à 3,4 milliards d’euros les erreurs affectant les remboursements de frais de santé. Du côté des Urssaf, les anomalies liées aux déclarations sociales représenteraient encore 3,3 milliards d’euros, tandis que la fraude des employeurs privés est évaluée à 5,3 milliards.

À cela s’ajoute la fraude aux pensions versées à l’étranger.

Selon les dernières données consolidées par la Cour des comptes (2022), 1,1 million de retraités du régime général résident hors de France pour un montant total de 3,9 milliards d’euros de prestations. La Cour des comptes rappelle que le risque de versements maintenus après décès y demeure « plus élevé qu’en France ».

La comparaison européenne n’est guère rassurante. Les audits menés en Suède, en Allemagne (2) ou au niveau de l’Union européenne (3) montrent eux aussi des difficultés croissantes à contrôler les paiements sociaux transfrontaliers et les revenus étrangers.

Mais la France se singularise par l’ampleur financière des anomalies détectées et par l’ancienneté du problème.

Le plus frappant reste peut-être ailleurs : malgré ces milliards d’euros d’erreurs et de fraudes, les comptes de la Sécurité sociale ont finalement été certifiés « avec réserve » pour 2025.

La branche Famille obtenant ce visa pour la première fois après trois années de refus consécutifs. La formule « avec réserve » n’a rien d’un satisfecit : elle signale, dans le langage normé de l’audit, que les comptes présentent des anomalies significatives, mais que celles-ci ne suffisent pas à invalider leur image générale.

Une manière de reconnaître implicitement qu’en France, l’assuré social continue de payer plein tarif pour un système qui ne garantit même plus l’exactitude de ses propres calculs.

(1) : Sécurité sociale 2025 | Cour des comptes

(2) : https://www.bundesrechnungshof.de/DE/0_home/home_node.html

(3) : https://www.eca.europa.eu/fr

 

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