Contre l’oppression fiscale, la pression des contribuables

L’impôt sur la mort : la France championne d’Europe

Déjà championne d’Europe de la taxation des successions, la France envisage de durcir à nouveau l’impôt sur les héritages, privilégiant l’expédient fiscal à la réduction de la dépense publique.

« Dans ce monde, rien n’est certain, à part la mort et les impôts », écrivait Benjamin Franklin. La France semble avoir décidé de réunir les deux dans le même prélèvement.

Taxer davantage les héritages pour renflouer l’État ? Combattue de longue date par Contribuables Associés (un exemple ici), l’idée revient une nouvelle fois dans le débat public.

Aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le 2 juillet 2026, Sébastien Lecornu souhaite ouvrir la discussion lors du prochain budget en reprenant une proposition de l’économiste Philippe Aghion, prix Nobel d’économie 2025 : orienter une partie des grandes transmissions patrimoniales vers des fonds souverains, sous peine d’une fiscalité plus lourde pour les héritiers.

Une perspective qui intervient alors que la France est déjà, de très loin, le pays européen qui taxe le plus les successions.

Successions : la France, championne d’Europe de la taxation

Les derniers chiffres publiés par Eurostat, relayés par le site Contrepoints, sont explicites.

En 2024, les impôts sur les transmissions de patrimoine – les droits de mutation à titre gratuit, successions et donations réunies – ont rapporté 20,8 milliards d’euros à l’État français, soit 44,5 % de l’ensemble des recettes de ce type perçues dans toute l’Union européenne (46,8 milliards d’euros).

À elle seule, la France pompe près de la moitié de ces impôts en Europe. L’Allemagne suit loin derrière avec environ 10 milliards d’euros, tandis que l’Espagne n’en collecte que 3,5 milliards.

Rapportée à la richesse nationale, la fiscalité post mortem représente 0,7 % du PIB, un niveau qu’elle partage avec la Belgique, contre une moyenne européenne de 0,3 %.

Plus frappant encore, les recettes tirées de l’impôt sur la mort ont bondi de près de 70 % en huit ans, passant de 12,3 milliards d’euros en 2016 à 20,8 milliards en 2024.

Malgré cette envolée, certains responsables politiques estiment qu’un héritage traduit moins la dernière volonté d’un défunt que l’ouverture d’une créance fiscale. Pour mieux détrousser les cadavres, ces parlementaires invoquent le poids croissant de l’héritage dans la constitution des patrimoines.

Selon le Conseil d’analyse économique, la fortune héritée représente désormais près de 60 % du patrimoine total des Français, contre 35 % au début des années 1970.

Mais cette évolution, souligne Contrepoints, traduit aussi les difficultés grandissantes à s’enrichir par le travail ou par l’entreprise dans une économie fortement fiscalisée.

Alourdir les droits de succession, un calcul perdant

Contribuables Associés dénonce depuis longtemps l’impôt sur la mort, car il revient à taxer une seconde fois un patrimoine constitué grâce à des revenus ayant eux-mêmes supporté l’impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux, les taxes sur l’épargne, les plus-values ou les droits de mutation immobiliers, etc.

La priorité devrait être donnée à la réduction de la dépense publique plutôt qu’à la recherche de nouvelles recettes frappant l’épargne familiale.

D’autant qu’un nouveau durcissement des droits de succession encouragerait les détenteurs des patrimoines les plus importants à organiser leur départ vers des pays à la fiscalité plus clémente, au détriment de l’investissement et de l’emploi.

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