Des bons de commande gonflés, des travaux qui n’auraient pas été réalisés, des factures supérieures aux coûts réels. C’est ce que révèle une enquête du Parisien consacrée à Paris Habitat, le premier bailleur social de la capitale.
Selon les éléments recueillis par le quotidien, des marchés de rénovation de logements sociaux auraient donné lieu à de possibles surfacturations, impliquant notamment la société SMRD Bat 92.
Les montants exacts du préjudice potentiel ne sont pas établis publiquement, mais les soupçons portent sur des pratiques susceptibles d’avoir coûté cher à l’organisme.
L’affaire prend une dimension politique.
On apprend que trois adjoints de la maire de Paris Anne Hidalgo – Jérôme Coumet, Éric Pliez et Ian Brossat – siégeant au conseil d’administration de Paris Habitat, auraient été destinataires, en 2025, d’alertes émanant de la CFDT. Ces signalements portaient sur ces dérives présumées.
D’après le quotidien, aucune prise de parole publique ni explication détaillée n’a suivi.
Le bailleur a depuis transmis le dossier à la justice, ouvrant la voie à une enquête, mais le silence des élus jette le doute sur le contrôle exercé au sommet.
Paris Habitat n’est pas un organisme marginal.
Office public de l’habitat de la Ville de Paris, il gère environ 128 000 logements répartis dans 54 communes et loge près d’un Parisien sur neuf.
Avec près de 2 800 salariés en 2023, ses ressources avoisinaient le milliard d’euros, dont 762 millions issus des loyers et plus de 260 millions de charges récupérées.
Il s’agit du plus grand bailleur social de France.
Sa capacité d’autofinancement dépassait les 200 millions d’euros et son plan stratégique prévoit près de 1,5 milliard d’euros d’investissements d’ici 2028 pour réhabiliter et développer le parc.
Pourtant, bien que des montants considérables soient en jeu, le rapport d’activité 2024 ne fournit pas de comptes détaillés certifiés pour cet exercice.
Les rapports financiers complets accessibles au public s’arrêtent à 2023.
Dans un contexte de forte hausse de la taxe foncière à Paris, cette absence de données financières fraîches alimente les critiques sur la transparence.
À ces interrogations s’ajoute la politique de préemption menée par l’Hôtel de Ville.
Selon une enquête du Figaro, près de 2 milliards d’euros auraient été consacrés à la création d’environ 8 000 logements sociaux.
En 2024, plus de 730 millions d’euros auraient été engagés par la Ville et les bailleurs sociaux pour des acquisitions.
Un immeuble du boulevard Saint-Germain, acheté pour plus de 16 millions d’euros avant travaux et subventions, illustre cette stratégie coûteuse.
La municipalité défend une politique volontariste visant 40 % de logements sociaux d’ici 2035.
L’opposition dénonce une dérive budgétaire financée par les contribuables et un manque à gagner fiscal lié au retrait de biens du marché privé.
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