Une tribune de Frédéric Amoudru, ancien cadre du secteur bancaire 
Les prédictions du Comité d’Orientation des Retraites issues du rapport du 11 juin 2026 (1) pointent vers une insoutenabilité structurelle du régime de base de la sécurité sociale gérées par la CNAV et la MSA.
La première question que nous pouvons nous poser est celle du taux de cotisation.
Est-il trop bas par rapport aux autres pays européens qui eux connaissent des régimes plus équilibrés ? Il n’en est rien. Avec pour simplifier 7.3% pour la partie salariale et 10.6% pour la partie patronale, la France se situe dans la fourchette haute de l’Europe.
Est-ce notre durée de cotisation qui est trop courte par rapport au reste de l’Europe ?
Non plus.
Avec la réforme Touraine et l’allongement progressif à 43 annuités nous sommes plutôt dans la moyenne haute de l’Union Européenne même si les différences paramétriques entre les pays rendent les comparaisons difficiles.
Alors serait-ce le niveau des pensions qui est trop généreux ?
Pas pour la retraite de base.
La comparaison devient favorable à la France seulement si l’on y ajoute la retraite complémentaire obligatoire du régime AGIRC-ARRCO qui avec environ 100 Milliards d’euros par an d’allocations versées représente un montant considérable par rapport aux 170 Milliards d’euros versées par la CNAV et la MSA en 2025.
Conclusion les salariés du secteur privé et leurs employeurs ainsi que les indépendants acquittent des cotisations pour le régime de base plutôt élevées, sur une durée dans la moyenne haute et reçoivent des pensions de base plutôt dans la moyenne de ce qui se fait dans les autres pays européens à niveau de vie comparable.
Le problème ne se situe donc pas à ce niveau.
La dynamique démographique ne peut pas être ignorée mais nous ne pouvons pas forcer les Français à faire plus d’enfants.
Le report de l’âge légal au-delà de 62 ans rencontre une vive opposition même si son report progressif est inévitable.
Quant au taux d’emploi il ne relève pas d’un choix sociétal mais de la rencontre entre une offre et une demande de travail qui résulte d’un niveau d’activité économique donné sans doute inférieur au potentiel de notre pays mais dont l’amélioration passe par une lourde réforme du coût du travail. Elle est possible mais au prix d’un transfert important des prélèvements qui pèsent sur l’activité productive vers d’autres assiettes en particulier celle de la consommation ce qui pose là encore d’importants problèmes politiques.
Les autres pistes évoquées pour redresser les comptes de la CNAV/MSA sont :
- l’augmentation des cotisations dont ne veulent ni les salariés, ni le patronat
- la sous-indexation des pensions qui constitue un vol déguisé pour les retraités
- l’introduction d’une dose de capitalisation qui ne peut s’envisager que par une double cotisation des cotisants actuels, la première pour payer les pensions en cours, la deuxième pour se constituer un capital-retraite et finalement une augmentation des prélèvements sur les revenus du travail.
Ce qui est frappant dans ce débat intense et documenté c’est que personne ne semble réaliser qu’une des causes de la déliquescence des comptes de la CNAV/MSA est l’existence d’une multiplicité de dispositifs qui créent des droits sans cotisation en face et cela au nom de la solidarité.
Retraites et chômage
Prenons d’abord le cas de l’indemnisation chômage.
Au chômage indemnisé vous validez des trimestres à peu près dans les mêmes conditions qu’en activité alors qu’aucune cotisation pour la retraite de base n’est versée ni par le demandeur d’emploi ni par l’UNEDIC.
Pourtant moyennant 3% de cotisation sur une partie des ARE, les chômeurs acquièrent des points au régime complémentaire AGIRC-ARRCO.
Entre l’UNEDIC (4.0 Milliards d’euros) et l’État (200 Millions d’euros) ce sont en 2025, 4.2 Milliards d’euros qui ont été consacrés à la retraite complémentaire des demandeurs d’emploi et non à la retraite de base pour laquelle ils acquièrent des droits.
La première est bénéficiaire et dispose de 113 Milliards d’euros de réserves (réserves techniques + fonds de roulement), la deuxième va lentement dans le mur. Si nous redirigions ces 4.2 Milliards d’euros vers le régime général et que nous portions de 3% à 7.3% le taux de cotisation retraite des ARE (le même que pour les salaires), ce sont 5.3 Milliards d’euros qui alimenteraient la CNAV/MSA.
S’agissant des indemnités journalières de sécurité sociale nous sommes dans une problématique similaire bien que moins caricaturale.
Les périodes d’arrêt-maladie, de maternité, de paternité et d’accident du travail donnent lieu à la validation de trimestres comme en activité et là encore aucune cotisation n’est versée à la CNAV/MSA ni par l’Assurance Maladie ni par l’indemnisé.
Le montant global annuel de ces indemnités se chiffrant à 21.5 Milliards d’euros, le manque à gagner pour la CNAV /MSA au taux de 7.3% se monte à 1.5 Milliards d’euros. Il en va de même pour les pensions d’invalidité.
La rémunération des heures supplémentaires améliore le Salaire Annuel Moyen qui constitue l’un des 3 éléments de la formule de calcul de notre retraite de base.
Retraite Annuelle = Salaire Annuel Moyen (de nos 25 meilleures années) x Taux de liquidation x (trimestres validés/ trimestres requis).
Quelles cotisations en face ?
Aucune pour les salariés qui en sont exonérés depuis 2019 dans le paquet de mesures démagogiques prises pour calmer les Gilets Jaunes.
Si elles étaient perçues au taux de 7.3% tant dans le secteur privé que public cela représenterait 2 Milliards d’euros de recettes auquel on peut ajouter la réduction de charges patronales qui représente un manque à gagner d’environ 1 Md € à notre système de sécurité sociale.
Le dispositif « maintien de droits » de l’assurance chômage est singulier.
Pour faire simple les seniors remplissant certaines conditions peuvent bénéficier de la prolongation de leur indemnisation au-delà de la durée à laquelle ils ont droit et ce jusqu’à atteindre le taux plein puisque l’indemnisation valide des trimestres.
Le coût de ce dispositif est d’environ 500 Millions d’euros puisqu’il cumule le versement de sommes au-delà de la fin des droits et la validation indue de trimestres. Certes son abolition ferait basculer ces personnes vers le RSA ou l’ASS ce qui gonflerait les versements dus au titre de ces dispositifs.
Au total ce qui précède représente environ 10 Milliards d’euros par an de cotisations non versées pour des droits créés.
Retraites et SMIC
Toutefois d’autres dispositifs de solidarité minent structurellement le financement de la CNAV et de la MSA.
Le dispositif du Minimum Contributif (MICO) est, pour simplifier, destiné à améliorer le niveau de retraite des salariés ayant eu une carrière au SMIC ou proche du SMIC par rapport à celui que le calcul standard de liquidation de pension leur donnerait.
Son coût est estimé à 8-10 Milliards d’euros.
Depuis 2023, année où il a été fortement et démagogiquement revalorisé, il est indexé sur l’évolution du SMIC au lieu de l’indice des prix à la consommation comme pour les autres pensions.
Cette divergence injustifiée est porteuse de coûts accrus pour l’avenir puisque le SMIC est revalorisé au-delà du simple indice des prix. A titre d’exemple entre 2015 et 2025 le SMIC a augmenté d’environ 27% contre 19% pour l’inflation. Il faut bien entendu revenir à l’indexation sur l’indice des prix.
A l’heure actuelle un revenu salarié de 150 SMIC horaire (1.803 €), ce qui correspond à environ 1 mois de travail à temps plein, permet de valider un trimestre complet donc autant que quelqu’un qui a travaillé le trimestre entier.
Mesure démagogique à destination des personnes travaillant à mi-temps ou moins. Il faudrait travailler l’équivalent d’un trimestre à plein temps pour valider un trimestre entier quitte à accorder des fractions de trimestres.
En fin de droits aux ARE ou en périodes de chômage non indemnisées il est possible de valider des trimestres. 4 voire 6 et jusqu’à 20 selon les situations. Incompréhensible.
La bonification de 10% des retraites pour les parents ayant eu 3 enfants et plus coute environ 4.5 Milliards d’euros par an à la CNAV/MSA. Certes ce coût est entièrement pris en charge par la Caisse Nationale des Allocations Familiales mais il ne s’agit là que d’une question de tuyauterie de financement.
Si cette bonification n’existait pas, les cotisations familles de la CNAF, régime légèrement excédentaire, seraient allégées et les cotisations retraites augmentées à due concurrence sans hausse de prélèvement nette pour les cotisants.
Ce dispositif qui n’a que peu d’équivalent en Europe n’a aucun impact sur la natalité et n’a donc pour seule justification que celle d’une « récompense » alors qu’une part pleine de Quotient Familial, une majoration d’Allocations Familiales et le Complément Familial (pour les familles modestes) ont déjà été accordés aux parents jusqu’à la majorité de l’enfant et parfois au-delà.
Intenable même s’il n’est pas possible de la retirer aux bénéficiaires actuels.
L’ASPA ou « minimum vieillesse » (coût de 4 Milliards d’euros par an) se situe à 1.043,59 € par mois pour une personne seule et 1.620,18 € pour un couple (cumulable avec la Complémentaire Santé Solidaire gratuite, les APL pour les locataires ou l’exonération de Taxe foncière pour les propriétaires ainsi que les nombreuses aides des collectivités locales aux « ainés » modestes) alors que le RSA est de 664 € pour un(e) célibataire et 996 € pour un couple (Prime de Noël annualisée inclue).
Explication donnée : « un titulaire du RSA peut travailler, lui ». Certes, mais cela revient à dire qu’il ne le veut pas et dans ce cas pourquoi lui verser une allocation? Le montant de l’ASPA devrait être plafonné au niveau du RSA/ASS et cumulable avec une petite retraite jusqu’au niveau de ce qui est appelé le « minimum vieillesse » et devrait être rebaptisé.
L’Assurance Vieillesse des Aidants (ex Assurance Vieillesse des Parents au Foyer), qui a été étendu aux aidants non-familiaux en 2023, permet de valider des trimestres jusqu’au taux plein et sur la base du SMIC. Le coût d’environ 5.5 Milliards d’euros est à la charge de la Caisse Nationale des Allocations Familiales qui finance les cotisations fictives des bénéficiaires. Sujet éminemment délicat puisque l’on touche au handicap et à la perte d’autonomie.
L’annulation de la décote à 67 ans (coût de 1 à 2 Milliards d’euros par an ) fait également partie de ces dispositifs destiné à artificiellement augmenter le montant de la retraite sans cotisations correspondantes.
CSG et retraites
Venons-en à la CSG qui ne finance que faiblement notre système de retraites mais qui finance à hauteur de 23% les dépenses de santé pour lesquelles les retraités représentent environ 50% du total.
Dans le même sens elle finance presque en totalité (88%) le gouffre de la branche autonomie (43 Milliards d’euros par an) dont ils sont évidemment les principaux bénéficiaires.
Environ 23% des retraités sont totalement exonérés de CSG et 15% bénéficient du taux très réduit de 3.8% alors qu’ils bénéficient déjà d’une exonération d’IR grâce à la combinaison de l’Abattement de 10%, de l’Abattement Spécial pour les plus de 65 ans (coût de 400 Millions d’euros et totalement injustifié puisqu’à revenus égaux les actifs n’en bénéficient pas) et de la Décote.
Encore un dispositif social qui mine la base de recettes de la sécurité sociale. Un taux unique de CSG-CRDS proche de celui acquitté par les salariés appliqué à toutes les retraites rapporterait de 6 à 8 Milliards d’euros et constituerait la juste contrepartie d’une indexation scrupuleuse.
Face à une situation où des milliards d’euros de pensions sont versés sans cotisations correspondantes et où des millions de retraités bénéficient de mesures fiscalo-sociales très couteuses pour les finances publiques, les Français sont face à un choix fondamental : réformer en profondeur ces dispositifs ou bien en passer par des efforts supplémentaires pour la France qui travaille et/ou par une non-indexation pluriannuelle des pensions.
La solidarité est belle mais elle ne peut pas se faire à crédit.
Frédéric Amoudru
Ancien cadre dirigeant du secteur bancaire
(1) Rapport annuel, Évolutions et perspectives des retraites en France, juin 2026
Une réponse
Bonjour Monsieur Amoudru
Que pensez-vous de la TVA sociale ?
L’intervention de Marine à l’université d’été du Medef m’a déçue … sur un point.
Je regrette qu’elle n’ait rien compris à la TVA sociale.
C’est pour cela que j’aurais aimé que Jordan … garde le cap.
Moins de charges sociales … le PR baisse …
en conséquence le PV.HT aussi …. le PV.TTC …… ainsi soit-il avec la logique de l’application des %
Est-ce la raison du départ de Monsieur Durvye ? …
Pour mémoire, les charges sociales (patronales + salariales) sont comprises dans le Prix de Revient.
Prix de Revient qui sert à Déterminer le Prix de Vente hors taxes
OUI. Mesdames et Messieurs … nous payons de la TVA sur les charges appliquées sur nos salaires
mais aussi sur nos salaires nets.
Changer l’assiette de l’application de la TVA sera pratiquement indolore.
L’assiette de la consommation étant beaucoup plus large que celle du travail.
Nous devons changer de de base de réflexion.
Tout le monde ne travaille pas ou plus mais
tout le monde consomme. … de a naissance … la mort.
J’espère que notre candidate va changer d’avis … à moins que quelqu’un me démontre que j’ai tort.
J’attends vos réponses.
Merci de votre attention
Françoise VAULET – 57150 CREUTZWALD