La France manque d’enfants. Pourtant le gouvernement ne manque pas d’idées pour dissuader les familles à qui viendrait l’idée de s’élargir.
En 2025, seulement 643 905 bébés sont nés en France, 24 % de moins qu’en 2010 et le plus bas niveau depuis 1942.
La fécondité est tombée à 1,56 enfant par femme et le solde naturel est devenu négatif. La baisse se poursuit en 2026 (en recul de 1,1 % au premier semestre). C’est pourtant dans ce contexte que l’IGF (Inspection générale des finances) et l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), saisies par Matignon, ont recensé jusqu’à 4,2 milliards d’euros d’économies annuelles à l’horizon de dix ans, dont 2,5 milliards à court terme, en rognant dans ce qui reste de la politique familiale hexagonale.
Budget 2027 : la première ponction viserait directement les allocations
En abaissant de 20 % les seuils de revenus à partir desquels elles sont réduites, 591 000 ménages seraient touchés. Perte moyenne : 75 euros par mois, soit 900 euros par an. Le rendement attendu atteindrait 530 millions d’euros.
Présentée comme un effort demandé aux familles « aisées », la mesure frapperait des foyers avec enfants déjà soumis à la modulation des prestations et au plafonnement du quotient familial.
Les deux inspections proposent aussi de supprimer la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire et le supérieur, pour 450 millions d’euros et 2,4 millions de ménages, ainsi que la demi-part accordée sous conditions aux anciens parents isolés, pour 690 millions et 1,3 million de ménages.
La vie familiale devient ainsi un gisement d’économies : scolarité, monoparentalité, retraite.
Les familles nombreuses sont également dans le viseur.
La majoration de pension de 10 % accordée aux parents ayant élevé au moins trois enfants – 9,7 milliards d’euros en 2024 – pourrait être remplacée par un forfait de 125 euros mensuels. À dix ans, l’économie atteindrait 1,1 milliard d’euros. Pour les retraités aux pensions les plus élevées, la perte serait mécanique.
Tout n’est toutefois pas décidé.
Le 20 août, Sébastien Lecornu a formellement démenti la suppression des APL pour les étudiants et assuré que le budget 2027 restait « en préparation ». Cette piste doit donc être retirée de la liste des mesures acquises.
En revanche, aucun démenti officiel comparable n’a écarté l’abaissement des seuils d’allocations, les coupes fiscales ou la forfaitisation de la majoration de retraite.
Budget 2027 : le problème dépasse la seule équation budgétaire
La France a progressivement transformé sa politique familiale universelle en politique sociale sous conditions de ressources.
À force de raboter les avantages liés aux enfants, l’État renchérit mécaniquement le coût de la parentalité.
Chercher des économies est légitime.
Mais les trouver en détroussant les familles au moment où le pays manque précisément d’enfants relève d’un calcul à courte vue…
D’autres pays européens suivent une logique exactement opposée.
La Hongrie a encore renforcé en 2026 son arsenal familial : doublement de l’avantage fiscal par enfant, exonération d’impôt sur le revenu pour toutes les mères de moins de 30 ans et pour les mères de deux enfants de moins de 40 ans, en attendant l’extension progressive de cette dernière mesure.
La Pologne conserve de son côté son allocation universelle « 800+ », soit 800 zlotys (environ 185 euros) par mois et par enfant, qui la place parmi les pays de l’OCDE consacrant le plus de moyens aux familles.
Les pays nordiques privilégient davantage les crèches, les congés parentaux et la conciliation entre travail et enfants : Danemark, Suède ou Finlande restent parmi les États qui investissent fortement dans cette politique.
Ces dispositifs n’ont certes pas suffi partout à enrayer la chute de la fécondité. Mais le choix politique est clair : alors que certains pays tentent de réduire le coût de l’enfant pour les parents, la France envisage encore de rogner les avantages qui leur restent.

