Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

Héritage : le mauvais calcul du « mécénat forcé » [Xavier Fontanet]

© Sorapop Udomsri / Shutterstock
Aux Rencontres économiques d’Aix, le 2 juillet 2026, Sébastien Lecornu a proposé de « flécher » les grands héritages vers la souveraineté. Xavier Fontanet plaide, lui, pour libérer donations et fondations.

Le 2 juillet, lors des Rencontres économiques d’Aix, notre Premier ministre Lecornu s’est dit favorable à un « fléchage » volontaire des grands héritages vers des fonds d’investissement dédiés à la souveraineté nationale, avec une proposition lancée sous forme de défi et résumée par le mot « chiche ».

Concrètement, il invite les détenteurs des plus gros patrimoines à consacrer une fraction de leur héritage à des véhicules conçus par l’État et orientés vers la défense, l’innovation ou la recherche, faute de quoi ils subiraient une fiscalité renforcée sur la transmission.

(Rappelons tout de même, pour que les choses soient claires, que la France représente 44 % de tous les droits de succession collectés dans l’Union européenne.)

L’idée ne vient pas du Premier ministre lui-même : elle reprend un concept que l’économiste Philippe Aghion avait exposé quelques jours plus tôt sur France Inter, celui du « mécénat forcé », un mécanisme où les foyers les plus aisés seraient incités, au moment de la succession, à orienter une partie de leur capital vers des fondations d’intérêt public (éducation, recherche, climat).

Aghion était présent sur scène aux côtés du Premier ministre au moment de l’annonce.

C’est une réponse à la taxe Zucman, rejetée par l’Assemblée le 31 octobre 2025. L’idée serait, si l’auteur de ces lignes a bien compris, de financer 6 milliards d’euros de dépenses supplémentaires de défense sans alourdir l’impôt. Le déficit public est attendu autour de 5,1 %.

Nos dirigeants, n’ayant pas compris les conseils de Bastiat, cherchent toujours des recettes alternatives à l’impôt plutôt que de s’attaquer aux dépenses manifestement excessives.

Repenser le système d’héritage à la française

Avant de parler de fiscalité, on pourrait commencer par se pencher sur le système d’héritage. Pour le Code civil, celui-ci doit aller aux enfants. Aux États-Unis, pour prendre un exemple, chacun est libre de choisir les personnes à qui donner son argent : il peut le donner à ses enfants mais aussi à des fondations.

Gates et Buffett ont donné spontanément 95 % de ce qu’ils possédaient à leur fondation. Une modification en ce sens du Code civil serait une première à envisager.

D’où l’idée d’une piste à laquelle il faudrait réfléchir : faciliter les donations, sachant qu’en France le système est loin d’être négligeable sur un plan économique. Les Français sont généreux, on ne le dit pas assez : une douzaine de millions de bénévoles, des donations frôlant les 20 milliards annuels et une activité globale représentant de l’ordre de 1,5 % du PIB.

Si on prend du recul, il faut rappeler que ce sont, au XIXe siècle, les institutions religieuses, les grandes familles et les sidérurgistes qui ont démarré l’activité. On qualifiait cette pratique de « paternalisme ». Elle couvrait des pans entiers du domaine social. L’État s’est petit à petit approprié ce nouveau terrain.

Faciliter les donations plutôt que taxer l’héritage

On pourrait très bien renverser aujourd’hui la vapeur et faciliter les donations, c’est-à-dire mettre des niveaux plus élevés aux seuils limitant les réductions d’impôts. Elles pourraient reprendre des pans entiers de la sphère publique, que ce soit dans la santé, l’éducation, l’art ou le sport.

Quant aux fonds d’investissement consacrés à la défense du territoire ou de la planète, le plus efficace serait de laisser le domaine au privé et d’instaurer des réductions d’impôt sur les plus-values pour les domaines décrits par le Premier ministre.

Le gouvernement et le Parlement seraient bien inspirés de réfléchir à ces pistes, qui peuvent mener beaucoup plus loin que les milliards évoqués par le « fléchage » ou la taxe Zucman qui feront fuir le capital vers d’autres cieux, comme l’expérience norvégienne vient éloquemment de le démontrer.

Xavier Fontanet

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Xavier Fontanet est l’ancien président-directeur général d’Essilor. Il vient de publier « Le grand-père et le président » (VA Éditions, en collaboration avec Contribuables Associés, mars 2026, 242 pages, 25 €), préfacé par Jean-Baptiste Leon, directeur des publications de Contribuables Associés.

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Une réponse

  1. On voir où s’arrête la compétence chez nos dirigeants. Ils ne cherchent pas les solutions au sein de l’état et de ses structures, mais chez les autres ! Ils opèrent en maquereau ! Ils veulent toucher sur tout. C’est portant simple, ils n’ont qu’à copier ce que font les entreprises, ils suppriment tout ce qui n’est pas rentable et tout ce qui n’est pas nécessaire et ils trouveront des milliards. Quelques idées, suppression de AME, des retraites à ceux qui n’ont pas cotisé, vérifier les si les bénéficiaires de pensions et allocations sont bien vivants, suppression du CESE, refonte du parlement en 1 chambre de 200 élus sans cumul de mandats, renvoi de tous les étrangers de moins de 65 ans qui ne travaillent pas et ne cotisent à rien, ramener le gouvernement à 10 ministres choisis pour leurs compétences et non par « amitié »…

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